1 00:00:05,220 --> 00:00:08,380 Bonjour à toutes et à tous, nous continuons l'étude du 2 00:00:08,580 --> 00:00:10,980 secret de l'enquête et de l'instruction et nous nous 3 00:00:11,180 --> 00:00:13,620 attardons donc dans un 2 sur le renforcement de la 4 00:00:13,819 --> 00:00:18,180 protection de ce secret, de ce secret donc perçu comme 5 00:00:18,380 --> 00:00:21,120 un moyen davantage ces dernières années de 6 00:00:21,320 --> 00:00:23,580 consolider le principe de présomption d'innocence, 7 00:00:23,779 --> 00:00:25,760 donc un secret que je qualifierais davantage de 8 00:00:25,960 --> 00:00:30,220 secret éthique par opposition ou par distinction avec, 9 00:00:30,440 --> 00:00:35,280 par comparaison avec le secret efficacité que l'on a étudié. 10 00:00:35,480 --> 00:00:37,720 2. Une protection renforcée. 11 00:00:37,920 --> 00:00:40,080 Alors, pour comprendre l'évolution jurisprudentielle 12 00:00:40,280 --> 00:00:43,160 sur laquelle je vais insister, je voudrais revenir avant 13 00:00:43,360 --> 00:00:45,800 tout sur les effets que peut avoir ou non une violation du 14 00:00:46,000 --> 00:00:48,620 secret de l'enquête ou de l'instruction sur la validité 15 00:00:48,820 --> 00:00:50,400 des actes de procédure. 16 00:00:51,720 --> 00:00:54,940 Traditionnellement, en effet, la Cour de cassation opère 17 00:00:55,140 --> 00:00:58,940 une distinction selon que la violation du secret a été 18 00:00:59,140 --> 00:01:03,200 postérieure ou concomitante à la réalisation de l'acte de 19 00:01:03,400 --> 00:01:07,500 procédure et dans le premier cas la violation du secret 20 00:01:07,700 --> 00:01:10,680 est sans effet sur la validité de l'acte. 21 00:01:10,880 --> 00:01:14,140 En revanche, dans le second cas, si elle est donc concomitante 22 00:01:14,340 --> 00:01:16,900 à l'acte de procédure, alors une irrégularité 23 00:01:17,100 --> 00:01:19,080 procédurale doit être constatée. 24 00:01:19,300 --> 00:01:23,300 Et jusqu'alors, eh bien l'annulation n'était encourue 25 00:01:23,500 --> 00:01:25,740 donc selon la Cour de cassation que si cette 26 00:01:25,940 --> 00:01:29,000 irrégularité avait eu pour effet de porter atteinte aux 27 00:01:29,200 --> 00:01:31,520 intérêts de la personne concernée. 28 00:01:31,720 --> 00:01:36,619 Voilà, on avait différents arrêts, notamment 25 janvier 96 donc 29 00:01:36,940 --> 00:01:40,460 chambre criminelle numéro 95-85.560, 30 00:01:41,040 --> 00:01:46,000 19 juin 95 numéro 94-85.915, 31 00:01:46,300 --> 00:01:47,820 etc. Bon, c'est pour votre 32 00:01:48,020 --> 00:01:51,300 information. Et sans revenir 33 00:01:51,500 --> 00:01:54,020 sur les différents arrêts donc allant en ce sens, 34 00:01:54,220 --> 00:01:56,640 je me concentre, je vais me concentrer donc sur le 35 00:01:56,840 --> 00:01:58,780 revirement qui a été réalisé par la chambre criminelle de 36 00:01:58,980 --> 00:02:01,400 la Cour de cassation, c'était le 10 janvier 2017 37 00:02:01,600 --> 00:02:06,060 donc numéro 16-84.740, 38 00:02:06,260 --> 00:02:09,160 un arrêt qui a été beaucoup commenté par la doctrine et 39 00:02:09,359 --> 00:02:11,960 dans cette affaire, la Cour de cassation, en effet, 40 00:02:12,160 --> 00:02:15,900 a jugé que l'exécution d'une perquisition par un juge 41 00:02:16,100 --> 00:02:18,440 d'instruction ou par un officier de police judiciaire 42 00:02:18,640 --> 00:02:22,160 en présence d'un tiers, alors