1 00:00:05,020 --> 00:00:07,640 Bonjour à toutes et tous, nous étudions donc toujours 2 00:00:07,840 --> 00:00:10,760 la question des réquisitions et examens techniques et 3 00:00:10,959 --> 00:00:12,980 scientifiques et je voulais revenir un peu sur 4 00:00:13,180 --> 00:00:16,040 l'évolution jurisprudentielle en la matière et puis 5 00:00:16,239 --> 00:00:19,900 l'intervention aussi du législateur sur certains points. 6 00:00:22,360 --> 00:00:24,940 D'abord, vous mentionner, c'est important, une décision 7 00:00:25,140 --> 00:00:29,700 du Conseil constitutionnel numéro 2021-952 QPC du 3 8 00:00:29,900 --> 00:00:33,100 décembre 2021 qui a eu un impact. 9 00:00:33,500 --> 00:00:36,600 Le Conseil constitutionnel a considéré en effet que la 10 00:00:36,800 --> 00:00:40,000 procédure qui autorise les réquisitions de données de 11 00:00:40,200 --> 00:00:43,620 connexion dans le cadre d'une enquête préliminaire n'est 12 00:00:43,820 --> 00:00:45,900 pas assortie de garanties suffisantes au regard de 13 00:00:46,100 --> 00:00:48,960 l'atteinte à la vie privée qu'elle occasionne et le 14 00:00:49,160 --> 00:00:52,260 Conseil a donc censuré en conséquence les articles 15 00:00:52,460 --> 00:00:56,840 77-1-1 et 77-1-2 du Code de 16 00:00:57,040 --> 00:00:59,400 procédure pénale, mais, petite parenthèse, en 17 00:00:59,600 --> 00:01:02,680 reportant les effets de sa décision au 31 décembre 2022 18 00:01:02,880 --> 00:01:04,080 comme le Conseil le fait parfois. 19 00:01:04,400 --> 00:01:07,200 Petite parenthèse qui est assez curieuse, c'est assez 20 00:01:07,400 --> 00:01:09,580 curieux de dire qu'on a un dispositif contraire au droit 21 00:01:09,780 --> 00:01:13,020 de l'homme et en même temps de le pérenniser quelques 22 00:01:13,220 --> 00:01:15,260 mois en reportant les effets de la décision. 23 00:01:16,200 --> 00:01:20,680 Alors, je développe un petit peu : les dispositions contestées 24 00:01:20,880 --> 00:01:23,420 en l'occurrence permettaient aux procureurs de la 25 00:01:23,620 --> 00:01:25,500 République et aux fonctionnaires de police de 26 00:01:25,700 --> 00:01:27,980 se faire communiquer des données de connexion qui, 27 00:01:28,180 --> 00:01:30,220 je cite, "comportent notamment les données 28 00:01:30,420 --> 00:01:32,940 relatives à l'identification des personnes, à leur 29 00:01:33,140 --> 00:01:35,400 localisation et à leur contact téléphonique et 30 00:01:35,600 --> 00:01:38,480 numérique ainsi qu'au service de communication en public en 31 00:01:38,680 --> 00:01:40,820 ligne qu'elles consultent". 32 00:01:41,020 --> 00:01:45,080 "Or, compte tenu de leur nature, de leur diversité et des 33 00:01:45,280 --> 00:01:46,560 traitements dont elles peuvent faire l'objet, 34 00:01:46,760 --> 00:01:49,780 les données, nous dit le Conseil, de connexion fournies sur les 35 00:01:49,980 --> 00:01:52,360 personnes en cause ainsi que le cas échéant sur des tiers, 36 00:01:52,560 --> 00:01:56,060 des informations nombreuses et précises particulièrement 37 00:01:56,260 --> 00:01:57,380 attentatoires à la vie privée". 38 00:01:57,860 --> 00:02:01,160 Et puis, en outre, la loi autorise la réquisition de ces données, 39 00:02:01,360 --> 00:02:04,620 je cite, "dans le cadre d'une enquête préliminaire qui peut 40 00:02:04,820 --> 00:02:06,580 porter sur tout type d'infraction et qui n'est pas 41 00:02:06,780 --> 00:02:09,780 justifiée par l'urgence ni limitée dans le temps". 