1 00:00:05,280 --> 00:00:08,320 Bonjour à toutes et à tous, nous continuons l'étude des 2 00:00:08,520 --> 00:00:10,060 principes directeurs du procès pénal. 3 00:00:10,260 --> 00:00:11,820 Nous abordons cette fois-ci, dans un paragraphe 3 : 4 00:00:12,020 --> 00:00:13,260 la motivation des décisions de justice. 5 00:00:13,620 --> 00:00:15,780 Donc, après l'étude des droits de se taire et de ne 6 00:00:15,979 --> 00:00:17,880 pas s'auto-incriminer, je voudrais revenir, 7 00:00:18,080 --> 00:00:20,700 dans un premier point, sur la signification de cette 8 00:00:20,900 --> 00:00:23,980 exigence de motivation et nous nous interrogerons 9 00:00:24,180 --> 00:00:25,040 ensuite sur la portée. 10 00:00:25,660 --> 00:00:27,260 Donc, d'abord, signification : 11 00:00:27,460 --> 00:00:31,440 je ferai, avant d'aller plus loin, 12 00:00:31,640 --> 00:00:35,160 une remarque préliminaire qui est que la motivation ne 13 00:00:35,860 --> 00:00:39,600 cesse de s'enrichir en droit et donc aussi, plus particulièrement, 14 00:00:39,800 --> 00:00:42,220 en droit pénal et, particulièrement également, 15 00:00:42,420 --> 00:00:44,080 en procédure pénale. 16 00:00:44,460 --> 00:00:47,860 Que ce soit des mesures – nous le verrons – de garde à vue, 17 00:00:48,100 --> 00:00:50,820 que ce soit également des mesures de détention provisoire, 18 00:00:51,100 --> 00:00:54,240 que ce soit des mesures d'emprisonnement ferme, 19 00:00:54,440 --> 00:00:56,400 etc., cette exigence de 20 00:00:56,600 --> 00:00:59,180 motivation ne cesse de se consolider. 21 00:00:59,640 --> 00:01:04,599 Là où, à l'inverse, certaines mesures ne supposent pas de 22 00:01:05,340 --> 00:01:08,640 motivation particulière et je pense particulièrement aux 23 00:01:08,840 --> 00:01:10,420 mesures alternatives aux poursuites que nous 24 00:01:10,620 --> 00:01:11,380 étudierons plus tard. 25 00:01:11,580 --> 00:01:14,380 Cette remarque préliminaire consiste donc à relever, 26 00:01:14,580 --> 00:01:19,339 d'une part, ce développement et cette consolidation, 27 00:01:19,539 --> 00:01:21,200 encore une fois, de l'exigence de motivation, 28 00:01:21,820 --> 00:01:25,840 mais, d'autre part, aussi, cet instrument de politique 29 00:01:26,040 --> 00:01:27,840 pénale que représente la motivation. 30 00:01:28,380 --> 00:01:33,339 Puisqu'en effet, dès lors qu'un acte doit être motivé et, 31 00:01:33,640 --> 00:01:35,800 particulièrement motivé, il est forcément plus 32 00:01:36,000 --> 00:01:38,480 difficile à mettre en œuvre, on restreint donc ces 33 00:01:38,680 --> 00:01:40,400 conditions d'application. 34 00:01:40,720 --> 00:01:43,260 Là où, au contraire, dès lors que l'on souhaite 35 00:01:43,460 --> 00:01:45,800 favoriser la mise en œuvre d'un dispositif, eh bien, 36 00:01:46,000 --> 00:01:49,020 l'exigence de motivation est moins précise et donc c'est 37 00:01:49,220 --> 00:01:51,140 particulièrement vrai avec les mesures alternatives aux 38 00:01:51,340 --> 00:01:54,500 poursuites, puisque vous le savez, le mouvement est au 39 00:01:54,700 --> 00:01:56,840 développement de ces voies, pas seulement en matière pénale, 40 00:01:57,040 --> 00:01:58,500 c'est vrai aussi pour la matière civile, aussi, 41 00:01:58,700 --> 00:02:01,420 par exemple, et donc, précisément, eh bien, 42 00:02:01,620 --> 00:02:04,020 parce qu'on souhaite développer davantage le 43 00:02:04,220 --> 00:02:07,180 recours à ces mesures, eh bien, des conditions et donc, 44 00:02:07,380 --> 00:02:09,880 en particulier, motivation, sont moins rigoureuses. 45 00:02:10,079 --> 00:02:11,880 Là où, encore une fois, nous verrons, par exemple, 46 00:02:12,079 --> 00:02:14,300 la garde à vue a vu sa motivation renforcée et puis 47 00:02:14,500 --> 00:02:17,820 nous verrons aussi, surtout, la question des actes d'investigation, 48 00:02:18,019 --> 00:02:22,780 donc réalisés en enquête décidée par le procureur de 49 00:02:23,500 --> 00:02:25,040 la République et puis, souvent, nous le verrons, 50 00:02:25,239 --> 00:02:27,440 autorisé par le juge des libertés et de la détention. 