1 00:00:04,980 --> 00:00:07,080 La notion de cohabitation. 2 00:00:07,460 --> 00:00:10,800 Donc l'enfant doit habiter avec ses parents, c'est une 3 00:00:11,000 --> 00:00:15,240 condition qui découle du libellé de l'article 1242, 4 00:00:15,440 --> 00:00:17,200 alinéa 4, du Code civil. 5 00:00:17,480 --> 00:00:21,280 Il y avait une justification traditionnelle de cette 6 00:00:21,480 --> 00:00:24,900 condition qui était liée au régime de responsabilité, 7 00:00:25,099 --> 00:00:29,860 puisqu’à l'époque du Code civil, en 1804, la responsabilité 8 00:00:30,240 --> 00:00:33,320 des pères et mères était une responsabilité pour faute, 9 00:00:33,520 --> 00:00:35,000 mais avec une faute présumée. 10 00:00:35,200 --> 00:00:38,500 Donc la justification traditionnelle de cette 11 00:00:38,700 --> 00:00:41,480 exigence de cohabitation était la suivante : les 12 00:00:41,680 --> 00:00:45,360 parents sont responsables de l'enfant tout simplement 13 00:00:45,560 --> 00:00:48,760 parce qu'ils ont le pouvoir d'empêcher celui-ci de 14 00:00:48,960 --> 00:00:52,300 commettre des actes dommageables et, évidemment, ce pouvoir 15 00:00:52,500 --> 00:00:56,240 d'empêcher l'enfant de commettre un acte dommageable, 16 00:00:56,440 --> 00:01:00,320 les parents l'ont quand l'enfant habite avec eux. 17 00:01:00,520 --> 00:01:03,380 Donc la notion de cohabitation était justifiée 18 00:01:03,580 --> 00:01:08,080 quand on avait un régime reposant sur une présomption de faute, 19 00:01:08,280 --> 00:01:11,120 faute de surveillance ou faute d'éducation. 20 00:01:11,340 --> 00:01:16,100 Or ce qu'on va voir un peu plus loin, c'est que ce régime de la 21 00:01:16,300 --> 00:01:18,740 responsabilité des parents du fait de leur enfant mineur a 22 00:01:18,940 --> 00:01:23,280 évolué et il est devenu un régime de responsabilité de 23 00:01:23,480 --> 00:01:24,240 plein droit. 24 00:01:24,740 --> 00:01:29,699 Donc la notion de cohabitation, c'est une notion qui a évolué 25 00:01:30,060 --> 00:01:34,500 et qui a même été abandonnée très récemment par la Cour de 26 00:01:34,700 --> 00:01:36,260 cassation. Alors, dans un 27 00:01:36,460 --> 00:01:39,120 premier temps, on peut voir qu'il y a eu une évolution de 28 00:01:39,320 --> 00:01:40,340 la notion de cohabitation. 29 00:01:40,900 --> 00:01:44,000 On est passé ici de ce qu'on a appelé la cohabitation 30 00:01:44,200 --> 00:01:48,260 matérielle à la cohabitation juridique. Ce qu'on peut 31 00:01:48,460 --> 00:01:53,120 comparer avec la garde de la chose, on est passé exactement de l'inverse, 32 00:01:53,440 --> 00:01:56,760 c'est-à-dire d'une garde juridique à une garde matérielle. 33 00:01:56,960 --> 00:01:59,360 Ici, c'est le contraire dans la cohabitation. 34 00:01:59,640 --> 00:02:02,240 Alors la cohabitation matérielle signifie tout 35 00:02:02,440 --> 00:02:05,120 simplement que l'enfant vit avec ses parents, l'enfant 36 00:02:05,320 --> 00:02:08,199 habite avec ses parents, donc les parents doivent le 37 00:02:08,399 --> 00:02:10,139 surveiller. Si l'enfant a 38 00:02:10,339 --> 00:02:13,620 commis un fait dommageable a causé un dommage, eh bien les 39 00:02:13,820 --> 00:02:15,580 parents sont présumés l'avoir mal surveillé. 40 00:02:16,140 --> 00:02:18,980 Alors, dans cette idée de cohabitation matérielle, 41 00:02:19,179 --> 00:02:23,100 la jurisprudence, de manière traditionnelle, estimait que 42 00:02:23,299 --> 00:02:25,980 cette cohabitation prenait fin quand l'enfant était 43 00:02:26,179 --> 00:02:26,939 confié à un tiers. 