42 00:02:10,020 --> 00:02:13,100 Et donc, dans ces conditions, le Conseil constitutionnel a 43 00:02:13,299 --> 00:02:15,180 jugé que le législateur n'avait pas entouré la 44 00:02:15,380 --> 00:02:17,500 procédure prévue par les dispositions en cause, 45 00:02:17,760 --> 00:02:20,520 je cite, "de garanties propres à assurer une 46 00:02:20,720 --> 00:02:23,700 conciliation équilibrée entre, d'une part, le respect au 47 00:02:23,899 --> 00:02:25,600 droit de la vie privée et, d'autre part, la recherche 48 00:02:25,799 --> 00:02:27,560 des auteurs d'infraction". 49 00:02:28,680 --> 00:02:32,880 Alors, le législateur est intervenu, c'est la loi du 2 mars 2022, 50 00:02:33,079 --> 00:02:36,380 mais qui ne change pas vraiment les articles 60-1 et 51 00:02:36,579 --> 00:02:39,140 77-1-1 du Code de procédure pénale. 52 00:02:39,339 --> 00:02:43,900 La loi crée toutefois un article 60-1-2 qu'elle 53 00:02:44,100 --> 00:02:46,140 mentionne à l'article 60-1 et 54 00:02:46,339 --> 00:02:51,100 l'article 77-1-1 et qui prévoit "qu'à peine de nullité, 55 00:02:52,020 --> 00:02:54,400 les réquisitions portant sur les données techniques 56 00:02:54,600 --> 00:02:57,300 permettant d'identifier la source de la connexion ou 57 00:02:57,500 --> 00:02:59,840 celle relative aux équipements terminaux 58 00:03:00,040 --> 00:03:02,420 utilisés et des communications téléphoniques 59 00:03:02,619 --> 00:03:05,500 ou sur les données de trafic et de localisation ne sont 60 00:03:05,700 --> 00:03:08,960 possibles que si les nécessités de la procédure l'exigent, 61 00:03:09,160 --> 00:03:11,480 et dans les hypothèses suivantes". 62 00:03:11,679 --> 00:03:14,580 Et donc, le législateur énumère ces hypothèses que je 63 00:03:14,780 --> 00:03:15,540 vous délivre. 64 00:03:15,739 --> 00:03:20,320 Alors, "la procédure porte sur un crime ou un délit puni 65 00:03:20,519 --> 00:03:24,140 d'au moins trois ans d'emprisonnement, la procédure porte sur un 66 00:03:24,339 --> 00:03:26,380 délit puni d'au moins un an d'emprisonnement commis par 67 00:03:26,579 --> 00:03:29,280 l'utilisation d'un réseau de communication électronique et 68 00:03:29,480 --> 00:03:31,540 ces réquisitions ont pour seul objet d'identifier 69 00:03:31,739 --> 00:03:32,920 l'auteur de l'infraction". 70 00:03:33,480 --> 00:03:36,060 Troisième hypothèse, "ces réquisitions concernent 71 00:03:36,260 --> 00:03:39,000 les équipements terminaux de la victime et interviennent à 72 00:03:39,200 --> 00:03:41,400 la demande de celle-ci en cas de délit puni d'une peine 73 00:03:41,600 --> 00:03:43,440 d'emprisonnement". Quatrième cas, 74 00:03:43,760 --> 00:03:45,560 "ces réquisitions tendent à retrouver une personne 75 00:03:45,760 --> 00:03:47,780 disparue dans le cadre des procédures prévues aux 76 00:03:47,980 --> 00:03:52,740 articles 74-1 en enquête ou 80-4 en instruction ou sont 77 00:03:53,220 --> 00:03:57,000 effectuées dans le cadre de la procédure prévue à 78 00:03:57,200 --> 00:04:01,660 l'article 706-106-4", à savoir, pour votre information, 79 00:04:01,859 --> 00:04:04,880 l'hypothèse d'une enquête qui a pour but de retracer 80 00:04:05,079 --> 00:04:07,460 l'éventuel parcours criminel d'une personne condamnée pour 81 00:04:07,660 --> 00:04:11,080 des crimes sériels ou pour laquelle il existe une ou 82 00:04:11,280 --> 00:04:12,980 plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu'elle a 83 00:04:13,179 --> 00:04:15,840 commis ou tenté de commettre un de tels faits, de tels 84 00:04:16,040 --> 00:04:16,800 crimes sériels. 