51 00:02:27,660 --> 00:02:30,400 Nous verrons qu'il y a un mouvement important de 52 00:02:30,600 --> 00:02:33,600 renforcement de l'exigence de motivation de l'ordonnance 53 00:02:33,799 --> 00:02:35,700 délivrée par le juge, parce que, précisément, 54 00:02:35,899 --> 00:02:40,660 il s'agit de renforcer les garanties, de renforcer les droits et 55 00:02:41,160 --> 00:02:43,320 libertés fondamentaux, la protection des libertés 56 00:02:43,519 --> 00:02:47,480 individuelles en imposant au juge de motiver, donc de 57 00:02:47,679 --> 00:02:50,580 manière rigoureuse, son ordonnance dans la mesure où 58 00:02:50,780 --> 00:02:52,900 ses actes portent atteinte, une atteinte toute 59 00:02:53,100 --> 00:02:57,680 particulière aux libertés, principalement au droit au 60 00:02:57,880 --> 00:02:58,980 respect de la vie privée. 61 00:03:00,380 --> 00:03:03,600 Cette remarque, donc, préliminaire ainsi formulée, 62 00:03:03,799 --> 00:03:07,060 je reviens sur l'obligation même de motiver les décisions 63 00:03:07,260 --> 00:03:10,920 de justice qui découle d'un arrêt de la Cour européenne 64 00:03:11,119 --> 00:03:14,540 des droits de l'homme en date du 19 avril 1994, c'est 65 00:03:14,739 --> 00:03:17,060 l'arrêt Van de Hurk contre Pays-Bas, 66 00:03:17,260 --> 00:03:22,200 un arrêt dans lequel la Cour 67 00:03:24,120 --> 00:03:27,880 européenne, donc, exige cette obligation de motivation, 68 00:03:28,079 --> 00:03:30,720 mais précise quand même que cette obligation, je cite, 69 00:03:30,920 --> 00:03:33,360 "ne peut se comprendre comme exigeant une réponse 70 00:03:33,560 --> 00:03:37,000 détaillée à chaque argument", ce qui permet de souligner, 71 00:03:37,200 --> 00:03:40,040 d'ores et déjà, un certain pragmatisme dont fait preuve 72 00:03:40,239 --> 00:03:41,380 la Cour européenne. 73 00:03:42,160 --> 00:03:45,180 Quelles sont les justifications de cette exigence ? 74 00:03:45,380 --> 00:03:49,440 Classiquement, on explique que la motivation, tout d'abord, 75 00:03:49,640 --> 00:03:53,700 est une garantie contre l'arbitraire, puisqu'elle oblige, en effet, 76 00:03:53,899 --> 00:03:57,740 le juge à retracer son raisonnement et donc à délibérer ; 77 00:03:57,960 --> 00:04:00,480 ça correspond à l'idée que l'on se fait d'une bonne justice. 78 00:04:01,080 --> 00:04:05,060 En outre, deuxième observation : l'appel, le recours, 79 00:04:05,300 --> 00:04:08,860 l'appel peut être formé contre une décision et, 80 00:04:09,060 --> 00:04:11,480 précisément, cette motivation est une condition nécessaire 81 00:04:11,679 --> 00:04:15,080 pour l'exercice des droits de la défense, parce qu'en 82 00:04:15,560 --> 00:04:19,339 ignorant les motifs de l'arrêt, eh bien, il serait difficile 83 00:04:19,539 --> 00:04:22,920 de contester cette décision et d'identifier l'éventuelle 84 00:04:23,120 --> 00:04:26,680 erreur de jugement et puis ça 85 00:04:26,880 --> 00:04:31,220 vaut également par la suite pour le pourvoi en cassation et puis, 86 00:04:31,420 --> 00:04:33,480 précisément, donc, dernière observation, seule une 87 00:04:33,680 --> 00:04:36,760 motivation circonstanciée permet à la Cour de cassation 88 00:04:36,960 --> 00:04:39,880 d'exercer un véritable contrôle de légalité. 89 00:04:40,080 --> 00:04:42,860 Je vous rappelle que la Cour de cassation juge en droit et 90 00:04:43,060 --> 00:04:43,840 non en fait. 91 00:04:44,100 --> 00:04:47,040 Enfin, dernière observation, 92 00:04:47,740 --> 00:04:52,700 cette motivation, aujourd'hui, participe d'un mouvement que 93 00:04:52,900 --> 00:04:57,780 l'on pourrait rattacher à ce qu'on appelle la pédagogie du droit, 94 00:04:58,040 --> 00:05:00,340 la pédagogie du droit, comment, effectivement, 95 00:05:00,539 --> 00:05:03,620 rendre la justice plus compréhensible et ça passe notamment, 96 00:05:03,820 --> 00:05:05,980 vous le savez, pas seulement en matière pénale, par une 97 00:05:06,180 --> 00:05:09,720 motivation enrichie de la part de la Cour de cassation 98 00:05:09,920 --> 00:05:13,600 qui a souhaité mettre un terme à ces arrêts attendus que, 99 00:05:13,800 --> 00:05:14,560 attendu que. 100 00:05:14,760 --> 00:05:17,620 Donc, aujourd'hui, on a une motivation enrichie et assez claire, 101 00:05:17,820 --> 00:05:20,140 bien expliquée, bien 102 00:05:20,340 --> 00:05:24,840 détaillée et bien articulée que vous trouvez en ligne sur 103 00:05:25,039 --> 00:05:26,320 le site de la Cour de cassation. 