1 00:00:05,060 --> 00:00:08,320 Bonjour à toutes et à tous, nous continuons l'étude du 2 00:00:08,520 --> 00:00:12,840 lien de subordination entre le ministère public et le 3 00:00:13,040 --> 00:00:15,640 pouvoir exécutif, lien qui 4 00:00:15,840 --> 00:00:20,600 met à mal la qualité même d'autorité judiciaire du parquet. 5 00:00:21,500 --> 00:00:23,900 L'autorité judiciaire, je vous rappelle, selon 6 00:00:24,099 --> 00:00:27,040 l'article 66 de la Constitution, est gardienne de la liberté 7 00:00:27,240 --> 00:00:29,360 individuelle. Cette autorité 8 00:00:29,560 --> 00:00:32,619 judiciaire est censée comprendre les magistrats du 9 00:00:32,820 --> 00:00:34,140 siège et du parquet. 10 00:00:34,480 --> 00:00:39,440 Nous avons vu la dernière fois que, d'abord, la question des 11 00:00:40,060 --> 00:00:42,680 conditions de nomination révélait une influence du 12 00:00:42,880 --> 00:00:43,640 pouvoir exécutif. 13 00:00:43,840 --> 00:00:45,880 C'est le premier volet, la première manifestation de 14 00:00:46,080 --> 00:00:46,840 ce lien de subordination. 15 00:00:47,080 --> 00:00:49,280 Nous envisageons aujourd'hui, dans un grand B, toujours 16 00:00:49,480 --> 00:00:52,740 s'agissant de l'étude de la problématique du parquet, 17 00:00:52,940 --> 00:00:57,100 eh bien plus que l'influence, l'immixtion du pouvoir politique. 18 00:00:57,720 --> 00:00:59,380 L'immixtion du pouvoir politique. 19 00:00:59,700 --> 00:01:04,660 Alors je vous renvoie d'abord à quelques mots de Faustin Héli, 20 00:01:07,100 --> 00:01:11,300 qui écrivait dans son "Traité d'instruction criminelle, 21 00:01:11,500 --> 00:01:14,880 Histoires et théories de la procédure criminelle" de 1866 22 00:01:15,200 --> 00:01:18,360 aux éditions Plon, numéro 488, 23 00:01:18,920 --> 00:01:22,120 pages 578 et 580. 24 00:01:22,520 --> 00:01:27,180 Il écrivait, alors notamment, je cite une phrase extraite : 25 00:01:29,120 --> 00:01:33,360 "Le pouvoir exécutif peut imposer au procureur général des actes, 26 00:01:33,560 --> 00:01:36,220 mais il ne peut lui imposer une opinion." 27 00:01:36,780 --> 00:01:40,320 Et puis il écrivait un peu plus loin : "Le procureur général doit 28 00:01:40,520 --> 00:01:43,820 être le défenseur de la justice et non l'opinion du 29 00:01:44,020 --> 00:01:45,500 ministre. " Donc quelques 30 00:01:45,700 --> 00:01:50,460 mots ici d'introduction, une référence ici à Faustin Héli. 31 00:01:51,160 --> 00:01:53,840 Or, précisément, l'élément aujourd'hui de nature à 32 00:01:54,040 --> 00:01:56,960 cristalliser la question d'indépendance et la question 33 00:01:57,160 --> 00:01:59,720 de la qualité d'autorité judiciaire tient précisément 34 00:01:59,920 --> 00:02:03,320 à l'autorité hiérarchique exercée par le garde des 35 00:02:03,520 --> 00:02:05,560 Sceaux à l'égard des magistrats du parquet et 36 00:02:05,760 --> 00:02:09,039 consacrée à l'article 5 de l'ordonnance du 22 décembre 37 00:02:09,239 --> 00:02:11,520 1958 que je mentionnais la dernière fois. 38 00:02:11,720 --> 00:02:14,700 Je vous cite, enfin j'ai mentionné cette ordonnance la 39 00:02:14,899 --> 00:02:16,740 dernière fois, là je vous cite l'article 5 : "Les 40 00:02:16,940 --> 00:02:19,040 magistrats du parquet sont placés sous la direction et 41 00:02:19,239 --> 00:02:21,020 le contrôle de leur chef hiérarchique et sous 42 00:02:21,220 --> 00:02:23,580 l'autorité du garde des Sceaux, ministre de la Justice." 