85 00:04:18,000 --> 00:04:21,560 Alors, en réalité, la décision du Conseil 86 00:04:21,760 --> 00:04:24,740 constitutionnel du 3 décembre 2021 et ce dispositif, 87 00:04:24,940 --> 00:04:29,700 je dirais mi-figue mi-raisin, du législateur 2022 qui 88 00:04:30,080 --> 00:04:32,700 autorise le procureur et les fonctionnaires de police à 89 00:04:32,900 --> 00:04:34,080 avoir recours aux réquisitions de données 90 00:04:34,280 --> 00:04:39,039 informatiques révèlent les difficultés et apparaissent 91 00:04:39,440 --> 00:04:43,540 peu compatibles avec la jurisprudence de la CJUE. 92 00:04:43,800 --> 00:04:47,840 En effet, cela nous conduit à mettre en exergue les 93 00:04:48,039 --> 00:04:51,440 tensions jurisprudentielles que suscite l'épineuse 94 00:04:51,640 --> 00:04:55,280 question de la collecte, de la conservation et de 95 00:04:55,479 --> 00:04:59,100 l'exploitation judiciaires des données à caractère personnel. 96 00:04:59,800 --> 00:05:04,440 Alors, de façon purement formelle, le Conseil constitutionnel, 97 00:05:04,640 --> 00:05:08,460 le 3 décembre 2021, a balayé d'un revers de main le grief 98 00:05:08,659 --> 00:05:12,240 tiré de la méconnaissance du droit de l'Union européenne. 99 00:05:12,500 --> 00:05:15,040 Les requérants, il faut le savoir, avaient placé le statut du 100 00:05:15,240 --> 00:05:19,740 procureur au cœur de leur argumentation. Je vous 101 00:05:19,940 --> 00:05:22,380 renvoie au paragraphe 15 de la décision du Conseil du 3 102 00:05:22,580 --> 00:05:26,760 décembre 2021 et, dans la rédaction de leur QPC, 103 00:05:28,220 --> 00:05:31,700 les exposants, en effet, les requérants soulignaient, 104 00:05:31,900 --> 00:05:34,060 en se focalisant sur le statut du procureur, 105 00:05:35,020 --> 00:05:37,120 l'absence de contrôle des mesures de réquisition par 106 00:05:37,320 --> 00:05:39,760 une juridiction ou une autorité indépendante. 107 00:05:40,840 --> 00:05:44,380 Voilà, donc, c'était en réalité, à travers cela, à travers 108 00:05:44,580 --> 00:05:48,200 cette argumentation des requérants ayant déposé leur QPC, 109 00:05:48,400 --> 00:05:53,000 c'était une critique faite et une référence explicite à la 110 00:05:53,200 --> 00:05:57,020 jurisprudence européenne et notamment à un arrêt célèbre 111 00:05:57,219 --> 00:05:59,340 de la CJUE en date du 2 mars 2021, 112 00:05:59,539 --> 00:06:04,299 arrêt Prokuratuur, rendu en 113 00:06:06,440 --> 00:06:07,540 grande chambre, numéro 114 00:06:07,740 --> 00:06:12,500 C-746/18 HK contre Prokuratuur. 