104 00:05:26,540 --> 00:05:30,560 Donc, ça, ça permet à la justice de faire œuvre de pédagogie, 105 00:05:30,760 --> 00:05:33,420 mieux expliquer le droit, mieux apporter à la 106 00:05:33,620 --> 00:05:36,740 connaissance du droit et puis permettre aussi que les 107 00:05:36,940 --> 00:05:40,560 décisions de justice soient mieux acceptées par le justiciable. 108 00:05:40,760 --> 00:05:44,740 On vise ici les décisions de justice, mais je l'ai dit, en procédure pénale, 109 00:05:44,940 --> 00:05:48,240 ça peut aussi viser les actes d'investigation, par exemple, 110 00:05:48,440 --> 00:05:50,880 ou encore même les réquisitions du procureur de 111 00:05:51,080 --> 00:05:55,760 la République ou encore une décision de non-lieu qui 112 00:05:55,960 --> 00:05:57,960 serait rendue par le juge d'instruction. Il y a un enjeu, 113 00:05:58,159 --> 00:06:02,240 encore une fois, d'explication lorsqu’un juge 114 00:06:02,440 --> 00:06:04,880 rend une ordonnance de non-lieu, par exemple, en matière 115 00:06:05,080 --> 00:06:07,900 d'infraction sexuelle, il est important que la 116 00:06:08,099 --> 00:06:11,020 personne qui se déclare lésée, qui se déclare victime puisse 117 00:06:11,219 --> 00:06:15,040 prendre connaissance de manière détaillée des 118 00:06:15,240 --> 00:06:18,840 éléments qui ont conduit le juge à prononcer un non-lieu. 119 00:06:19,720 --> 00:06:22,600 Alors, ensuite, qu'en est-il de la portée ? 120 00:06:22,800 --> 00:06:25,180 La portée, nous allons distinguer la matière 121 00:06:25,380 --> 00:06:29,720 correctionnelle et la matière criminelle. 1, donc, 122 00:06:29,920 --> 00:06:33,640 en matière correctionnelle, tout d'abord, il y a eu des 123 00:06:33,840 --> 00:06:38,599 évolutions et notamment avec l'article 132-1 du code pénal 124 00:06:38,799 --> 00:06:42,100 qui prévoit expressément, depuis la loi du 15 août 2014, 125 00:06:42,300 --> 00:06:45,540 dite la loi Taubira, que, je cite, "toute peine 126 00:06:45,740 --> 00:06:49,280 prononcée par la juridiction doit être individualisée" et 127 00:06:49,479 --> 00:06:52,400 le texte précise que, "dans les limites fixées par la loi, 128 00:06:52,599 --> 00:06:55,180 la juridiction détermine la nature, le quantum et le régime des 129 00:06:55,380 --> 00:06:57,720 peines prononcées en fonction des circonstances de l'infraction, 130 00:06:57,920 --> 00:07:00,200 de la personnalité de son auteur ainsi que de sa 131 00:07:00,400 --> 00:07:02,600 situation matérielle, familiale et sociale, 132 00:07:02,800 --> 00:07:06,380 conformément aux finalités de la peine énoncée à l'article 130-1, 133 00:07:06,580 --> 00:07:09,840 à savoir sanctionner l'auteur de l'infraction et favoriser 134 00:07:10,039 --> 00:07:13,840 son amendement, son insertion ou sa réinsertion". 135 00:07:14,039 --> 00:07:16,700 Mais je voudrais revenir sur 136 00:07:16,900 --> 00:07:19,980 l'évolution ultérieure : 137 00:07:20,180 --> 00:07:23,900 la difficulté résultait du fait que le Code pénal ne 138 00:07:24,099 --> 00:07:28,340 prévoyait une obligation de motivation spéciale que pour 139 00:07:28,539 --> 00:07:32,380 les peines d'emprisonnement ferme à l'article 132-19. 140 00:07:32,580 --> 00:07:35,760 Voilà, c'est pas la peine de noter, mais le code précisait que, 141 00:07:35,960 --> 00:07:37,580 lorsque le tribunal correctionnel prononce une 142 00:07:37,780 --> 00:07:40,060 peine d'emprisonnement sans sursis et ne faisant pas 143 00:07:40,260 --> 00:07:43,720 l'objet d'une des mesures d'aménagement prévue par le 144 00:07:43,920 --> 00:07:46,760 code sous sections 1 et 2, eh bien, il doit spécialement 145 00:07:46,960 --> 00:07:49,440 motiver sa décision au regard des faits de l'espèce et de 146 00:07:49,640 --> 00:07:51,180 la personnalité de leur auteur ainsi que de sa 147 00:07:51,380 --> 00:07:54,240 situation matérielle, familiale et sociale. 148 00:07:54,440 --> 00:07:58,580 Et la Cour de cassation s'est 149 00:07:58,780 --> 00:08:00,860 prononcée par des arrêts 150 00:08:01,060 --> 00:08:04,340 remarqués en date du 1er février 2017, 151 00:08:04,539 --> 00:08:07,320 numéro 15-83.984, 152 00:08:07,520 --> 00:08:12,240 15-85.199 et 15-84.511, 153 00:08:12,440 --> 00:08:16,680 la Cour de cassation s'est prononcée sur l'obligation de 154 00:08:16,880 --> 00:08:20,100 motivation des peines en matière délictuelle et ont 155 00:08:20,300 --> 00:08:23,300 conduit à remettre en cause la position de principe que 156 00:08:23,500 --> 00:08:25,600 j'évoquais. La Cour énonce 157 00:08:26,040 --> 00:08:28,060 notamment avec une formule générale qu'en matière 158 00:08:28,260 --> 00:08:30,600 correctionnelle, le juge qui prononce une amende doit 159 00:08:30,800 --> 00:08:33,000 motiver sa décision au regard des circonstances de l'infraction, 160 00:08:33,200 --> 00:08:35,460 de la personnalité, de la situation personnelle de 161 00:08:35,660 --> 00:08:39,299 l'auteur en tenant compte de ses ressources et de ses charges. 