43 00:02:23,920 --> 00:02:27,200 Et l'article 20 de la Constitution quant à lui énonce, 44 00:02:27,500 --> 00:02:30,960 je cite : "Le gouvernement détermine et conduit la 45 00:02:31,160 --> 00:02:32,320 politique de la nation." 46 00:02:33,280 --> 00:02:36,200 Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. 47 00:02:36,399 --> 00:02:38,620 Alors, l'une des manifestations tient 48 00:02:38,820 --> 00:02:41,120 notamment à la possibilité d'émettre des circulaires de 49 00:02:41,320 --> 00:02:42,079 politique pénale. 50 00:02:42,760 --> 00:02:46,680 L'objectif poursuivi à travers ces circulaires est 51 00:02:46,880 --> 00:02:49,640 de mettre en exergue les actes prioritaires de 52 00:02:49,839 --> 00:02:52,000 prévention et de répression, 53 00:02:52,320 --> 00:02:57,280 voilà, tantôt tournés vers la 54 00:02:57,520 --> 00:03:00,060 lutte contre le terrorisme, contre la probité, etc. 55 00:03:00,680 --> 00:03:04,940 Alors, la finalité recherchée à travers ces circulaires en 56 00:03:05,140 --> 00:03:08,860 soi n'a rien de contestable dès lors qu'il s'agit de 57 00:03:09,060 --> 00:03:12,840 privilégier la cohésion de l'action publique sur 58 00:03:13,040 --> 00:03:15,960 l'ensemble du territoire national, donc d'assurer une certaine 59 00:03:16,160 --> 00:03:17,660 uniformité. Donc, de ce point de vue, 60 00:03:17,859 --> 00:03:20,300 le recours à ces circulaires, qui est de plus en plus 61 00:03:20,500 --> 00:03:23,380 fréquent aujourd'hui, à l'image par exemple de ce 62 00:03:23,579 --> 00:03:26,500 qui peut se passer, ce qui était déjà pratiqué en Espagne, 63 00:03:26,700 --> 00:03:30,860 la finalité encore une fois n'a rien d'illégitime 64 00:03:31,060 --> 00:03:34,260 puisqu'il s'agit de rechercher une uniformité 65 00:03:34,459 --> 00:03:36,140 d'application de la règle. 66 00:03:36,339 --> 00:03:40,820 Le garde des Sceaux, l'ancien garde des Sceaux 67 00:03:41,019 --> 00:03:44,040 Monsieur Dupond-Moretti insiste sur l'importance d'un 68 00:03:44,239 --> 00:03:48,080 dialogue avec les magistrats du parquet grâce notamment au 69 00:03:48,280 --> 00:03:52,360 Conseil national du ministère public dont la vocation est 70 00:03:52,560 --> 00:03:55,740 d'être un lieu de réflexion sur les politiques pénales et 71 00:03:55,940 --> 00:03:58,820 une source d'informations sur les pratiques observées. 72 00:04:00,940 --> 00:04:03,860 On peut par ailleurs observer 73 00:04:04,060 --> 00:04:07,160 sous un autre angle que 74 00:04:07,359 --> 00:04:12,120 l'élan politique provenant du pouvoir exécutif et relayé 75 00:04:12,580 --> 00:04:14,320 par le parquet orienté en ce 76 00:04:14,519 --> 00:04:19,060 sens se concrétise en bout de 77 00:04:19,260 --> 00:04:23,040 chaîne judiciaire par des décisions de justice au fond 78 00:04:23,240 --> 00:04:26,400 et donc c'est là aussi qu'on mesure le lien entre le 79 00:04:26,599 --> 00:04:30,700 pouvoir exécutif et ce pouvoir judiciaire. 80 00:04:30,900 --> 00:04:33,600 Je pense par exemple au durcissement des règles 81 00:04:33,800 --> 00:04:35,280 applicables en matière de conduite sous l'emprise 82 00:04:35,479 --> 00:04:38,540 d'alcool et de stupéfiants qui entraîne aujourd'hui une 83 00:04:38,740 --> 00:04:41,620 quasi-contrainte pour le juge de constater des annulations 84 00:04:41,820 --> 00:04:44,700 de permis pour les récidivistes au risque de contourner, 85 00:04:44,900 --> 00:04:48,940 sinon la loi, la politique pénale souhaitée encore une 86 00:04:49,140 --> 00:04:50,720 fois par le pouvoir exécutif. 