44 00:02:27,240 --> 00:02:30,380 Si l'enfant, pour des vacances, était confié à un centre de vacances, 45 00:02:30,640 --> 00:02:33,800 eh bien les parents n'étaient plus responsables, il n'y 46 00:02:34,000 --> 00:02:37,080 avait plus de cohabitation matérielle, il n'y avait pas de faute de 47 00:02:37,280 --> 00:02:40,080 surveillance possible, la solution était logique. 48 00:02:40,520 --> 00:02:45,280 Cependant, la jurisprudence estimait que lorsque la 49 00:02:45,480 --> 00:02:47,640 cessation de la cohabitation 50 00:02:47,839 --> 00:02:52,160 était brève, il n'y avait pas de fin, 51 00:02:52,420 --> 00:02:55,320 de rupture dans la cohabitation matérielle, 52 00:02:55,519 --> 00:02:59,440 et que ça n'entraînait pas la disparition de la 53 00:02:59,640 --> 00:03:01,320 responsabilité des parents. 54 00:03:01,600 --> 00:03:03,960 Donc, lorsque cette cessation de cohabitation matérielle 55 00:03:04,160 --> 00:03:07,460 était très brève, les parents demeuraient responsables. 56 00:03:07,660 --> 00:03:12,040 De même, jugeait la Cour de cassation lorsque la 57 00:03:12,239 --> 00:03:15,540 cessation de cette cohabitation matérielle avait 58 00:03:15,739 --> 00:03:18,240 pour origine une faute des parents. 59 00:03:18,480 --> 00:03:21,300 Une faute des parents qui était établie notamment 60 00:03:21,500 --> 00:03:24,580 lorsque l'enfant avait fugué, eh bien on estimait que les 61 00:03:24,780 --> 00:03:28,260 parents étaient responsables, que cette fugue ne mettait 62 00:03:28,459 --> 00:03:30,940 pas fin à la cohabitation matérielle. 63 00:03:31,140 --> 00:03:34,320 En revanche, s'il y avait une cause légitime de cessation 64 00:03:34,519 --> 00:03:38,120 de cette cohabitation matérielle, là la responsabilité des 65 00:03:38,320 --> 00:03:39,820 parents était inapplicable. 66 00:03:40,040 --> 00:03:43,020 Je reprends l'exemple d'un enfant confié à un centre de loisirs, 67 00:03:43,220 --> 00:03:43,980 par exemple. 68 00:03:44,560 --> 00:03:48,180 De même, la notion de cohabitation matérielle 69 00:03:48,380 --> 00:03:51,020 pouvait avoir un intérêt en cas de divorce des parents, 70 00:03:51,300 --> 00:03:55,100 puisqu'on établissait que le parent qui était responsable 71 00:03:55,299 --> 00:03:59,240 était celui qui avait l'enfant sous sa 72 00:03:59,440 --> 00:04:01,260 responsabilité lorsque le dommage était causé. 73 00:04:02,560 --> 00:04:05,400 D'ailleurs, à cet égard, il pouvait y avoir un 74 00:04:05,600 --> 00:04:09,160 problème dans le cas de la séparation des parents 75 00:04:09,359 --> 00:04:13,120 lorsqu’un seul d'entre eux avait l'autorité parentale. 76 00:04:13,440 --> 00:04:15,540 En effet, certains auteurs ont bien montré que, 77 00:04:15,739 --> 00:04:19,620 à l'époque, si l'enfant causait un dommage alors 78 00:04:19,820 --> 00:04:22,220 qu'il était avec un des parents et que ce parent 79 00:04:22,420 --> 00:04:24,340 était celui qui n'avait pas l'autorité parentale, 80 00:04:24,620 --> 00:04:26,560 le texte était sans application. 81 00:04:27,340 --> 00:04:29,960 Aucun des deux parents n'était responsable. 82 00:04:30,159 --> 00:04:33,800 Pour l'un, il manquait la condition de la cohabitation, 83 00:04:34,120 --> 00:04:37,980 pour l'autre, il manquait la condition de l'autorité parentale. 84 00:04:38,180 --> 00:04:40,380 Donc ça pouvait être un système qui aboutissait à une 85 00:04:40,580 --> 00:04:43,880 irresponsabilité de fait des parents puisqu'il manquait la 86 00:04:44,080 --> 00:04:46,100 condition posée par la loi. 87 00:04:46,300 --> 00:04:50,800 Alors, la notion de cohabitation, c'est une notion qui a évolué 88 00:04:51,000 --> 00:04:55,160 parce qu'il y a eu un changement de régime de la 89 00:04:55,360 --> 00:04:58,680 responsabilité des parents du fait de leur enfant mineur, 90 00:04:58,900 --> 00:05:02,340 changement de régime avec un arrêt Bertrand sur lequel on 91 00:05:02,539 --> 00:05:05,880 viendra dans les effets de la responsabilité, un arrêt 92 00:05:06,080 --> 00:05:08,280 Bertrand rendu en 1997. 