115 00:06:14,960 --> 00:06:18,360 Dans cet arrêt, la Cour de justice de l'Union européenne 116 00:06:18,620 --> 00:06:22,620 a indiqué, à propos d'une question très proche de celle 117 00:06:22,820 --> 00:06:26,400 qui était examinée par le Conseil constitutionnel, 118 00:06:26,599 --> 00:06:28,620 qu'une procédure pénale nationale ne peut donner 119 00:06:28,820 --> 00:06:31,420 compétence au ministère public, chargé de diriger l'enquête 120 00:06:31,620 --> 00:06:34,760 et d'exercer l'action publique, pour autoriser l'accès aux 121 00:06:34,960 --> 00:06:37,900 données de communication électronique relatives au 122 00:06:38,099 --> 00:06:41,520 trafic ou à la localisation, en plus d'interdire la 123 00:06:41,719 --> 00:06:45,320 conservation généralisée et indifférenciée des données de 124 00:06:45,520 --> 00:06:47,180 connexion. Et, selon la Cour, 125 00:06:47,380 --> 00:06:49,340 le seul contrôle du parquet n'est pas suffisant, 126 00:06:49,539 --> 00:06:51,860 car celui-ci, je cite, "est impliqué dans la 127 00:06:52,060 --> 00:06:54,860 conduite de l'enquête pénale et, je cite encore, n'a pas une 128 00:06:55,060 --> 00:06:57,460 position de neutralité vis-à-vis des parties à la 129 00:06:57,659 --> 00:06:58,419 procédure pénale". 130 00:06:58,660 --> 00:07:00,440 Donc, vous voyez, ici, c'est faire référence aux 131 00:07:00,640 --> 00:07:02,100 questions que l'on a déjà vues, liées au manque 132 00:07:02,300 --> 00:07:04,780 d'indépendance et d'impartialité du parquet, 133 00:07:04,979 --> 00:07:06,240 même s'il est impartial aux yeux de la loi. 134 00:07:06,440 --> 00:07:08,660 Ici, c'est le cumul de fonctions qui est problématique, 135 00:07:12,540 --> 00:07:15,220 le fait qu'il soit impliqué dans la conduite de l'enquête 136 00:07:15,420 --> 00:07:16,920 pénale et qu'il n'ait pas une position de partialité 137 00:07:17,120 --> 00:07:18,820 vis-à-vis des parties à la procédure pénale. 138 00:07:19,020 --> 00:07:21,240 Certains diront que le parquet est même une partie. 139 00:07:22,080 --> 00:07:24,520 Alors, par la suite, il faut mentionner quatre 140 00:07:24,719 --> 00:07:27,300 arrêts très célèbres rendus par la Cour de cassation le 141 00:07:27,500 --> 00:07:28,260 12 juillet 2022. 142 00:07:28,620 --> 00:07:32,160 La Cour de cassation, donc, a réceptionné, 143 00:07:32,360 --> 00:07:36,320 en fait, la jurisprudence de la CJUE en la matière. 144 00:07:37,040 --> 00:07:40,240 Elle s'est prononcée sur les conditions de conservation et 145 00:07:40,440 --> 00:07:43,940 d'accès aux données de connexion, eu égard au pouvoir du 146 00:07:44,140 --> 00:07:46,140 procureur pendant la phase d'enquête. 147 00:07:46,420 --> 00:07:50,480 Et donc, sur l'accessibilité, en particulier, c'est ce qui 148 00:07:50,680 --> 00:07:54,680 nous intéresse, nous, eh bien, elle rappelle la 149 00:07:54,880 --> 00:07:57,920 jurisprudence de la CJUE, donc elle se réfère à l'arrêt 150 00:07:58,120 --> 00:08:00,120 que j'évoquais de 2021, l'arrêt Prokuratuur, 151 00:08:00,500 --> 00:08:03,220 en rappelant que "l'accès aux données de connexion ne peut 152 00:08:03,420 --> 00:08:06,000 être autorisé qu'aux conditions suivantes", 153 00:08:06,200 --> 00:08:07,980 et donc elle liste les conditions. 154 00:08:08,520 --> 00:08:11,900 À savoir que "ces données ont été conservées conformément 155 00:08:12,099 --> 00:08:16,820 aux exigences du droit européen, s'il y a lieu, pour la 156 00:08:17,020 --> 00:08:19,460 finalité ayant justifié la conservation ou une finalité 157 00:08:19,659 --> 00:08:21,640 plus grave, sauf conservation rapide. 