en l'occurrence ici en l'espèce, 43 00:02:22,359 --> 00:02:25,840 c'était un journaliste qui avait reçu l'autorisation de 44 00:02:26,040 --> 00:02:28,360 la part des autorités publiques d'en filmer le déroulement, 45 00:02:28,560 --> 00:02:31,000 eh bien l'exécution d'une perquisition par un juge 46 00:02:31,200 --> 00:02:32,880 d'instruction ou par un officier de police judiciaire 47 00:02:33,079 --> 00:02:35,300 en présence d'un tiers constitue une violation du 48 00:02:35,500 --> 00:02:36,920 secret de l'enquête à l'instruction qui porte 49 00:02:37,119 --> 00:02:39,420 nécessairement atteinte aux intérêts de la personne 50 00:02:39,619 --> 00:02:42,380 concernée et la chambre 51 00:02:42,579 --> 00:02:45,280 criminelle vise les articles 52 00:02:45,480 --> 00:02:50,240 11 mais aussi 56 du Code de procédure pénale et la 53 00:02:50,960 --> 00:02:54,060 référence à l'article 56, qui réserve à l'officier de 54 00:02:54,260 --> 00:02:57,240 police judiciaire ainsi qu'à la personne dont le domicile 55 00:02:57,440 --> 00:03:00,080 est perquisitionné le droit de prendre connaissance des 56 00:03:00,280 --> 00:03:02,760 données ou documents ou données informatiques avant 57 00:03:02,959 --> 00:03:06,780 leur saisie, eh bien permet de rappeler que l'atteinte à 58 00:03:06,980 --> 00:03:09,440 la vie privée doit être limitée à ce qui est utile 59 00:03:09,640 --> 00:03:12,820 aux investigations et ne saurait autoriser donc comme 60 00:03:13,019 --> 00:03:15,080 en l'espèce la prise d'images de documents révélant 61 00:03:15,280 --> 00:03:17,760 l'identité de la personne, et diffusée ultérieurement 62 00:03:17,959 --> 00:03:19,980 lors d'un reportage télévisé. 63 00:03:20,179 --> 00:03:22,580 Et ce qui est intéressant dans cet arrêt-là, c'est que 64 00:03:22,780 --> 00:03:26,180 la Cour prend en outre le soin de préciser que le 65 00:03:26,380 --> 00:03:29,640 journaliste ici ne s'était pas contenté d'être présent, 66 00:03:29,839 --> 00:03:33,640 il avait filmé l'acte de procédure et je cite, 67 00:03:33,839 --> 00:03:36,200 "y compris en ce qu'il a permis l'appréhension de 68 00:03:36,399 --> 00:03:38,600 documents utiles à la manifestation de la vérité, 69 00:03:38,799 --> 00:03:43,180 visibles à l'image, et qui ont été immédiatement saisis 70 00:03:43,380 --> 00:03:45,000 et placés sous scellés". 71 00:03:45,200 --> 00:03:47,540 Donc, c'est une précision ici apportée par la Cour : 72 00:03:47,739 --> 00:03:49,740 le fait que non seulement le journaliste était présent, 73 00:03:49,940 --> 00:03:50,800 mais en outre avait filmé. 74 00:03:51,000 --> 00:03:54,120 Donc, la solution est importante, c'est un revirement, 75 00:03:54,320 --> 00:03:56,660 je l'ai dit, la Cour de cassation, si vous voulez, ne remet pas 76 00:03:56,859 --> 00:03:59,740 en cause la distinction que j'évoquais entre violation 77 00:03:59,940 --> 00:04:04,700 postérieure ou concomitante, 78 00:04:04,899 --> 00:04:08,560 mais elle modifie la nature de la nullité en s'appuyant 79 00:04:08,760 --> 00:04:13,180 sur la théorie du grief intrinsèque : est-ce que ça porte 80 00:04:13,380 --> 00:04:15,380 nécessairement aux intérêts de la personne concernée ? 81 00:04:15,579 --> 00:04:18,079 Ce qui contribue à renforcer le principe du secret 82 00:04:18,279 --> 00:04:20,740 puisqu'on le voit, la violation ici du secret est 83 00:04:20,940 --> 00:04:23,860 automatiquement sanctionnée par la nullité. 