162 00:08:39,500 --> 00:08:44,120 Donc, voilà pour les trois arrêts, la chambre criminelle a donc 163 00:08:44,320 --> 00:08:46,300 posé une obligation de motivation de toutes les 164 00:08:46,500 --> 00:08:48,980 peines principales comme complémentaires prononcées en 165 00:08:49,180 --> 00:08:51,360 matière correctionnelle, donc par référence à 166 00:08:51,560 --> 00:08:56,080 l'article 132-1 du code pénal qui, par la suite, a été, 167 00:08:56,280 --> 00:08:58,000 a été, donc, modifié. 168 00:08:58,200 --> 00:09:02,960 Donc, c'est une avancée majeure et qui se situe dans 169 00:09:03,540 --> 00:09:06,260 le prolongement, encore une fois, de l'objectif 170 00:09:06,460 --> 00:09:10,320 d'individualisation des peines que poursuivait le 171 00:09:10,520 --> 00:09:14,220 législateur en 2014 avec la loi dite Taubira. 172 00:09:14,420 --> 00:09:17,140 Alors, qu'en est-il ensuite en matière criminelle, 173 00:09:17,340 --> 00:09:19,820 2. La question qui se pose 174 00:09:20,020 --> 00:09:22,920 ici est celle de la motivation, donc, des arrêts de cours d'assises. 175 00:09:23,120 --> 00:09:27,880 Il y a eu ici toute une épopée, que je retrace, jurisprudentielle, 176 00:09:28,280 --> 00:09:31,520 d'abord des exigences qui nous viennent de la Cour 177 00:09:31,720 --> 00:09:35,900 européenne des droits de l'homme, la Cour européenne, donc, 178 00:09:36,100 --> 00:09:39,540 des droits de l'homme, en effet, alors, avait 179 00:09:39,740 --> 00:09:44,500 considéré dans un arrêt Taxquet contre Belgique du 13 180 00:09:45,080 --> 00:09:49,080 janvier 2009 que l'absence de motivation des arrêts de 181 00:09:49,280 --> 00:09:51,700 cours d'assises constitue une violation du procès équitable. 182 00:09:51,900 --> 00:09:56,660 Mais malgré cet arrêt-là européen, donc, la chambre criminelle 183 00:09:56,860 --> 00:09:59,480 de la Cour de cassation estimait classiquement que 184 00:09:59,680 --> 00:10:02,400 l'arrêt de cours d'assises satisfaisait aux exigences 185 00:10:02,600 --> 00:10:04,880 légales et conventionnelles. 186 00:10:05,080 --> 00:10:07,920 Alors, la question, la 187 00:10:08,120 --> 00:10:12,880 difficulté a conduit les avocats à présenter des QPC 188 00:10:13,500 --> 00:10:17,800 et par plusieurs décisions rendues en 2010, c'était le 4 189 00:10:18,000 --> 00:10:20,280 juin 2010, la Cour de cassation a d'abord refusé la 190 00:10:20,480 --> 00:10:25,240 transmission de QPC donc sur le sujet, sauf que, entre temps, 191 00:10:25,760 --> 00:10:29,060 les circonstances ont changé, puisque la Cour européenne a 192 00:10:29,260 --> 00:10:31,800 rendu un deuxième arrêt dans l'affaire Taxquet contre Belgique, 193 00:10:32,000 --> 00:10:35,820 cette fois en grande chambre, c'était le 16 novembre 2010 et, 194 00:10:36,020 --> 00:10:38,000 à partir de là, donc, on a vu certaines 195 00:10:38,200 --> 00:10:42,020 juridictions en France commencer à appliquer, 196 00:10:42,220 --> 00:10:44,080 à prendre l'initiative d'appliquer la jurisprudence 197 00:10:44,280 --> 00:10:45,800 européenne. Finalement, 198 00:10:46,000 --> 00:10:49,820 par deux arrêts du 19 janvier 2011, la chambre criminelle accepta 199 00:10:50,020 --> 00:10:52,580 de renvoyer vers le Conseil constitutionnel donc la QPC 200 00:10:52,780 --> 00:10:56,200 portant sur la motivation des arrêts d'assises en jugeant 201 00:10:56,400 --> 00:10:59,380 que la question soulevée était nouvelle. 