87 00:04:52,340 --> 00:04:56,740 On voit ici déjà la façon dont le pouvoir politique 88 00:04:56,940 --> 00:04:59,660 s'immisce dans l'exercice de la justice. 89 00:04:59,860 --> 00:05:02,020 Donc, que ce soit à travers ces circulaires de politiques 90 00:05:02,219 --> 00:05:05,120 pénales et puis à travers, plus généralement, la 91 00:05:05,320 --> 00:05:08,300 politique pénale et voilà, l'édiction de certaines 92 00:05:08,500 --> 00:05:10,300 règles qui en réalité vont laisser peu de marge de 93 00:05:10,500 --> 00:05:14,100 manœuvre au juge qui se retrouve en bout de chaîne 94 00:05:14,700 --> 00:05:18,720 judiciaire presque contraint d'appliquer déjà voilà, 95 00:05:18,920 --> 00:05:20,520 l'application stricte, l'interprétation stricte de 96 00:05:20,719 --> 00:05:23,420 la loi pénale, mais en plus voilà, c'est selon les domaines, 97 00:05:23,620 --> 00:05:28,380 on le voit, il y a peu de marge de manœuvre pour lui, 98 00:05:28,760 --> 00:05:33,160 une application ici de la politique pénale souhaitée 99 00:05:33,360 --> 00:05:34,120 par le pouvoir exécutif. 100 00:05:34,340 --> 00:05:37,620 Et puis au-delà, surtout, et c'est là que je vais 101 00:05:37,820 --> 00:05:38,840 concentrer mon attention, 102 00:05:39,039 --> 00:05:43,560 c'est surtout le pouvoir dont 103 00:05:43,760 --> 00:05:45,740 dispose le garde des Sceaux d'adresser aux magistrats du 104 00:05:45,940 --> 00:05:48,680 parquet des instructions générales d'action publique 105 00:05:48,880 --> 00:05:50,640 qui prête ou qui a pu prêter à discussion. 106 00:05:50,840 --> 00:05:55,520 Je vous renvoie à l'article 30 du Code de procédure pénale. 107 00:05:55,719 --> 00:05:59,020 Bien que l'évolution majeure 108 00:06:02,080 --> 00:06:03,560 du texte résulte de la loi du 109 00:06:03,760 --> 00:06:08,060 25 juillet 2013, loi numéro 2013-669, 110 00:06:09,640 --> 00:06:12,840 notamment cette loi qui a supprimé ce qu'on appelle les 111 00:06:13,039 --> 00:06:16,900 instructions individuelles, qui étaient possibles depuis 112 00:06:17,099 --> 00:06:19,220 la loi Perben II du 9 mars 2004. 113 00:06:19,420 --> 00:06:24,180 En 2013, ce pouvoir d'instruction individuelle 114 00:06:24,620 --> 00:06:26,300 est retiré au ministre de la Justice. 115 00:06:26,500 --> 00:06:29,060 "Il est retiré au garde des Sceaux, le pouvoir de dénoncer des 116 00:06:29,260 --> 00:06:31,760 infractions auprès du procureur général et de lui 117 00:06:31,960 --> 00:06:34,560 enjoindre par écrit de poursuivre ou de saisir la 118 00:06:34,760 --> 00:06:36,440 juridiction compétente." 119 00:06:36,640 --> 00:06:40,880 Donc, il ne demeure qu'un pouvoir d'instruction générale, 120 00:06:41,080 --> 00:06:44,260 alors qu'il se peut se manifester, je dis, par l'adoption de circulaires. 121 00:06:45,520 --> 00:06:49,340 Par ailleurs, d'après les articles 35 et 36 du CPP, 122 00:06:49,539 --> 00:06:53,160 les procureurs généraux quant à eux "ont la charge d'animer 123 00:06:53,360 --> 00:06:56,200 et de coordonner l'action des procureurs de la République 124 00:06:56,400 --> 00:06:58,420 ainsi que de la conduite de la politique d'action 125 00:06:58,620 --> 00:07:01,040 publique par les parquets de leur ressort, en disposant 126 00:07:01,240 --> 00:07:02,940 pour cela d'un pouvoir d'injonction écrite". 127 00:07:03,140 --> 00:07:06,520 À cela, il faut en déduire que des injonctions orales 128 00:07:06,719 --> 00:07:09,300 sont proscrites, de même que celles d'un classement sans suite. 