84 00:04:24,060 --> 00:04:28,700 Donc, une solution importante ici, 85 00:04:28,900 --> 00:04:33,659 donc une interdiction, enfin une violation ici 86 00:04:33,920 --> 00:04:37,160 reconnue en cas d'exécution d'une perquisition en 87 00:04:37,360 --> 00:04:41,140 présence d'un journaliste et ce, alors même que celui-ci avait 88 00:04:41,340 --> 00:04:43,760 reçu une autorisation des autorités publiques d'en 89 00:04:43,960 --> 00:04:44,719 filmer le déroulement. 90 00:04:44,919 --> 00:04:46,820 Donc, quel est l'objectif de cette décision ? 91 00:04:47,020 --> 00:04:48,940 Eh bien, justement, c'est de mettre un terme à cette pratique. 92 00:04:49,140 --> 00:04:50,800 Quand je vous parle d'autorisation des autorités 93 00:04:51,000 --> 00:04:53,600 publiques, c'était une pratique sur le terrain, 94 00:04:53,800 --> 00:04:56,940 et donc l'objectif de la Cour est de mettre un terme à 95 00:04:57,140 --> 00:04:59,320 cette pratique contra legem, cautionnée par les autorités. 96 00:04:59,520 --> 00:05:02,380 Donc, l'autorisation délivrée aux journalistes ne saurait 97 00:05:02,580 --> 00:05:06,820 en aucun cas justifier la violation du secret prévu par la loi. 98 00:05:07,020 --> 00:05:10,560 Donc, pour ce qui nous intéresse, 99 00:05:10,760 --> 00:05:15,520 c'est vrai qu'une telle affirmation prend tout son 100 00:05:16,260 --> 00:05:17,020 sens puisque la Cour de cassation avec cet arrêt du 101 00:05:17,219 --> 00:05:21,820 10 janvier 2017, n'a pas souhaité uniquement protéger 102 00:05:22,400 --> 00:05:24,740 le caractère secret du secret de l'enquête ou de 103 00:05:24,940 --> 00:05:27,400 l'instruction en tant que tel à l'égard des journalistes ou 104 00:05:27,599 --> 00:05:28,359 du public. 105 00:05:28,559 --> 00:05:31,660 La Cour, surtout, a entendu protéger les personnes mises 106 00:05:31,860 --> 00:05:35,660 en cause qui se trouvent dans un état de plus grande fragilité, 107 00:05:35,860 --> 00:05:37,860 je reprends l'expression de l'avocat général, monsieur 108 00:05:38,060 --> 00:05:39,000 François Cordier. 109 00:05:39,200 --> 00:05:42,260 Donc, il s'agit de limiter l'intrusion au sein de leur 110 00:05:42,460 --> 00:05:45,960 domicile lors de perquisitions et donc 111 00:05:46,159 --> 00:05:48,720 l'atteinte à leur vie privée, limiter l'intrusion au sein 112 00:05:48,920 --> 00:05:50,680 de leur domicile donc à ce que nécessite le bon 113 00:05:50,880 --> 00:05:51,640 déroulement des investigations et les 114 00:05:51,840 --> 00:05:52,599 pouvoirs dévolus aux enquêteurs. 115 00:05:52,799 --> 00:05:53,559 Donc, ne sauraient en aucune façon avoir des répercussions 116 00:05:53,759 --> 00:05:54,519 sur la réputation des personnes mises en cause. 117 00:05:54,719 --> 00:05:55,479 Donc, la solution est importante, on le voit, qu'elle protège 118 00:05:55,679 --> 00:05:56,439 finalement bien sûr les intérêts particuliers, 119 00:05:56,639 --> 00:05:57,399 mais elle tend également à préserver la justice d'une 120 00:05:57,599 --> 00:05:58,359 forme de spectacle avec quand même une question que je 121 00:05:58,559 --> 00:05:59,319 voudrais soulever, on reviendra là-dessus sur ces 122 00:05:59,519 --> 00:06:00,279 difficultés, mais on peut se demander si la solution 123 00:06:00,479 --> 00:06:01,239 aurait été la même si le journaliste avait assisté à 124 00:06:01,439 --> 00:06:02,199 une audition et non pas une perquisition. Nous verrons 125 00:06:02,399 --> 00:06:03,159 par la suite que le suspect gardé à vue bénéficie de 126 00:06:03,359 --> 00:06:04,119 l'assistance d'un avocat qui, donc, avocat qui pourrait 127 00:06:04,319 --> 00:06:05,079 donc lui conseiller de s'y opposer. 