93 00:05:09,140 --> 00:05:12,260 La responsabilité des parents, qui était une responsabilité 94 00:05:12,460 --> 00:05:15,560 pour faute même si la faute était présumée, va devenir 95 00:05:15,760 --> 00:05:18,420 une responsabilité de plein droit. 96 00:05:19,000 --> 00:05:22,500 Dès lors, les auteurs se sont demandé pourquoi on allait 97 00:05:22,700 --> 00:05:25,400 continuer à exiger la condition de cohabitation 98 00:05:25,599 --> 00:05:29,000 puisqu’il n'y avait plus de régime fondé même sur une 99 00:05:29,200 --> 00:05:30,440 présomption de faute. 100 00:05:30,640 --> 00:05:34,100 Donc pourquoi exiger une cohabitation, à fortiori matérielle, 101 00:05:34,300 --> 00:05:37,640 alors que la faute était bannie de ce régime de responsabilité. 102 00:05:38,280 --> 00:05:42,040 Et la Cour de cassation a changé sa jurisprudence, 103 00:05:42,240 --> 00:05:45,040 a changé l'approche de la notion de cohabitation en 104 00:05:45,240 --> 00:05:49,280 passant d'une cohabitation matérielle à une cohabitation 105 00:05:49,479 --> 00:05:52,560 juridique. Pour la Cour de 106 00:05:52,760 --> 00:05:56,180 cassation qui va suivre l'arrêt Bertrand, la cohabitation, 107 00:05:56,380 --> 00:05:58,740 c'est la résidence habituelle 108 00:05:58,940 --> 00:06:01,900 de l'enfant au domicile des parents. 109 00:06:02,360 --> 00:06:07,240 On a ici notamment un arrêt important, un arrêt important qui est 110 00:06:07,440 --> 00:06:09,300 rendu le même jour que l'arrêt Bertrand, un arrêt de 111 00:06:09,500 --> 00:06:13,160 la deuxième chambre civile du 19 février 1997 qui est 112 00:06:13,360 --> 00:06:16,520 l'arrêt SAMDA dans lequel, en cas de parents séparés, 113 00:06:16,719 --> 00:06:20,100 la Cour de cassation estime que l'exercice d'un droit de 114 00:06:20,300 --> 00:06:23,460 visite et d'hébergement ne fait pas cesser la 115 00:06:23,659 --> 00:06:27,520 cohabitation avec celui des parents chez qui l'enfant a 116 00:06:27,719 --> 00:06:29,120 sa résidence habituelle. 117 00:06:29,320 --> 00:06:32,580 Donc la résidence habituelle, elle a été fixée du fait du 118 00:06:32,780 --> 00:06:33,840 divorce chez l'un des parents. 119 00:06:34,080 --> 00:06:38,760 Ce parent est responsable sur le fondement de l'article 1242, 120 00:06:38,960 --> 00:06:42,940 alinéa 4, même lorsque le dommage est causé par 121 00:06:43,140 --> 00:06:46,560 l'enfant lorsqu'il est sous la surveillance du parent qui 122 00:06:46,760 --> 00:06:49,060 a exercé son droit de visite et d'hébergement. 123 00:06:49,400 --> 00:06:53,560 On passe vraiment à une notion juridique de la cohabitation. 124 00:06:54,020 --> 00:06:58,200 La cohabitation, c'est la résidence habituelle de l'enfant. 125 00:06:58,400 --> 00:07:02,020 De même, la Cour de cassation va estimer que la 126 00:07:02,219 --> 00:07:06,200 cohabitation ne cesse pas si l'enfant est chez un tiers ou 127 00:07:06,400 --> 00:07:08,320 dans un centre de vacances, par exemple. 128 00:07:08,640 --> 00:07:11,960 Et un cas un peu extrême peut-être peut illustrer 129 00:07:12,159 --> 00:07:15,760 cette hypothèse : un arrêt de la chambre criminelle du 8 130 00:07:15,960 --> 00:07:20,719 février 2005 dans lequel la Cour de cassation estime que 131 00:07:20,919 --> 00:07:25,340 les parents sont responsables pour le fait d'un mineur de 132 00:07:25,539 --> 00:07:30,299 13 ans qui avait été confié à sa grand-mère depuis l'âge d'un an. 133 00:07:30,660 --> 00:07:34,920 Donc ça n'a fait cesser la cohabitation, la cohabitation 134 00:07:35,120 --> 00:07:39,040 qui s'appréhende de manière uniquement juridique et donc 135 00:07:39,240 --> 00:07:41,820 les parents restent ici responsables. 