158 00:08:21,860 --> 00:08:25,520 S'il est limité, cet accès, au strict nécessaire et, 159 00:08:25,719 --> 00:08:27,840 s'agissant des données de trafic et de localisation, 160 00:08:28,039 --> 00:08:31,780 s'il est circonscrit aux procédures visant à la lutte 161 00:08:31,979 --> 00:08:35,039 contre la criminalité grave et, enfin, s'il est soumis au 162 00:08:35,240 --> 00:08:38,600 contrôle préalable d'une juridiction ou d'une autorité 163 00:08:38,800 --> 00:08:40,179 administrative indépendante". 164 00:08:40,380 --> 00:08:42,440 Ce n'est pas la peine de noter le contenu précis de 165 00:08:42,640 --> 00:08:44,440 cette motivation, mais ce qu'il faut retenir, en revanche, 166 00:08:44,640 --> 00:08:47,400 c'est surtout cet élément-là : l'accès aux données de 167 00:08:47,600 --> 00:08:49,740 connexion ne peut être autorisé que s'il est soumis 168 00:08:49,940 --> 00:08:52,660 au contrôle préalable d'une juridiction ou d'une autorité 169 00:08:52,860 --> 00:08:54,660 administrative indépendante. 170 00:08:55,260 --> 00:08:59,280 Et, au demeurant, s'agissant de ce critère relatif au 171 00:08:59,480 --> 00:09:01,900 contrôle préalable, la Cour de justice de l'Union 172 00:09:02,100 --> 00:09:05,420 européenne a précisé, outre son caractère essentiel, 173 00:09:05,620 --> 00:09:08,680 je cite, que "le droit de l'Union s'oppose à une 174 00:09:08,880 --> 00:09:11,940 réglementation nationale donnant compétence au ministère public, 175 00:09:12,140 --> 00:09:15,000 qui dirige la procédure d'enquête et exerce, 176 00:09:15,200 --> 00:09:18,540 le cas échéant, l'action publique, pour autoriser l'accès d'une 177 00:09:18,740 --> 00:09:21,560 autorité publique aux données relatives au trafic et aux 178 00:09:21,760 --> 00:09:22,520 données de localisation. 179 00:09:22,900 --> 00:09:24,960 Il en est de même pour un fonctionnaire de police qui 180 00:09:25,160 --> 00:09:26,880 ne constitue pas une juridiction et ne présente 181 00:09:27,080 --> 00:09:28,180 pas toutes les garanties d'indépendance et 182 00:09:28,380 --> 00:09:29,820 d'impartialité requises". 183 00:09:30,020 --> 00:09:32,100 C'est un arrêt de la CJUE du 184 00:09:32,300 --> 00:09:37,060 5 avril 2022, affaire C-140/20, 185 00:09:37,840 --> 00:09:42,160 Commissioner of An Garda Síochána. 186 00:09:45,580 --> 00:09:50,540 Donc, vous voyez, la solution 187 00:09:55,400 --> 00:09:59,860 se concentre sur la qualité de l'autorité de ce contrôle 188 00:10:00,060 --> 00:10:03,020 préalable et ce contrôle, nous dit la Cour, "ne peut 189 00:10:03,220 --> 00:10:07,080 être confié à une autorité au ministère public qui dirige 190 00:10:07,280 --> 00:10:12,040 la procédure d'enquête et exerce, le cas échéant, l'action publique". 191 00:10:12,600 --> 00:10:15,940 Voilà, donc, la Cour de cassation, précisément en déduit 192 00:10:16,140 --> 00:10:20,740 logiquement que les articles 60-1, 60-2 en enquête de flagrance, 193 00:10:20,980 --> 00:10:25,940 77-1-1 et 77-1-2 du CPP sont 194 00:10:26,180 --> 00:10:29,200 contraires au droit de l'Union en ce qu'ils 195 00:10:29,400 --> 00:10:34,160 n'exigent qu'une autorisation du procureur ou d'un OPJ. 196 00:10:34,800 --> 00:10:38,200 Donc, ils sont contraires au droit de l'Union en ce qu'ils 197 00:10:38,400 --> 00:10:40,320 ne prévoient pas un contrôle préalable par une juridiction 198 00:10:40,520 --> 00:10:44,560 ou une entité administrative indépendante. En revanche, 199 00:10:44,760 --> 00:10:46,780 les dispositions relatives à l'instruction, elles ne sont 200 00:10:46,980 --> 00:10:49,460 pas remises en cause, puisque précisément le juge 201 00:10:49,660 --> 00:10:54,180 d'instruction est un juge du siège, une juridiction qui n'est pas 202 00:10:54,380 --> 00:10:58,300 partie à la procédure et qui n'exerce pas l'action publique. 