128 00:06:05,279 --> 00:06:06,039 Une telle interrogation en soulève une autre : puisque demain, 129 00:06:06,239 --> 00:06:06,999 si demain la présence de l'avocat était autorisée, 130 00:06:07,199 --> 00:06:07,959 on pourrait peut-être concevoir que cette garantie 131 00:06:08,159 --> 00:06:08,919 de l'assistance d'un avocat conduira à reconnaître, 132 00:06:09,119 --> 00:06:09,879 du coup, la possibilité, si vous voulez, de rendre 133 00:06:10,079 --> 00:06:10,839 présents les journalistes lors des perquisitions. 134 00:06:11,039 --> 00:06:11,799 Bon, je reviendrai là-dessus, c'est une question ouverte, 135 00:06:11,999 --> 00:06:12,759 mais, mais voilà, on voit ici en fait la difficulté, 136 00:06:12,959 --> 00:06:13,719 c'est qu'on reviendra en matière de perquisition, 137 00:06:13,919 --> 00:06:14,679 l'assistance de l'avocat n'est pas prévue, c'est un vaste débat, 138 00:06:14,879 --> 00:06:15,639 ce sujet-là, pas de présence de l'avocat lors des perquisitions, 139 00:06:15,839 --> 00:06:16,599 à différence donc de la garde à vue, et donc peut-être que si 140 00:06:16,799 --> 00:06:17,559 demain la perquisition était réalisée en présence d'un avocat, 141 00:06:17,759 --> 00:06:18,519 on pourrait envisager, je pose la question, 142 00:06:18,719 --> 00:06:19,479 que les journalistes soient présents. 143 00:06:19,679 --> 00:06:20,439 Bon, je reviens donc surtout à cet arrêt-là et à 144 00:06:20,639 --> 00:06:21,399 l'évolution jurisprudentielle donc ce revirement qui avait 145 00:06:21,599 --> 00:06:22,359 fait grand, du grand bruit, pardon, et qui a conduit le 146 00:06:22,559 --> 00:06:23,319 garde des Sceaux à adresser une circulaire le 27 avril 2017, 147 00:06:23,519 --> 00:06:24,279 une circulaire au magistrat du parquet et chef de 148 00:06:24,479 --> 00:06:25,239 juridiction afin de déconseiller donc fortement 149 00:06:25,439 --> 00:06:26,199 tout accord à ce qu'un journaliste puisse assister à 150 00:06:26,399 --> 00:06:27,159 une perquisition et cette circulaire donc du 27 avril 2017, 151 00:06:27,359 --> 00:06:28,119 CRIM-PJ n° 2017-0063-A8 pour être bien précise, cette 152 00:06:28,319 --> 00:06:29,079 circulaire a été attaquée par l'association de la presse 153 00:06:29,279 --> 00:06:30,039 judiciaire par le biais d'une QPC relative aux articles 11 154 00:06:30,239 --> 00:06:30,999 et 56 du code de procédure pénale. 155 00:06:31,199 --> 00:06:31,959 Or, par la suite, eh bien le Conseil constitutionnel donc 156 00:06:32,159 --> 00:06:32,919 ainsi saisit, cette QPC a rendu une décision là aussi 157 00:06:33,119 --> 00:06:33,879 très remarquée le 2 mars 2018. 158 00:06:34,079 --> 00:06:34,839 Le C onseil constitutionnel et bien a estimé l'atteinte à 159 00:06:35,039 --> 00:06:35,799 la liberté d'expression et de communication nécessaire, 160 00:06:35,999 --> 00:06:36,759 adaptée et proportionnée à l'objectif poursuivi. 