202 00:10:59,580 --> 00:11:02,600 Cependant, le Conseil constitutionnel, 203 00:11:02,800 --> 00:11:06,620 le 1er avril 2011, refusa de censurer les dispositions 204 00:11:06,820 --> 00:11:09,060 contestées en mettant en avant les garanties 205 00:11:09,260 --> 00:11:12,040 procédurales qui entourent le prononcé des verdicts 206 00:11:12,240 --> 00:11:16,460 d'assises et puis, finalement, la loi du 10 août 2011 est 207 00:11:16,660 --> 00:11:19,380 intervenue sur la participation des citoyens au 208 00:11:19,580 --> 00:11:22,780 fonctionnement de la justice pénale et a inséré un article 209 00:11:22,980 --> 00:11:26,980 365-1 dans le code de procédures pénales prévoyant 210 00:11:27,180 --> 00:11:30,040 donc l'obligation pour le président de la cour ou l'un 211 00:11:30,240 --> 00:11:33,740 ses accesseurs de motiver l'arrêt avec l'obligation, 212 00:11:33,940 --> 00:11:36,960 donc, d'exposer l'énonciation des principales raisons qui, 213 00:11:37,160 --> 00:11:38,860 pour chacun des faits reprochés à l'accusé, 214 00:11:39,060 --> 00:11:42,660 ont convaincu la cour d'assises, sachant que ces éléments 215 00:11:42,860 --> 00:11:45,740 doivent être récapitulés sur une feuille de motivation. 216 00:11:45,940 --> 00:11:48,720 La motivation, donc, doit concerner toutes les 217 00:11:48,920 --> 00:11:52,860 décisions et ne peut se substituer ici aux réponses 218 00:11:53,060 --> 00:11:55,540 données par la cour aux questions posées à l'issue des débats, 219 00:11:55,740 --> 00:11:57,600 questions qui doivent être claires et précises. 220 00:11:57,800 --> 00:12:01,580 Alors, la Cour européenne a eu l'occasion de se prononcer 221 00:12:01,780 --> 00:12:02,680 sur le dispositif français, 222 00:12:02,880 --> 00:12:07,640 a rendu cinf arrêts le 10 janvier 2013, 223 00:12:08,080 --> 00:12:11,580 dont deux en particulier qui sont connus, c'est l'arrêt 224 00:12:11,780 --> 00:12:12,840 Agnelet contre France, 225 00:12:15,260 --> 00:12:20,220 et Legillon contre France, donc en date du 10 janvier 2013, 226 00:12:20,960 --> 00:12:25,920 par lesquels la Cour européenne a validé 227 00:12:26,120 --> 00:12:28,660 dispositif français et ces arrêts ont le mérite aussi de 228 00:12:28,860 --> 00:12:32,820 mesurer la portée de ce dispositif, de cette exigence de motivation. 229 00:12:33,020 --> 00:12:37,560 En réalité, il apparaît qu'il suffit que l'accusé puisse 230 00:12:37,760 --> 00:12:41,780 comprendre les raisons de sa condamnation au regard des 231 00:12:41,980 --> 00:12:44,860 éléments de preuve et des circonstances de fait qui ont 232 00:12:45,060 --> 00:12:48,840 déterminé, donc, eh bien, la décision, les réponses, 233 00:12:49,040 --> 00:12:51,000 donc, aux questions qui doivent être précises et 234 00:12:51,200 --> 00:12:54,980 individualisées. Je développe 235 00:12:55,180 --> 00:12:57,840 un tout petit peu, justement, ces deux arrêts que j'évoquais, 236 00:12:58,040 --> 00:12:59,200 Agnelet et Legillon, parce qu'ils sont 237 00:12:59,400 --> 00:13:02,840 particulièrement révélateurs du degré d'exigence de la 238 00:13:03,040 --> 00:13:03,800 Cour européenne. 239 00:13:04,000 --> 00:13:06,980 Dans l'arrêt Agnelet, en effet, la Cour a conclu à 240 00:13:07,180 --> 00:13:10,420 la violation de l'article 6 de la CESDH en ce que 241 00:13:10,620 --> 00:13:13,140 seulement deux questions non circonstanciées et laconiques 242 00:13:13,340 --> 00:13:16,820 avaient été posées au jury malgré la complexité de 243 00:13:17,020 --> 00:13:19,180 l'affaire et le nombre d'incertitudes laissées sans 244 00:13:19,380 --> 00:13:22,020 réponse au regard des constatations factuelles de 245 00:13:22,220 --> 00:13:25,180 l'acte d'accusation, si bien que, pour la Cour européenne, 246 00:13:25,380 --> 00:13:27,860 eh bien, le requérant n'avait pas été en mesure de 247 00:13:28,060 --> 00:13:31,280 comprendre le verdict de la condamnation. Et dans l'arrêt 248 00:13:31,480 --> 00:13:33,620 Legillon, au contraire, la Cour a, cette fois, 249 00:13:33,820 --> 00:13:37,200 donc, conclu au respect de l'article 6 de la CESDH, 250 00:13:37,400 --> 00:13:39,760 parce que l'arrêt de mise en accusation était 251 00:13:39,960 --> 00:13:43,080 particulièrement circonstancié, parce que les charges avaient 252 00:13:43,280 --> 00:13:45,180 été longuement débattues et que les questions posées 253 00:13:45,380 --> 00:13:48,860 étaient précises et sans ambiguïté, dès lors, il avait été 254 00:13:49,060 --> 00:13:52,860 possible pour l'accusé de comprendre les raisons de sa 255 00:13:53,060 --> 00:13:55,840 condamnation. Donc, par ces arrêts-là, 256 00:13:56,040 --> 00:13:59,320 la Cour européenne, encore une fois, valide le dispositif français 257 00:13:59,520 --> 00:14:03,220 qu'elle considère susceptibles de renforcer 258 00:14:03,420 --> 00:14:07,060 significativement les garanties contre l'arbitraire 259 00:14:07,260 --> 00:14:11,000 et de favoriser la compréhension de la 260 00:14:11,200 --> 00:14:13,940 condamnation par l'accusé, conformément aux exigences de 261 00:14:14,140 --> 00:14:15,140 la convention européenne. 