129 00:07:09,500 --> 00:07:14,220 Mais surtout, et c'est là où j'attire vraiment votre attention, 130 00:07:14,420 --> 00:07:17,900 le garde des Sceaux peut demander aux procureurs 131 00:07:18,099 --> 00:07:20,500 généraux d'établir des rapports particuliers, 132 00:07:20,700 --> 00:07:24,240 tandis que lui est adressé chaque année un rapport de 133 00:07:24,440 --> 00:07:26,700 politique pénale sur l'application de la loi et 134 00:07:26,900 --> 00:07:30,720 des instructions générales ainsi émises, ainsi 135 00:07:30,920 --> 00:07:33,280 d'ailleurs qu'un rapport annuel sur l'activité et la 136 00:07:33,479 --> 00:07:35,660 gestion des parquets de son ressort. 137 00:07:35,860 --> 00:07:39,240 Donc, on le voit, toute une série de dispositions qui 138 00:07:39,440 --> 00:07:41,900 émaillent le Code de procédure pénale et qui 139 00:07:42,099 --> 00:07:45,640 confirment encore une fois la subordination hiérarchique 140 00:07:45,840 --> 00:07:47,700 des membres du parquet. 141 00:07:47,900 --> 00:07:50,880 E h bien, c'est précisément 142 00:07:51,480 --> 00:07:54,260 cette possibilité pour le garde des Sceaux de demander 143 00:07:54,460 --> 00:07:56,580 des rapports particuliers qui pose difficulté. 144 00:07:56,780 --> 00:08:00,280 On appelle aussi ce point parfois des signalements ou 145 00:08:00,479 --> 00:08:03,860 encore surtout des remontées d'informations. Ce dispositif 146 00:08:04,060 --> 00:08:07,000 donc qualifié de remontée d'informations, et je 147 00:08:07,200 --> 00:08:10,580 voudrais souligner sur ce point une décision du Conseil 148 00:08:10,780 --> 00:08:13,460 constitutionnel qui a eu à s'interroger sur la 149 00:08:13,659 --> 00:08:16,820 conformité à la Constitution de ce dispositif. 150 00:08:17,020 --> 00:08:21,780 Donc, une QPC relative aux articles 35 alinéa 3 et 39-1 151 00:08:22,480 --> 00:08:25,480 du CPP qui permettent aux procureurs généraux, 152 00:08:25,680 --> 00:08:28,120 spontanément ou à la demande du garde des Sceaux, 153 00:08:28,320 --> 00:08:30,540 de communiquer à ce dernier des informations pouvant 154 00:08:30,740 --> 00:08:33,380 porter sur certaines procédures judiciaires en cours. 155 00:08:33,580 --> 00:08:38,080 Donc, le Conseil est saisi d'une QPC, c'était en juin 2021, 156 00:08:38,280 --> 00:08:41,159 sur la conformité du dispositif de remontée d'informations. 157 00:08:41,360 --> 00:08:45,060 Et à l'époque, cette décision était d'autant plus scrutée 158 00:08:46,040 --> 00:08:49,900 que le garde des Sceaux de l'époque, M. Dupond-Moretti, était mis 159 00:08:50,100 --> 00:08:52,500 en examen pour prise illégale d'intérêt en raison de son 160 00:08:52,700 --> 00:08:55,420 influence supposée dans des dossiers qu'il a eue à 161 00:08:55,620 --> 00:08:57,060 connaître en sa qualité d'avocat. 162 00:08:57,260 --> 00:09:01,500 Et quelques mois plus tôt, Monsieur Dupond-Moretti, 163 00:09:01,700 --> 00:09:04,200 donc garde des Sceaux, avait adressé, le 29 septembre 2020, 164 00:09:04,400 --> 00:09:07,880 à la DACG, la DACG c'est la Direction des affaires 165 00:09:08,080 --> 00:09:11,460 criminelles et des grâces, il avait adressé à la DACG et 166 00:09:11,660 --> 00:09:15,100 aux procureurs généraux deux notes de service afin de 167 00:09:15,300 --> 00:09:17,980 "strictement limiter l'information du cabinet du 168 00:09:18,180 --> 00:09:20,460 garde des Sceaux s'agissant des procédures dans 169 00:09:20,660 --> 00:09:23,700 lesquelles la DACG est informée de ce que M. 170 00:09:23,900 --> 00:09:27,040 Dupond-Moretti est intervenu", je cite, "en qualité d'avocat". 