161 00:06:36,959 --> 00:06:37,719 Voilà, donc là aussi une décision très commentée 162 00:06:37,919 --> 00:06:38,679 numéro 2017-693 QPC et le Conseil constitutionnel 163 00:06:38,879 --> 00:06:39,639 relève notamment que la portée du secret est limitée 164 00:06:39,839 --> 00:06:40,599 aux actes d'enquête et d'instruction et à la durée 165 00:06:40,799 --> 00:06:41,559 des investigations correspondantes, ce qui n'empêche par ailleurs, 166 00:06:41,759 --> 00:06:42,519 nous dit-il, ce qui n'empêche nullement les tiers et dont 167 00:06:42,719 --> 00:06:43,479 les journalistes de rendre compte d'une procédure pénale 168 00:06:43,679 --> 00:06:44,439 et de relater les différentes étapes d'une enquête et d'une 169 00:06:44,639 --> 00:06:45,399 instruction. Et dans sa 170 00:06:45,599 --> 00:06:46,359 décision et c'est là où c'est très intéressant, le Conseil 171 00:06:46,559 --> 00:06:47,319 rappelle l'utilité du secret de l'instruction de l'enquête 172 00:06:47,519 --> 00:06:48,279 qui permet non seulement de garantir le bon déroulement 173 00:06:48,479 --> 00:06:49,239 des investigations, mais aussi de protéger les 174 00:06:49,439 --> 00:06:50,199 personnes concernées par une enquête ou une instruction 175 00:06:50,399 --> 00:06:51,159 afin de garantir le droit au respect de la vie privée et 176 00:06:51,359 --> 00:06:52,119 de la présomption d'innocence. 177 00:06:52,319 --> 00:06:53,079 Donc, on le voit, une double définition, une double 178 00:06:53,279 --> 00:06:54,039 acception et un double fondement de ce secret de 179 00:06:54,239 --> 00:06:54,999 l'enquête et de l'instruction et ici un glissement qui 180 00:06:55,199 --> 00:06:55,959 s'opère vers la protection nécessaire et renforcée du 181 00:06:56,159 --> 00:06:56,919 droit au respect de la vie privée et de la présomption 182 00:06:57,119 --> 00:06:57,879 d'innocence et ce secret qui devient précisément opportun, 183 00:06:58,079 --> 00:06:58,839 un fondement donc opportun, un principe opportun pour 184 00:06:59,039 --> 00:06:59,799 consolider et protéger davantage ces droits. 185 00:06:59,999 --> 00:07:00,759 Et puis enfin quelques mois plus tard, la Cour de cassation a 186 00:07:00,959 --> 00:07:01,719 confirmé sa position, l'arrêt de 2017 en jugeant 187 00:07:01,919 --> 00:07:02,679 que " la présence d'un tiers étranger à la procédure ayant 188 00:07:02,879 --> 00:07:03,639 obtenu d'une autorité publique une autorisation à 189 00:07:03,839 --> 00:07:04,599 cette fin constitue une violation du secret de 190 00:07:04,799 --> 00:07:05,559 l'enquête ou de l'instruction concomitante à 191 00:07:05,759 --> 00:07:06,519 l'accomplissement d'une perquisition portant 192 00:07:06,719 --> 00:07:07,479 nécessairement atteinte aux intérêts de la personne 193 00:07:07,679 --> 00:07:08,439 qu'elle concerne, quand bien même l'objectif poursuivi 194 00:07:08,639 --> 00:07:09,399 serait l'information du public". 195 00:07:09,599 --> 00:07:10,359 Donc, c'est un arrêt ici du 9 janvier 2019 de la chambre 196 00:07:10,559 --> 00:07:11,319 criminelle numéro 17-84.026. 197 00:07:11,519 --> 00:07:12,279 Donc, je dirais une pièce en trois actes ici, trois temps 198 00:07:12,479 --> 00:07:13,239 dans cette évolution jurisprudentielle et dans 199 00:07:13,439 --> 00:07:14,199 l'arrêt de 2019, la Cour de cassation rappelle " qu'à 200 00:07:14,399 --> 00:07:15,159 peine de nullité, l'officier de police judiciaire a seul le droit, 201 00:07:15,359 --> 00:07:16,119 lors d'une perquisition, de prendre connaissance des papiers, 202 00:07:16,319 --> 00:07:17,079 documents ou données trouvés sur place avant de procéder à 203 00:07:17,279 --> 00:07:18,039 leur saisie". 