136 00:07:42,120 --> 00:07:46,640 Alors, notons toujours dans cette jurisprudence sur 137 00:07:46,840 --> 00:07:51,599 l'enfant dont les parents sont séparés, cette application de la 138 00:07:51,980 --> 00:07:55,240 notion de cohabitation juridique, un arrêt de la deuxième 139 00:07:55,440 --> 00:08:00,060 chambre civile du 20 janvier 2000 dans lequel la Cour de 140 00:08:00,260 --> 00:08:03,920 cassation rappelle que la cohabitation résulte de la 141 00:08:04,120 --> 00:08:06,960 résidence habituelle de l'enfant au domicile de ses 142 00:08:07,159 --> 00:08:10,980 parents ou de l'un d'entre eux, et en tirant la conséquence, 143 00:08:11,300 --> 00:08:14,780 un arrêt de la chambre criminelle du 6 novembre 2012 144 00:08:14,979 --> 00:08:19,739 qui pose la règle suivant laquelle seul le parent chez 145 00:08:20,020 --> 00:08:23,600 qui l'enfant a sa résidence habituelle est responsable de 146 00:08:23,800 --> 00:08:24,560 plein droit. 147 00:08:24,760 --> 00:08:27,560 Quand évidemment cette résidence habituelle a été 148 00:08:27,760 --> 00:08:31,320 fixée par le juge, ce qui signifie que pour l'autre parent, 149 00:08:31,640 --> 00:08:35,299 la responsabilité de plein droit, cette responsabilité 150 00:08:35,500 --> 00:08:39,480 automatique ne jouera pas, il faudra montrer la faute. 151 00:08:40,220 --> 00:08:43,860 Alors, la cohabitation, on le voit, est passée d'une 152 00:08:44,060 --> 00:08:47,420 définition purement matérielle à une définition juridique, 153 00:08:47,660 --> 00:08:52,140 et la cohabitation était une notion de plus en plus discutée, 154 00:08:52,340 --> 00:08:55,460 de plus en plus critiquée par les auteurs en matière de 155 00:08:56,140 --> 00:08:57,020 responsabilité. Notamment 156 00:08:57,220 --> 00:09:01,980 parce que cette cohabitation qui repose sur l'idée que les 157 00:09:02,400 --> 00:09:05,360 parents surveillent l'enfant et peuvent l'empêcher de 158 00:09:05,560 --> 00:09:08,880 causer un dommage, donc qui était liée à un devoir de 159 00:09:09,080 --> 00:09:11,620 surveillance et donc à une faute même présumée dans 160 00:09:11,820 --> 00:09:15,620 l'exercice de ce devoir de surveillance, ce régime a 161 00:09:15,820 --> 00:09:20,580 évolué en 1997 avec l'arrêt Bertrand et donc la notion, 162 00:09:21,280 --> 00:09:25,900 l'exigence de cohabitation n'apparaissait plus du tout justifiée. 163 00:09:26,100 --> 00:09:29,300 De plus en plus de voix se sont donc élevées pour 164 00:09:29,500 --> 00:09:33,700 l'abandon de la notion de cohabitation. Et c'est ce qui 165 00:09:33,900 --> 00:09:37,360 a été fait par un arrêt rendu par l'Assemblée plénière de 166 00:09:37,560 --> 00:09:40,980 la Cour de cassation le 28 juin 2024. 167 00:09:41,740 --> 00:09:45,420 Dans cette décision, la Cour de cassation juge que 168 00:09:45,620 --> 00:09:48,120 lorsqu'ils exercent conjointement l'autorité 169 00:09:48,320 --> 00:09:51,880 parentale à l'égard de leur enfant mineur, les deux 170 00:09:52,080 --> 00:09:54,540 parents sont solidairement responsables des dommages 171 00:09:54,740 --> 00:09:57,980 causés par celui-ci dès lors que l'enfant n'a pas été 172 00:09:58,180 --> 00:10:02,940 confié à un tiers par une décision administrative ou judiciaire. 173 00:10:03,620 --> 00:10:06,740 Ça veut dire qu'avec cette décision rendue par 174 00:10:06,940 --> 00:10:09,800 l'Assemblée plénière, la condition de cohabitation 175 00:10:10,000 --> 00:10:13,520 se confond avec l'exercice de l'autorité parentale. 