171 00:09:27,240 --> 00:09:31,760 Et donc, c'était deux notes 172 00:09:31,960 --> 00:09:36,320 qui avaient été adressées le 173 00:09:36,520 --> 00:09:39,500 29 septembre 2020. 174 00:09:39,700 --> 00:09:40,720 Et M. 175 00:09:40,920 --> 00:09:44,580 Dupond-Moretti avait souligné, donc en garde des Sceaux, 176 00:09:44,780 --> 00:09:47,560 dans une circulaire du 1er octobre 2020, "l'intérêt du 177 00:09:47,760 --> 00:09:50,820 dispositif de remontée d'informations". Donc, 178 00:09:51,020 --> 00:09:55,380 un contexte un peu particulier, je l'ai dit, et à l'époque 179 00:09:55,800 --> 00:09:59,840 les requérants, l'association requérante et les parties 180 00:10:00,040 --> 00:10:03,820 intervenantes reprochaient aux dispositions en cause de 181 00:10:04,020 --> 00:10:06,960 ne pas suffisamment encadrer le dispositif de transmission 182 00:10:07,160 --> 00:10:10,340 d'informations, si bien que le garde des Sceaux aurait la 183 00:10:10,540 --> 00:10:13,760 possibilité d'intervenir dans le déroulement des procédures 184 00:10:13,960 --> 00:10:17,460 visées et d'exercer une pression sur les magistrats du parquet, 185 00:10:18,360 --> 00:10:21,940 pression sur les magistrats du parquet à l'égard desquels 186 00:10:22,140 --> 00:10:24,620 je vous rappelle il détient un pouvoir de nomination et 187 00:10:24,820 --> 00:10:25,600 de sanction. 188 00:10:26,440 --> 00:10:29,140 Si bien que selon les requérants eh bien "seraient 189 00:10:29,340 --> 00:10:31,100 méconnus les principes d'indépendance de l'autorité 190 00:10:31,300 --> 00:10:34,160 judiciaire et de la séparation des pouvoirs en 191 00:10:34,360 --> 00:10:37,420 raison notamment de l'atteinte portée au libre 192 00:10:37,620 --> 00:10:40,880 exercice de l'action publique par les magistrats du parquet". 193 00:10:41,660 --> 00:10:44,940 Eh bien, le 14 septembre 2021, 194 00:10:45,140 --> 00:10:49,200 le Conseil constitutionnel a 195 00:10:49,400 --> 00:10:53,260 écarté l'analyse, a déclaré le dispositif conforme en 196 00:10:53,460 --> 00:10:55,580 mobilisant un arsenal de textes, 197 00:10:55,780 --> 00:11:00,700 dont les articles 16 de la Déclaration des droits de 198 00:11:00,900 --> 00:11:02,920 l'homme et 64 de la Constitution française. 199 00:11:03,900 --> 00:11:07,580 Le dispositif donc de remontée d'informations est 200 00:11:07,780 --> 00:11:11,720 déclaré conforme à la Constitution, laquelle consacre par ailleurs, 201 00:11:11,920 --> 00:11:14,380 selon le Conseil, l'indépendance des magistrats. 202 00:11:15,740 --> 00:11:19,420 Et alors, le Conseil développe toute une série 203 00:11:19,620 --> 00:11:22,800 d'arguments avec, on le voit, 204 00:11:23,000 --> 00:11:27,760 on va le voir, une 205 00:11:27,960 --> 00:11:30,900 argumentation qui laisse transparaître la variabilité 206 00:11:31,100 --> 00:11:33,900 du degré d'indépendance du parquet. 207 00:11:34,100 --> 00:11:36,280 Parce que finalement, le Conseil, on va le voir, 208 00:11:36,480 --> 00:11:38,040 nous dit que le parquet est indépendant, mais que cette 209 00:11:38,240 --> 00:11:40,160 indépendance ne peut véritablement être la même 210 00:11:40,360 --> 00:11:42,640 que celle des magistrats du siège. 211 00:11:42,840 --> 00:11:46,580 Ce qui interpelle un petit peu quant à cette variabilité 212 00:11:46,780 --> 00:11:47,860 du degré d'indépendance. 