262 00:14:15,340 --> 00:14:17,920 On voit que le critère, ici, de curseur porte 263 00:14:18,120 --> 00:14:21,360 justement sur cette pédagogie, cette accessibilité et cette 264 00:14:21,560 --> 00:14:23,840 compréhension de la décision. 265 00:14:24,040 --> 00:14:28,000 Voilà, on a eu ensuite différents arrêts de la Cour 266 00:14:28,200 --> 00:14:31,120 européenne, également des droits de l'homme, sur la motivation, 267 00:14:31,320 --> 00:14:33,720 donc, en matière criminelle. 268 00:14:33,920 --> 00:14:38,260 Je pense notamment aux arrêts Peduzzi contre France, 269 00:14:38,460 --> 00:14:42,620 numéro 23487/12, et Haddad 270 00:14:42,820 --> 00:14:46,900 contre France, Haddad contre France, 271 00:14:47,100 --> 00:14:51,860 numéro 10485/13, ou encore à 272 00:14:52,940 --> 00:14:55,500 l'arrêt Matis contre France du 29 octobre 2015. 273 00:14:55,700 --> 00:14:59,520 L'idée, c'est que c'est de préciser davantage, en tout 274 00:14:59,720 --> 00:15:02,460 cas pour la Cour européenne, de se situer dans le 275 00:15:02,660 --> 00:15:05,600 prolongement de ces décisions précédentes et ces arrêts-là 276 00:15:05,800 --> 00:15:08,340 permettent aussi de montrer, justement, l'exemple de degré, 277 00:15:08,540 --> 00:15:12,340 encore une fois, de précision de la motivation des questions posées, 278 00:15:12,540 --> 00:15:14,980 etc. Encore une fois, 279 00:15:15,180 --> 00:15:19,000 la question qu'on doit se poser, c'est si la motivation a 280 00:15:19,200 --> 00:15:21,440 suffisamment permis à l'accusé de comprendre le 281 00:15:21,640 --> 00:15:26,200 verdict de sa condamnation et ainsi de respecter le droit à 282 00:15:26,400 --> 00:15:28,460 un procès équitable tel que garantie par l'article 6 de 283 00:15:28,660 --> 00:15:29,760 la Convention européenne. 284 00:15:29,960 --> 00:15:34,640 Alors, quant aux exigences 285 00:15:34,840 --> 00:15:38,240 constitutionnelles, puisqu'on évoque ici les exigences, 286 00:15:38,440 --> 00:15:43,200 les exigences européennes, d'abord, il faut relever que 287 00:15:43,400 --> 00:15:45,580 la Cour de cassation, elle s'était prononcée le 8 288 00:15:45,780 --> 00:15:49,360 février 2017 par trois arrêts pour votre information, 289 00:15:49,560 --> 00:15:50,320 numéro 15-86.914, 290 00:15:51,760 --> 00:15:52,960 numéro 16-80.389 291 00:15:54,820 --> 00:15:56,260 et numéro 16-80.391. 292 00:15:57,780 --> 00:16:02,140 Ces trois arrêts, donc, en date du 8 février 2017, 293 00:16:02,340 --> 00:16:05,180 concernait cette fois le prononcé de peine criminelle. 294 00:16:05,380 --> 00:16:07,660 Si vous suivez bien, donc, une semaine après les 295 00:16:07,860 --> 00:16:12,620 arrêts rendus le 1er février 2017 en matière correctionnelle et ici, 296 00:16:12,820 --> 00:16:16,420 pour le coup, la cour n'a pas opéré de révolution, 297 00:16:16,620 --> 00:16:18,340 bien au contraire, puisqu'elle réaffirme, 298 00:16:18,540 --> 00:16:20,760 au visa de l'article 365 tiré 299 00:16:20,960 --> 00:16:25,520 1 du CPP issu de la loi du 10 août 2011, qu'en cas de 300 00:16:25,720 --> 00:16:28,600 condamnation par une cour d'assises, la motivation consiste dans 301 00:16:28,800 --> 00:16:30,620 l'énoncé des principaux éléments à charge qui vont 302 00:16:30,820 --> 00:16:32,280 convaincu de la culpabilité 303 00:16:32,480 --> 00:16:37,240 de l'accusation et on a 304 00:16:37,720 --> 00:16:39,740 déduit de cette solution que la présence d'une motivation 305 00:16:39,940 --> 00:16:43,180 même succincte de la peine suffit à faire encourir la 306 00:16:43,380 --> 00:16:47,260 ici la cassation, quand bien même la cour et le jury 307 00:16:47,660 --> 00:16:51,160 aurait correctement motivé la décision sur la culpabilité 308 00:16:51,360 --> 00:16:54,500 comme l'article 365 tiré 1 les y invite, encore une fois, 309 00:16:54,700 --> 00:16:55,780 depuis la loi de 2011. 