204 00:07:18,239 --> 00:07:18,999 Donc, on le voit, l'enseignement est clair : 205 00:07:19,199 --> 00:07:19,959 l'accord d'une autorité à la perquisition ne vaut pas, 206 00:07:20,159 --> 00:07:20,919 n'est pas valable, tout comme le mobile du journaliste, 207 00:07:21,119 --> 00:07:21,879 l'information du public, ce n'est pas valable et donc 208 00:07:22,079 --> 00:07:22,839 la nullité est irrémédiable, Confirmation de la solution de 2017, 209 00:07:23,039 --> 00:07:23,799 je l'ai dit, et quand même précision, une précision importante, 210 00:07:23,999 --> 00:07:24,759 une nouveauté puisque cette solution de la Cour de 211 00:07:24,959 --> 00:07:25,719 cassation en 2019 se fonde, outre sur les articles 11 et 56 du CPP, 212 00:07:25,919 --> 00:07:26,679 sur les articles 6 et 8 de la convention européenne 213 00:07:26,879 --> 00:07:27,639 relative donc au droit à un procès équitable et à la 214 00:07:27,839 --> 00:07:28,599 protection de la vie privée, ce qui doit se traduire par 215 00:07:28,799 --> 00:07:29,559 la volonté de la Cour de cassation, déjà de renforcer la portée 216 00:07:29,759 --> 00:07:30,519 de son arrêt et puis surtout précision utile, " le fait de 217 00:07:30,719 --> 00:07:31,479 filmer la perquisition n'est plus une condition nécessaire 218 00:07:31,679 --> 00:07:32,439 à l'annulation de la perquisition". 219 00:07:32,639 --> 00:07:33,399 Autrement dit, la seule présence d'un tiers étranger 220 00:07:33,599 --> 00:07:34,359 à la procédure suffit à faire constater l'irrégularité. 221 00:07:34,559 --> 00:07:35,319 Vous voyez là où en 2017, je l'ai dit, la Cour avait 222 00:07:35,519 --> 00:07:36,279 dit que le journaliste non seulement était présent, 223 00:07:36,479 --> 00:07:37,239 mais en plus avait filmé, voilà, on voit ici que cela 224 00:07:37,439 --> 00:07:38,199 n'est plus une condition nécessaire, la seule présence d'un tiers 225 00:07:38,399 --> 00:07:39,159 autorisé à la procédure suffit à faire constater 226 00:07:39,359 --> 00:07:40,119 l'irrégularité et encore une fois, un peu importe qu'il ait été 227 00:07:40,319 --> 00:07:41,079 autorisé sur le terrain par les autorités. 228 00:07:41,279 --> 00:07:42,039 Donc, l'évolution est majeure puisque la Cour de cassation, 229 00:07:42,239 --> 00:07:42,999 confortée par le Conseil constitutionnel, consacre 230 00:07:43,199 --> 00:07:43,959 ainsi la nullité de la perquisition là où l'article 231 00:07:44,159 --> 00:07:44,919 11 du CPP se contente d'affirmer le secret sans 232 00:07:45,119 --> 00:07:45,879 prévenir textuellement de, sans prévoir textuellement de nullité. 233 00:07:46,079 --> 00:07:46,839 Donc, pendant longtemps donc, on a dit que ce secret était 234 00:07:47,039 --> 00:07:47,799 inutile parce que notamment redondant avec le secret 235 00:07:47,999 --> 00:07:48,759 professionnel, on voit ici que l'argument se neutralise, 236 00:07:48,959 --> 00:07:49,719 si je puis dire, la démonstration s'épuise donc 237 00:07:49,919 --> 00:07:50,679 grâce à ce renversement de perspective puisque la 238 00:07:50,879 --> 00:07:51,639 sanction de nullité de l'opération est désormais 239 00:07:51,839 --> 00:07:52,599 consacrée par la jurisprudence de façon automatique, 240 00:07:52,799 --> 00:07:53,559 et ce au nom du droit à la présomption d'innocence et au 241 00:07:53,759 --> 00:07:54,519 respect de la vie privée, ce qui permet d'ailleurs de 242 00:07:54,719 --> 00:07:55,479 relier ce secret de l'enquête et l'instruction à une valeur 243 00:07:55,679 --> 00:07:56,439 constitutionnelle dès lors que le droit à la présomption 244 00:07:56,639 --> 00:07:57,399 d'innocence est consacré par la déclaration de droit à 245 00:07:57,599 --> 00:07:58,359 l'homme et du citoyen et donc à valeur constitutionnelle, 246 00:07:58,559 --> 00:07:59,319 le secret lui n'a pas valeur ici forcément constitutionnelle, 247 00:07:59,519 --> 00:08:00,279 il n'a pas cette valeur qu'a le droit au respect de la vie privée, 248 00:08:00,479 --> 00:08:01,239 simplement donc le fait de relier cela à la présomption 249 00:08:01,439 --> 00:08:02,199 d'innocence évidemment conduit à renforcer sa portée. 250 00:08:02,399 --> 00:08:03,159 Voilà donc une utilité bien déterminée, c'est ce qui 251 00:08:03,359 --> 00:08:04,119 ressort des évolutions relatives au secret de 252 00:08:04,319 --> 00:08:05,079 l'enquête et l'instruction donc avec cette distinction 253 00:08:05,279 --> 00:08:06,039 encore une fois pour résumer, mais ce ne sont que des mots ici, 254 00:08:06,239 --> 00:08:06,999 une distinction entre un secret efficacité et un 255 00:08:07,199 --> 00:08:07,959 secret éthique en fonction des fondements qui lui sont 256 00:08:08,159 --> 00:08:08,919 assignés et cette utilité se retrouve à travers les 257 00:08:09,119 --> 00:08:09,879 conclusions du rapport. 258 00:08:10,079 --> 00:08:10,839 Vous savez que je vous avais mentionné le rapport Breton 259 00:08:11,039 --> 00:08:11,799 Paris qui préconise d'inscrire au sein même du 260 00:08:11,999 --> 00:08:12,759 code de procédure pénale les objectifs poursuivis à 261 00:08:12,959 --> 00:08:13,719 travers la règle du secret à savoir protection des 262 00:08:13,919 --> 00:08:14,679 investigations des personnes et la présomption d'innocence. 263 00:08:14,879 --> 00:08:15,639 Donc, on va voir là ce qui sera retenu dans le cas de la 264 00:08:15,839 --> 00:08:16,599 réécriture du Code de procédure pénale. 265 00:08:16,799 --> 00:08:17,559 Donc, ici voilà, voir comment sera consolidé ce secret de 266 00:08:17,759 --> 00:08:18,519 l'enquête et de l'instruction. 267 00:08:18,719 --> 00:08:19,479 Alors, cette utilité ainsi démontrée n'empêche pas 268 00:08:19,679 --> 00:08:20,439 d'entrevoir à travers les problématiques soulevées les 269 00:08:20,639 --> 00:08:21,399 défis auxquels se confrontent le secret de l'enquête et de 270 00:08:21,599 --> 00:08:22,359 l'instruction aujourd'hui, ce sont des questions sur 271 00:08:22,559 --> 00:08:23,319 lesquelles j'insiste parce qu'elle participe de 272 00:08:23,519 --> 00:08:24,279 mutations fondamentales de notre société, cet entrechoc 273 00:08:24,479 --> 00:08:25,239 culturel entre le droit à l'information, médiatisation 274 00:08:25,439 --> 00:08:26,199 des affaires pénales, 275 00:08:26,399 --> 00:08:27,159 libération de la parole, 276 00:08:27,359 --> 00:08:28,119 la communication et puis aussi rappel des droits fondamentaux, 277 00:08:28,319 --> 00:08:29,079 des droits fondamentaux donc du procès. 278 00:08:29,279 --> 00:08:30,039 Et donc c'est ce que nous verrons la prochaine fois 279 00:08:30,239 --> 00:08:30,999 donc dans un paragraphe 2 consacré au défi du secret de 280 00:08:31,199 --> 00:08:31,959 l'enquête et de l'instruction.