176 00:10:14,200 --> 00:10:18,040 Désormais, on a un régime de responsabilité qui est fondé 177 00:10:18,240 --> 00:10:22,280 sur la seule autorité parentale et qui ne repose 178 00:10:22,480 --> 00:10:26,220 plus sur l'idée de cohabitation, que ce soit, comme en dernier 179 00:10:26,420 --> 00:10:30,380 état de la jurisprudence, une cohabitation juridique ou 180 00:10:30,580 --> 00:10:32,680 une cohabitation matérielle. 181 00:10:33,080 --> 00:10:37,300 Ce revirement de la Cour de cassation par rapport à ses 182 00:10:37,500 --> 00:10:40,860 décisions antérieures, on peut dire que c'est un 183 00:10:41,060 --> 00:10:45,820 revirement qui anticipe les projets de réformes qui tous 184 00:10:46,020 --> 00:10:50,480 proposaient l'abandon de cette notion pour ne retenir, 185 00:10:50,680 --> 00:10:53,580 comme dans cette décision, que le critère de l'autorité 186 00:10:53,780 --> 00:10:55,560 parentale. Et avant même les 187 00:10:55,760 --> 00:10:59,220 projets de réformes de la responsabilité des parents, 188 00:10:59,600 --> 00:11:03,420 on a un rapport de la Cour de cassation dès 1997 qui 189 00:11:03,620 --> 00:11:06,380 préconisait l'abandon de la notion. 190 00:11:06,980 --> 00:11:10,360 Il faut dire que cette notion était de plus en plus critiquée, 191 00:11:10,560 --> 00:11:13,140 parfois elle donnait lieu à des applications discutables 192 00:11:13,340 --> 00:11:16,260 dans les jurisprudences qu'on a pu voir et elle ne servait 193 00:11:16,460 --> 00:11:20,500 plus à grand-chose dans un système de responsabilité qui 194 00:11:20,700 --> 00:11:24,200 était devenue une responsabilité purement objective. 195 00:11:24,760 --> 00:11:27,820 Donc ces choses faites aujourd'hui, on a un régime de 196 00:11:28,020 --> 00:11:31,660 responsabilité qui repose sur l'autorité parentale. 197 00:11:33,240 --> 00:11:36,420 Dernière condition pour que la responsabilité des parents 198 00:11:36,620 --> 00:11:40,000 puisse être engagée, il faut un fait de l'enfant. 199 00:11:40,460 --> 00:11:43,600 L'enfant doit avoir causé un dommage à un tiers. 200 00:11:44,220 --> 00:11:47,120 La question qui s'est posée, c'est de savoir s'il fallait 201 00:11:47,320 --> 00:11:52,080 un fait fautif de l'enfant ou au-delà un fait de nature à 202 00:11:52,820 --> 00:11:56,320 entraîner la responsabilité de l'enfant puisque l'enfant 203 00:11:56,520 --> 00:11:59,860 qui peut être considéré comme gardien verra également la 204 00:12:00,060 --> 00:12:03,660 responsabilité des parents engagés à travers lui. 205 00:12:03,980 --> 00:12:08,280 Alors, de manière classique, oui il fallait que le fait de 206 00:12:08,480 --> 00:12:11,000 l'enfant soit un fait illicite, que ce soit un fait 207 00:12:11,200 --> 00:12:14,400 générateur de sa propre responsabilité. L'enfant 208 00:12:14,600 --> 00:12:17,220 engageait sa responsabilité et au-delà c'était les 209 00:12:17,420 --> 00:12:19,860 parents qui devaient répondre à sa place. 210 00:12:20,780 --> 00:12:24,600 Il y a eu sur cette question à nouveau une évolution de la 211 00:12:24,800 --> 00:12:26,980 jurisprudence et une évolution qui a donné lieu à 212 00:12:27,180 --> 00:12:28,180 certaines critiques. 213 00:12:28,460 --> 00:12:31,460 D'abord, un premier arrêt, c'est un arrêt de l'Assemblée 214 00:12:31,660 --> 00:12:34,840 plénière de la Cour de cassation rendue le 9 mai 2004. 215 00:12:35,400 --> 00:12:38,040 Vous avez vu déjà qu'il y a plusieurs arrêts du même jour 216 00:12:38,240 --> 00:12:42,060 rendus sur la responsabilité d'un enfant mineur, pour le 217 00:12:42,260 --> 00:12:43,980 fait personnel, pour le fait des choses. 218 00:12:44,320 --> 00:12:47,980 On en a un autre ici pour la responsabilité des parents. 