213 00:11:49,540 --> 00:11:53,880 Et le Conseil, enfin, explique que ces remontées 214 00:11:54,080 --> 00:11:56,140 d'informations apparaissent nécessaires pour appréhender 215 00:11:56,340 --> 00:12:00,560 le fonctionnement de la justice pénale. 216 00:12:00,820 --> 00:12:03,640 Alors, c'est important de bien avoir ces éléments en 217 00:12:03,840 --> 00:12:07,140 tête parce qu'encore une fois, ces remontées d'informations 218 00:12:07,340 --> 00:12:09,980 cristallisent véritablement la question de l'indépendance 219 00:12:10,180 --> 00:12:12,080 des magistrats du parquet qui tient à l'autorité 220 00:12:12,280 --> 00:12:15,520 hiérarchique exercée par le garde des Sceaux, consacrée, 221 00:12:15,720 --> 00:12:19,060 je l'ai dit, à l'article 5 de l'ordonnance de 1958. 222 00:12:21,280 --> 00:12:26,000 On a, je l'ai dit, le recours 223 00:12:26,200 --> 00:12:29,380 aux circulaires de politique générale n'est pas si 224 00:12:29,580 --> 00:12:34,120 contestable en soi dans la mesure, encore une fois, il s'agit de 225 00:12:34,320 --> 00:12:36,600 définir une politique pénale d'ensemble. Le parquet serait 226 00:12:36,800 --> 00:12:39,340 finalement l'exécutant du gouvernement et le 227 00:12:39,540 --> 00:12:42,400 gouvernement en quelque sorte le gouvernail. 228 00:12:42,600 --> 00:12:47,340 Ce qui est donc plus discuté, 229 00:12:47,540 --> 00:12:49,400 en revanche, ce sont ces rapports particuliers, 230 00:12:49,600 --> 00:12:53,760 ces remontées d'informations qui peuvent être transmises 231 00:12:53,960 --> 00:12:56,960 spontanément par les procureurs de la République 232 00:12:57,160 --> 00:13:00,000 et généraux ou demandées surtout par le ministre de la Justice. 233 00:13:00,200 --> 00:13:03,520 Et ces rapports particuliers ne sont pas communicables aux 234 00:13:03,720 --> 00:13:04,860 justiciables concernés. 235 00:13:05,060 --> 00:13:09,120 L'idée, donc la justification avancée, 236 00:13:09,320 --> 00:13:13,040 est de permettre au garde des Sceaux de conduire et 237 00:13:13,240 --> 00:13:15,940 d'évaluer la politique pénale et d'en rendre compte ensuite 238 00:13:16,140 --> 00:13:17,380 au Parlement. 239 00:13:17,580 --> 00:13:22,340 Or, le dispositif, très sincèrement, soulève des questions, 240 00:13:22,780 --> 00:13:27,740 des critiques quant à la pression que l'on peut imaginer, 241 00:13:28,000 --> 00:13:30,180 la pression qui est susceptible de ressentir le 242 00:13:30,380 --> 00:13:34,620 magistrat qui serait ainsi sollicité par le garde des Sceaux. 243 00:13:34,820 --> 00:13:37,460 Et puis, en outre, c'est vrai qu'on s'interroge : pourquoi 244 00:13:37,660 --> 00:13:40,740 maintenir un tel dispositif de remontée d'informations, 245 00:13:40,940 --> 00:13:44,380 donc dans des affaires particulières, alors même que le garde des Sceaux, 246 00:13:44,580 --> 00:13:46,620 je vous l'ai dit, depuis la loi du 25 juillet 2013, 247 00:13:46,820 --> 00:13:49,320 n'est plus autorisé à intervenir dans une affaire 248 00:13:49,520 --> 00:13:50,380 individuelle ? Je vous l'ai dit, 249 00:13:50,580 --> 00:13:53,640 les instructions individuelles ont été supprimées. 250 00:13:53,840 --> 00:13:57,240 Alors, malgré ces questionnements-là, malgré ces arguments-là, 251 00:13:57,440 --> 00:14:02,080 eh bien le Conseil, donc, déclare le dispositif conforme. 