203 00:10:58,500 --> 00:11:01,140 Donc, il est compétent pour effectuer le contrôle en 204 00:11:01,340 --> 00:11:06,100 question et la Cour de cassation constate que les 205 00:11:06,620 --> 00:11:09,760 exigences européennes en cause ont pour objectif la 206 00:11:09,960 --> 00:11:11,720 protection du droit au respect de la vie privée, 207 00:11:11,920 --> 00:11:14,220 y compris la protection des données à caractère personnel 208 00:11:14,420 --> 00:11:19,180 et la liberté d'expression, et, dans la mesure où ces 209 00:11:19,380 --> 00:11:22,720 dispositions ne relèvent que de l'intérêt de la personne concernée, 210 00:11:22,920 --> 00:11:24,980 eh bien, "la Cour de cassation en déduit que 211 00:11:25,180 --> 00:11:28,120 l'absence de contrôle préalable ne peut faire grief 212 00:11:28,320 --> 00:11:30,880 au requérant que s'il établit l'existence d'une ingérence 213 00:11:31,080 --> 00:11:33,580 injustifiée dans ses droits". 214 00:11:33,780 --> 00:11:35,980 Donc, ce qu'on appelle en procédure pénale une nullité 215 00:11:36,180 --> 00:11:40,020 d'ordre privé qui suppose ici de démontrer effectivement un grief, 216 00:11:40,220 --> 00:11:44,980 donc qui est causé à ce particulier, 217 00:11:46,160 --> 00:11:51,120 encore une fois, au bénéfice duquel la règle doit s'appliquer. 218 00:11:52,240 --> 00:11:55,460 Voilà, donc, évidemment, la question est celle de 219 00:11:55,660 --> 00:11:57,900 l'avenir de ces réquisitions et surtout du contrôle. 220 00:11:59,440 --> 00:12:04,400 Les avis ne divergent pas vraiment, 221 00:12:05,340 --> 00:12:07,800 c'est-à-dire qu'en principe, en théorie, sur le papier, 222 00:12:08,000 --> 00:12:12,760 les avis convergent plutôt vers l'attribution d'un pouvoir, 223 00:12:12,960 --> 00:12:15,760 en fait, à un juge externe qu'est le juge des libertés 224 00:12:15,960 --> 00:12:19,700 et de la détention, ce remède à tous les maux, donc ce JLD 225 00:12:19,900 --> 00:12:24,660 ici qui serait saisi par le procureur de la République et 226 00:12:25,080 --> 00:12:29,000 qui serait chargé de délivrer l'autorisation de requérir la 227 00:12:29,200 --> 00:12:31,900 transmission des données de connexion. 228 00:12:32,100 --> 00:12:36,860 En revanche, dans la pratique, cela semble, ça semble beaucoup moins, 229 00:12:37,180 --> 00:12:41,240 beaucoup moins facile, beaucoup plus difficilement 230 00:12:41,440 --> 00:12:45,560 réalisable, tout simplement pour une question de moyens. 231 00:12:45,760 --> 00:12:49,300 En regard du nombre de connexions, il serait, je dirais, 232 00:12:49,500 --> 00:12:53,180 matériellement impossible, ça a été démontré, pour les 233 00:12:53,380 --> 00:12:57,600 JLD de réaliser ce contrôle et puis, par ailleurs, au-delà 234 00:12:58,680 --> 00:13:01,900 d'ailleurs de cet acte-là, on sait, on y reviendra, 235 00:13:02,100 --> 00:13:05,480 les critiques dont souffre le JLD qui n'a déjà pas les moyens, 236 00:13:05,680 --> 00:13:07,720 concrets, pas assez de temps 237 00:13:07,920 --> 00:13:12,680 pour contrôler les actes d'investigation pour lesquels 238 00:13:12,980 --> 00:13:15,480 il est compétent. 