219 00:12:48,340 --> 00:12:52,240 Donc dans cet arrêt d'Assemblée plénière du 9 mai 1984, 220 00:12:52,920 --> 00:12:55,740 la Cour de cassation va estimer que dès lors que 221 00:12:55,940 --> 00:12:58,680 l'enfant a causé un dommage et qu'il y a un lien de causalité, 222 00:12:58,880 --> 00:13:02,500 que c'est un fait causal qui n'a pas à être illicite, 223 00:13:02,720 --> 00:13:05,160 la responsabilité sera engagée. 224 00:13:05,360 --> 00:13:08,900 La responsabilité des parents sera engagée alors même que 225 00:13:09,100 --> 00:13:10,940 l'enfant n'a pas commis un fait illicite. 226 00:13:11,580 --> 00:13:14,880 À l'époque, on s'est demandé quelle était la réelle portée 227 00:13:15,080 --> 00:13:17,440 de la décision de la Cour de cassation. Certains auteurs 228 00:13:17,640 --> 00:13:20,020 estimaient que c'était une maladresse dans la rédaction 229 00:13:20,220 --> 00:13:21,260 de l'arrêt. 230 00:13:21,580 --> 00:13:24,000 On s'est demandé donc si on mettait de côté cette 231 00:13:24,200 --> 00:13:25,500 exigence d'un fait illicite. 232 00:13:26,240 --> 00:13:29,500 Et il y avait des divergences quant à l'interprétation de 233 00:13:29,700 --> 00:13:30,460 cette décision. 234 00:13:30,660 --> 00:13:33,400 Mais le doute n'a plus été permis avec deux décisions. 235 00:13:33,720 --> 00:13:36,980 Un arrêt d'abord de la deuxième chambre civile du 10 mai 2001, 236 00:13:37,440 --> 00:13:40,740 puis un arrêt d'assemblée plénière du 13 décembre 2002. 237 00:13:41,280 --> 00:13:46,240 Il résulte de ces jurisprudences que l'acte non fautif, 238 00:13:46,440 --> 00:13:49,980 mais simplement causal de l'enfant est suffisant pour 239 00:13:50,300 --> 00:13:52,940 que la responsabilité de ses parents soit engagée. 240 00:13:53,140 --> 00:13:56,500 En l'espèce, il s'agissait d'un match de rugby entre des enfants. 241 00:13:57,000 --> 00:14:00,120 Les enfants avaient respecté les règles du jeu donc il n'y 242 00:14:00,320 --> 00:14:03,440 avait pas de faute de faits illicites commise par un enfant. 243 00:14:03,640 --> 00:14:07,600 Néanmoins, il y avait un blessé dans les joueurs et le 244 00:14:07,800 --> 00:14:10,580 simple fait causal de l'auteur du fait dommageable 245 00:14:10,780 --> 00:14:14,000 a permis d'engager la responsabilité de ses parents 246 00:14:14,200 --> 00:14:17,260 alors que, je le répète, ce n'était pas un fait illicite. 247 00:14:18,500 --> 00:14:23,260 Donc un fait totalement licite de l'enfant sera 248 00:14:23,460 --> 00:14:25,560 suffisant pour engager la 249 00:14:25,760 --> 00:14:29,720 responsabilité de ses parents. 250 00:14:30,940 --> 00:14:35,900 C'est une jurisprudence qui a fait l'objet de nombreuses 251 00:14:36,280 --> 00:14:39,640 critiques de la part de la doctrine majoritaire même si 252 00:14:39,840 --> 00:14:42,640 certains auteurs se sont félicités de ces différentes 253 00:14:42,840 --> 00:14:46,580 évolutions dans ce régime de responsabilité. Alors, 254 00:14:46,780 --> 00:14:50,640 en quoi on peut apporter une certaine critique, un regard 255 00:14:50,840 --> 00:14:54,190 critique sur les positions de la Cour de cassation ? 256 00:14:54,390 --> 00:14:58,140 E h bien tout simplement parce que la victime va 257 00:14:58,340 --> 00:15:00,580 pouvoir engager la responsabilité des parents 258 00:15:00,780 --> 00:15:04,920 alors qu'elle ne pourrait pas agir contre l'enfant. 