252 00:14:02,280 --> 00:14:05,180 Il s'appuie notamment sur les travaux parlementaires pour 253 00:14:05,380 --> 00:14:08,440 approuver ces remontées d'informations en considérant 254 00:14:08,640 --> 00:14:11,080 que ce dispositif permet au ministre de disposer, 255 00:14:11,280 --> 00:14:13,400 je cite, "d'une information fiable et complète sur le 256 00:14:13,600 --> 00:14:17,160 fonctionnement de la justice au regard notamment de la 257 00:14:17,360 --> 00:14:19,420 nécessité d'assurer sur tout le territoire de la 258 00:14:19,620 --> 00:14:22,820 République l'égalité des citoyens devant la loi". 259 00:14:23,020 --> 00:14:25,380 Donc, on voit que cette affirmation que je cite du 260 00:14:25,580 --> 00:14:28,440 Conseil constitutionnel corrobore la circulaire que 261 00:14:28,640 --> 00:14:32,900 j'ai évoquée d'octobre 2020, prise par Monsieur Dupond-Moretti, 262 00:14:33,100 --> 00:14:36,740 qui évoquait un acte démocratique, je cite, "essentiel" en vue 263 00:14:36,940 --> 00:14:40,580 très concrètement d'expliquer le fonctionnement de la justice. 264 00:14:40,780 --> 00:14:44,540 En outre, toujours selon le Conseil constitutionnel, 265 00:14:44,740 --> 00:14:47,000 l'interdiction d'adresser des instructions dans des 266 00:14:47,200 --> 00:14:51,180 affaires individuelles trouve à s'appliquer, selon le Conseil, 267 00:14:51,380 --> 00:14:53,900 dans le cadre des rapports particuliers que le garde des 268 00:14:54,100 --> 00:14:55,880 Sceaux reçoit ou sollicite. 269 00:14:56,080 --> 00:14:57,700 Donc, il rappelle bien l'interdiction des 270 00:14:57,900 --> 00:15:00,440 instructions individuelles qui trouve à s'appliquer ici. 271 00:15:00,640 --> 00:15:05,400 On garde pourtant en tête les propos de l'ancien procureur 272 00:15:05,600 --> 00:15:08,480 général près la Cour de cassation, Monsieur François Molins, 273 00:15:08,680 --> 00:15:13,200 qui, alors, avait tenu son réquisitoire notamment dans 274 00:15:13,400 --> 00:15:16,800 l'affaire Jean-Jacques Urvoas, ancien garde des Sceaux. 275 00:15:17,000 --> 00:15:20,280 Il expliquait que cette loi du 25 juillet 2013, qui a 276 00:15:20,480 --> 00:15:22,200 supprimé notamment les instructions individuelles, 277 00:15:22,400 --> 00:15:25,020 a, je cite, "un goût d'inachevé". 278 00:15:25,220 --> 00:15:27,860 En effet, selon lui, le statut du parquet ne 279 00:15:28,060 --> 00:15:30,860 garantit pas suffisamment son indépendance dans la conduite 280 00:15:31,060 --> 00:15:32,440 des affaires individuelles. 281 00:15:32,640 --> 00:15:35,160 Et par la suite, Monsieur François Molins avait été 282 00:15:35,360 --> 00:15:37,720 entendu devant l'Assemblée nationale. 283 00:15:37,920 --> 00:15:41,740 Vous trouvez le rapport de l'Assemblée nationale du 2 284 00:15:41,940 --> 00:15:44,180 septembre 2020 en ligne, le rapport sur les obstacles 285 00:15:44,380 --> 00:15:47,060 à l'indépendance du pouvoir judiciaire, si vous souhaitez 286 00:15:47,260 --> 00:15:48,880 approfondir le sujet, page 260. 287 00:15:49,080 --> 00:15:53,840 Et il avait affirmé devant l'Assemblée nationale que le 288 00:15:54,120 --> 00:15:56,940 dispositif de remontée d'informations révèle "une carence", 289 00:15:57,140 --> 00:16:00,400 je cite, "une carence qui mérite selon lui d'être précisée". 290 00:16:00,600 --> 00:16:05,100 Alors, la difficulté principale, 291 00:16:05,560 --> 00:16:10,520 tient à l'opacité du dispositif, l'opacité des remontées 292 00:16:10,820 --> 00:16:13,300 d'informations. Et c'est ce 293 00:16:13,500 --> 00:16:14,500 que nous verrons la prochaine fois. 294 00:16:14,700 --> 00:16:16,020 Je vous remercie.