310 00:16:55,980 --> 00:17:00,560 Ce que je voudrais surtout relever, c'est bien sûr une décision 311 00:17:00,760 --> 00:17:03,400 importante du Conseil constitutionnel du 2 mars 2018, 312 00:17:03,600 --> 00:17:06,280 une décision QPC, une décision importante du 313 00:17:06,480 --> 00:17:11,240 Conseil rendu au sujet de la motivation des arrêts en 314 00:17:11,680 --> 00:17:12,980 matière criminelle. 315 00:17:13,180 --> 00:17:15,099 Donc, la QPC importait sur 316 00:17:15,300 --> 00:17:18,800 cet article 365-1 du Code de 317 00:17:19,000 --> 00:17:22,560 procédure pénale que je viens de vous décrire et qui, 318 00:17:22,760 --> 00:17:26,260 formellement, réalité, n'impose aucune obligation de 319 00:17:26,460 --> 00:17:28,680 motivation des peines criminelles. 320 00:17:28,880 --> 00:17:31,700 On nous dit : "en cas de condamnation, la motivation consiste dans 321 00:17:31,900 --> 00:17:33,960 l'énoncé des principaux éléments à charge qui, 322 00:17:34,160 --> 00:17:36,680 pour chacun des faits reprochés à l'accusé, 323 00:17:36,880 --> 00:17:38,640 ont convaincu la cour d'assises". 324 00:17:38,840 --> 00:17:43,600 Or, la difficulté, eh bien, résultait du fait que 325 00:17:43,980 --> 00:17:47,200 l'exigence de motivation en matière correctionnelle était 326 00:17:47,400 --> 00:17:51,340 plus strict, on l'a dit, avec la loi de 2014 Taubira, 327 00:17:51,540 --> 00:17:54,360 le législateur a considérablement alourdi les 328 00:17:54,560 --> 00:17:56,020 exigences de motivation, donc, en matière 329 00:17:56,220 --> 00:17:59,800 correctionnelle et par ailleurs, on l'a vu, donc, il y a 330 00:18:00,000 --> 00:18:04,120 désormais une motivation, une motivation spéciale, 331 00:18:04,320 --> 00:18:06,100 donc, un décalage, finalement, entre la matière 332 00:18:06,300 --> 00:18:09,140 correctionnelle et la matière criminelle, un décalage de 333 00:18:09,340 --> 00:18:14,040 motivation selon la nature des infractions et un paradoxe, 334 00:18:14,240 --> 00:18:18,460 ici, au demeurant, qui avait déjà fait l'objet de discussion, 335 00:18:18,660 --> 00:18:21,860 de décision de la chambre criminelle qui, à plusieurs 336 00:18:22,060 --> 00:18:24,700 reprises avait refusé de transmettre les QPC au 337 00:18:24,900 --> 00:18:26,780 Conseil constitutionnel. 338 00:18:27,880 --> 00:18:30,240 Voilà, la Cour de cassation, c'est pas la peine de noter, 339 00:18:30,440 --> 00:18:32,400 mais jugeait que "l'absence de motivation des peines 340 00:18:32,600 --> 00:18:34,440 prononcées par les cours d'assises s'explique par 341 00:18:34,640 --> 00:18:37,000 l'exigence d'un vote à la majorité absolue ou à la 342 00:18:37,200 --> 00:18:40,260 majorité de 6 ou de 8 voix au moins lorsque le maximum de 343 00:18:40,460 --> 00:18:43,120 la peine privative de liberté est prononcée" et elle 344 00:18:43,320 --> 00:18:45,300 considérait que "cette absence de motivation de la 345 00:18:45,500 --> 00:18:48,440 peine ne porte pas atteinte au droit à l'égalité devant 346 00:18:48,640 --> 00:18:49,400 la justice". 347 00:18:49,600 --> 00:18:51,900 Elle expliquait que "les personnes qui sont accusées 348 00:18:52,100 --> 00:18:53,720 de crimes devant les cours d'assises sont dans une 349 00:18:53,920 --> 00:18:56,060 situation différente", je cite, "de celles 350 00:18:56,260 --> 00:19:00,080 poursuivies devant le tribunal correctionnel". 351 00:19:00,280 --> 00:19:02,620 Or, quelques remarques là-dessus : 352 00:19:02,920 --> 00:19:07,280 ce dernier argument qui consiste à relever la 353 00:19:07,480 --> 00:19:10,280 différence de situation entre le prévenu et l'accusé 354 00:19:10,480 --> 00:19:13,040 justifiant donc une différence de traitement et 355 00:19:13,240 --> 00:19:15,980 de motivation, à la rigueur, peut convaincre. 356 00:19:16,180 --> 00:19:18,540 L'idée, c'est finalement que l'on ne peut pas comparer ce 357 00:19:18,740 --> 00:19:19,500 qui n'est pas comparable. 358 00:19:19,700 --> 00:19:24,100 En revanche, l'argument qui consiste à mobiliser les 359 00:19:24,300 --> 00:19:28,540 modalités de la procédure et du vote, j'ai cité la motivation de la 360 00:19:28,740 --> 00:19:32,440 Cour de cassation, cet 361 00:19:32,640 --> 00:19:35,900 argument est beaucoup plus bancal, puisqu'il revient à confondre, 362 00:19:36,100 --> 00:19:39,100 si vous voulez, la motivation des peines et le mode 363 00:19:39,300 --> 00:19:42,980 d'adoption des décisions sur la peine, ce qui n'est pas la même chose. 