259 00:15:05,240 --> 00:15:09,000 Alors que normalement dans un système de responsabilité du 260 00:15:09,200 --> 00:15:12,900 fait d'autrui, on peut agir certes pour le responsable qui était, 261 00:15:13,180 --> 00:15:16,260 je mets des guillemets, de manière traditionnelle un garant, 262 00:15:16,460 --> 00:15:19,920 mais on pouvait évidemment dans un premier temps agir 263 00:15:20,120 --> 00:15:22,340 contre l'auteur du fait dommageable lui-même. 264 00:15:22,600 --> 00:15:26,680 L'auteur du fait dommageable a accompli un acte qui est de 265 00:15:26,880 --> 00:15:30,460 nature à engager sa propre responsabilité. Avec les 266 00:15:30,660 --> 00:15:35,420 jurisprudences de 2001 et de 2002, même un acte licite permet 267 00:15:35,800 --> 00:15:39,780 d'engager la responsabilité non pas de l'auteur du fait 268 00:15:39,980 --> 00:15:44,440 dommageable, mais de celui qui est responsable à sa place. 269 00:15:45,200 --> 00:15:48,580 Cette jurisprudence entraîne donc une distorsion 270 00:15:48,780 --> 00:15:52,120 importante avec les autres régimes de responsabilité du 271 00:15:52,320 --> 00:15:53,080 fait d'autrui. 272 00:15:53,280 --> 00:15:57,540 À chaque fois, autrui est responsable et quelqu'un va 273 00:15:57,740 --> 00:15:58,940 répondre à sa place. 274 00:15:59,940 --> 00:16:03,000 Or ici, il n'y a pas de fait générateur illicite. 275 00:16:03,220 --> 00:16:05,840 Le fait de l'enfant peut tout à fait être licite. 276 00:16:06,120 --> 00:16:08,160 Un simple fait causal suffit. 277 00:16:08,680 --> 00:16:12,400 Cette dérogation par rapport au droit commun de la 278 00:16:12,600 --> 00:16:17,360 responsabilité n'apparaît pas justifiée et d'ailleurs dans 279 00:16:17,560 --> 00:16:20,360 les projets de réformes du droit de la responsabilité, 280 00:16:20,560 --> 00:16:24,200 on revient en arrière en estimant que pour que la 281 00:16:24,400 --> 00:16:27,160 responsabilité soit engagée pour autrui, il faut 282 00:16:27,360 --> 00:16:32,040 qu’autrui ait commis lui-même un acte de nature à engager 283 00:16:32,240 --> 00:16:35,800 sa propre responsabilité, c'est-à-dire un acte illicite. 284 00:16:37,180 --> 00:16:42,140 Quelques mots maintenant du régime des effets de cette 285 00:16:42,340 --> 00:16:46,520 responsabilité des parents du fait de leur enfant mineur. 286 00:16:46,760 --> 00:16:49,580 On l'a vu à plusieurs reprises, à l'origine c'était une 287 00:16:49,780 --> 00:16:52,740 responsabilité pour faute même si la faute était présumée. 288 00:16:52,940 --> 00:16:54,680 On présumait qu'il y avait une faute de surveillance, 289 00:16:55,180 --> 00:16:56,000 une faute d'éducation. 290 00:16:56,620 --> 00:16:59,540 Donc ça veut dire que les parents pouvaient démontrer 291 00:16:59,740 --> 00:17:02,480 l'absence de faute pour échapper à leur responsabilité. 292 00:17:03,800 --> 00:17:06,920 Néanmoins, l'examen de la jurisprudence montre que cette faute, 293 00:17:07,120 --> 00:17:09,440 cette absence de faute, cette preuve de l'absence de 294 00:17:09,640 --> 00:17:11,579 faute était difficile à apporter. 295 00:17:11,780 --> 00:17:14,460 On avait une jurisprudence très restrictive ici. 296 00:17:16,079 --> 00:17:19,300 Cette solution, une responsabilité pour faute présumée, 297 00:17:19,500 --> 00:17:22,339 n'est plus la solution, depuis un arrêt Bertrand, 298 00:17:22,560 --> 00:17:27,280 rendu par la deuxième chambre civile le 19 février 1997, 299 00:17:28,400 --> 00:17:33,360 la Cour de cassation change le régime, la nature de cette responsabilité. 300 00:17:33,760 --> 00:17:38,420 La responsabilité des parents devient une responsabilité de 301 00:17:38,620 --> 00:17:39,380 plein droit. 302 00:17:39,580 --> 00:17:43,520 L'exonération est uniquement possible par la cause 303 00:17:43,720 --> 00:17:47,920 étrangère — force majeure, ou faute de la victime comme 304 00:17:48,120 --> 00:17:50,140 pour les responsabilités de plein droit. 