364 00:19:43,580 --> 00:19:47,400 Le vote requis permet certes de penser que les membres de 365 00:19:47,600 --> 00:19:50,080 la Cour se sont interrogés sur l'opportunité de la peine, 366 00:19:50,400 --> 00:19:52,880 mais pas qu'ils se sont confrontés à une motivation 367 00:19:53,080 --> 00:19:57,500 spéciale telle que celle prévue en matière correctionnelle. 368 00:19:58,800 --> 00:20:01,260 Voilà, en tout cas, quoi qu'il en soit, l'enseignement était clair 369 00:20:01,460 --> 00:20:05,760 aux yeux de la Cour de cassation, cet article 365-1 n'imposait 370 00:20:05,960 --> 00:20:09,180 pas une motivation des peines criminelles, seule devant 371 00:20:09,380 --> 00:20:11,140 être motivée la culpabilité. 372 00:20:11,420 --> 00:20:14,660 Et donc, c'est tout l'apport de la décision du 2 mars 2018 373 00:20:14,860 --> 00:20:17,420 du Conseil constitutionnel. 374 00:20:17,880 --> 00:20:20,460 Le Conseil, en effet, a une vision différente, 375 00:20:20,660 --> 00:20:23,880 il invoque les articles 7, 8 et 9 de la Déclaration des 376 00:20:24,080 --> 00:20:25,640 droits de l'homme pour appeler, classiquement, d'abord, 377 00:20:25,840 --> 00:20:28,240 qu'il appartient aux législateurs dans l'exercice 378 00:20:28,440 --> 00:20:31,040 de sa compétence de fixer des règles de nature à exclure 379 00:20:31,240 --> 00:20:33,480 l'arbitraire dans la recherche des auteurs d'infraction, 380 00:20:33,780 --> 00:20:36,320 le jugement des personnes poursuivies ainsi que dans le 381 00:20:36,520 --> 00:20:40,060 prononcé et l'exécution des peines, et puis, surtout, les sages 382 00:20:40,260 --> 00:20:45,020 en déduisent, pour la première fois, que ela sanction pénale ne 383 00:20:45,520 --> 00:20:48,320 peut être appliquée que si le juge l'a expressément 384 00:20:48,520 --> 00:20:51,460 prononcée en tenant compte des circonstances propres à 385 00:20:51,660 --> 00:20:52,420 chaque espècee. 386 00:20:52,620 --> 00:20:56,500 Et le Conseil conclut de façon inédite, je cite : "ces exigences 387 00:20:56,700 --> 00:20:58,780 constitutionnelles imposent la motivation des jugements 388 00:20:58,980 --> 00:21:02,280 et arrêts de condamnation pour la culpabilité comme 389 00:21:02,480 --> 00:21:03,440 pour la peine". 390 00:21:03,700 --> 00:21:06,120 Et dès lors, donc, le législateur qui n'imposait 391 00:21:06,320 --> 00:21:08,260 pas jusqu'à présent à la cour d'assises de motiver le choix 392 00:21:08,460 --> 00:21:12,240 de la peine, a méconnu les articles évoqués 7, 8 et 9 de 393 00:21:12,440 --> 00:21:15,580 la Déclaration des droits de l'homme et le Conseil déclare 394 00:21:15,780 --> 00:21:20,140 cet article 365-1 du Code de procès pénal qui sera par la 395 00:21:20,340 --> 00:21:21,100 suite motivé. 396 00:21:21,300 --> 00:21:24,280 Aujourd'hui, la motivation porte à la fois sur la 397 00:21:24,480 --> 00:21:26,480 culpabilité et la peine. 398 00:21:26,740 --> 00:21:29,600 Voilà donc, c'était le point sur lequel je voulais attirer 399 00:21:29,800 --> 00:21:33,100 votre attention, cette motivation en matière de 400 00:21:33,300 --> 00:21:37,280 peine qui participe d'un mouvement, 401 00:21:37,480 --> 00:21:41,300 encore une fois, de renforcement des garanties 402 00:21:43,440 --> 00:21:44,320 procédurales. Et puis, 403 00:21:44,520 --> 00:21:48,140 nous aurons l'occasion ensuite, lors de l'étude linéaire de 404 00:21:48,340 --> 00:21:51,860 la procédure pénale et donc spécialement en enquête, 405 00:21:52,060 --> 00:21:55,220 de mesurer aussi le renforcement des exigences de 406 00:21:55,420 --> 00:21:57,460 motivation. Donc, nous, 407 00:21:57,660 --> 00:21:59,220 ce qui nous intéressera, ce seront, je l'ai dit, 408 00:21:59,420 --> 00:22:03,200 les mesures de garde à vue et les actes d'investigation, 409 00:22:03,400 --> 00:22:06,760 donc, réalisés en enquête de police judiciaire. 410 00:22:06,960 --> 00:22:08,160 J'en ai terminé pour ce point 411 00:22:08,360 --> 00:22:12,640 et nous envisagerons donc la 412 00:22:12,840 --> 00:22:16,720 prochaine fois, donc, la question de la preuve et 413 00:22:16,920 --> 00:22:19,040 le principe de loyauté des preuves.