305 00:17:50,660 --> 00:17:53,700 Alors, la question qui s'est posée est la question de 306 00:17:53,900 --> 00:17:56,900 l'exonération par la cause étrangère. 307 00:17:57,400 --> 00:18:00,340 Comment apprécier cette cause étrangère ? Apprécier 308 00:18:00,540 --> 00:18:01,700 notamment la force majeure ? 309 00:18:01,900 --> 00:18:03,740 Est-ce qu'on doit apprécier la force majeure par rapport 310 00:18:03,940 --> 00:18:07,800 à l'enfant ou apprécier la force majeure par rapport aux 311 00:18:08,000 --> 00:18:09,620 parents ? Il ressort de la 312 00:18:09,820 --> 00:18:12,260 jurisprudence que cette force majeure qui va être très 313 00:18:12,460 --> 00:18:15,840 difficile à caractériser, la force majeure s'apprécie 314 00:18:16,040 --> 00:18:16,800 par rapport aux parents. 315 00:18:17,360 --> 00:18:19,880 Ceci résulte notamment d'un arrêt de la deuxième chambre 316 00:18:20,080 --> 00:18:21,920 civile du 17 février 2011. 317 00:18:23,000 --> 00:18:26,980 À noter que pour les parents, le fait de l'enfant ne pourra 318 00:18:27,180 --> 00:18:29,520 jamais constituer un cas de force majeure. 319 00:18:29,720 --> 00:18:32,680 Les parents ne peuvent pas invoquer comme un cas de 320 00:18:32,880 --> 00:18:35,400 force majeure pour eux le fait lui-même de l'enfant. 321 00:18:35,880 --> 00:18:38,880 Alors on estime en effet que la force majeure s'apprécie 322 00:18:39,080 --> 00:18:41,760 par rapport aux parents, tout simplement parce que si 323 00:18:41,960 --> 00:18:44,600 on l'appréciait par rapport à l'enfant, ce n'est pas une 324 00:18:44,800 --> 00:18:47,860 cause d'exonération qui jouerait ici, mais il manquerait tout 325 00:18:48,060 --> 00:18:50,960 simplement une condition d'engagement de la 326 00:18:51,160 --> 00:18:53,240 responsabilité des parents eux-mêmes. 327 00:18:54,760 --> 00:18:58,220 Alors, on voit ce régime de responsabilité des parents du 328 00:18:58,420 --> 00:19:02,420 fait de leurs enfants mineurs, c'est un régime qui a beaucoup évolué. 329 00:19:02,640 --> 00:19:04,380 On est passé d'une présomption de faute à un 330 00:19:04,580 --> 00:19:06,700 régime de responsabilité de plein droit. 331 00:19:07,060 --> 00:19:09,480 On est passé d'une responsabilité du fait 332 00:19:09,680 --> 00:19:14,440 d'autrui qui repose sur un fait illicite commis par autrui, 333 00:19:14,640 --> 00:19:17,400 par l'enfant, à l'exigence d'un simple fait causal. 334 00:19:18,060 --> 00:19:23,020 Donc c'est une jurisprudence, deux jurisprudences qui ont 335 00:19:23,580 --> 00:19:28,220 fait l'objet de multiples critiques de la part de la doctrine. 336 00:19:28,920 --> 00:19:33,660 Et puisqu'on anticipe un peu sur la réforme qui viendra 337 00:19:33,860 --> 00:19:36,120 peut-être un jour à être adoptée, 338 00:19:36,320 --> 00:19:39,660 la réforme reviendrait en 339 00:19:39,860 --> 00:19:44,400 partie sur ces avancées de la jurisprudence, non pas sur le 340 00:19:44,600 --> 00:19:48,360 régime de la responsabilité de plein droit, mais sur la 341 00:19:48,560 --> 00:19:52,700 simple exigence d'un fait causal en retournant à une 342 00:19:52,900 --> 00:19:55,540 solution plus orthodoxe, plus conforme à l'esprit des 343 00:19:55,740 --> 00:19:58,800 textes et à l'esprit d'un texte sur la responsabilité, 344 00:19:59,020 --> 00:20:01,920 c'est-à-dire que l'on reviendrait à l'exigence d'un 345 00:20:02,120 --> 00:20:04,060 fait illicite commis par l'enfant. 346 00:20:05,020 --> 00:20:09,140 Voilà en ce qui concerne la responsabilité des parents du 347 00:20:09,340 --> 00:20:10,860 fait de leur enfant mineur. 348 00:20:11,100 --> 00:20:14,900 Donc c'est le premier cas particulier de responsabilité 349 00:20:15,100 --> 00:20:18,060 du fait d'autrui qui est prévu par les textes.