239 00:13:15,680 --> 00:13:19,180 On sait qu'il est soumis comme beaucoup de magistrats 240 00:13:19,380 --> 00:13:22,760 à des contraintes liées à des difficultés matérielles, 241 00:13:22,960 --> 00:13:26,560 temporelles, difficultés de moyens, manque de personnel aussi, 242 00:13:26,760 --> 00:13:30,520 et donc ce qui nourrit des critiques liées à 243 00:13:30,720 --> 00:13:31,480 l'effectivité de son contrôle. 244 00:13:31,680 --> 00:13:35,860 Donc, voilà, vous voyez, d'un point de vue théorique, 245 00:13:36,060 --> 00:13:37,520 ce serait au JLD que reviendrait ce pouvoir 246 00:13:38,220 --> 00:13:41,620 d'autoriser ces réquisitions, mais d'un point de vue pratique, 247 00:13:41,820 --> 00:13:44,420 ça paraît irréalisable, ce qui explique, d'ailleurs, 248 00:13:44,680 --> 00:13:47,240 qu'il n'y ait pas eu de réformes sur ce point. 249 00:13:47,440 --> 00:13:52,200 Et puis j'en termine enfin 250 00:13:53,520 --> 00:13:57,120 avec deux points toujours pour les réquisitions. 251 00:13:57,320 --> 00:13:59,500 Je voulais dire un mot sur les réquisitions des données 252 00:13:59,700 --> 00:14:01,700 de connexion qui correspondent à la ligne d'un avocat. 253 00:14:01,900 --> 00:14:06,660 Ici, le dispositif résulte de 254 00:14:08,700 --> 00:14:12,000 la loi pour la confiance dans l'institution judiciaire du 255 00:14:12,200 --> 00:14:15,940 22 décembre 2021 et qui a renforcé, on le verra, de manière plus générale, 256 00:14:16,140 --> 00:14:19,700 le secret professionnel de l'avocat et donc en entourant 257 00:14:19,900 --> 00:14:24,460 les actes qui les concernent, eh bien, de davantage de garanties. 258 00:14:24,660 --> 00:14:27,180 Et donc, là, on a un exemple avec ces réquisitions des 259 00:14:27,380 --> 00:14:31,240 données de connexion correspondant à la ligne d'un avocat. 260 00:14:31,440 --> 00:14:36,200 En effet, d'après l'article 60-1-1 du Code de procédure pénale, 261 00:14:39,980 --> 00:14:44,940 à peine de nullité l'accès aux données de connexion 262 00:14:45,240 --> 00:14:48,960 émises par un avocat est lié à l'utilisation d'un réseau 263 00:14:49,160 --> 00:14:51,700 ou d'un service de communication électronique 264 00:14:51,900 --> 00:14:53,920 parmi lesquels figurent les factures détaillées, 265 00:14:54,120 --> 00:14:57,000 ce qu'on appelle les fameuses fadettes, eh bien, cet accès 266 00:14:57,200 --> 00:14:59,800 ne peut être autorisé que lorsqu'il existe des raisons 267 00:15:00,000 --> 00:15:02,260 plausibles de soupçonner l'avocat d'avoir commis ou 268 00:15:02,460 --> 00:15:04,480 tenté de commettre une infraction et cet accès doit 269 00:15:04,680 --> 00:15:07,240 être autorisé, donc, au préalable par le JLD par 270 00:15:07,440 --> 00:15:09,200 une ordonnance motivée, une ordonnance, toutefois, 271 00:15:09,400 --> 00:15:11,200 qui reste insusceptible de recours. 272 00:15:11,400 --> 00:15:13,280 Vous voyez, c'est ce qu'il faut retenir, c'est que ces 273 00:15:13,480 --> 00:15:16,700 réquisitions sont possibles visant la ligne d'un avocat, 274 00:15:16,900 --> 00:15:19,660 mais attention, deux conditions ici et pas des moindres : 275 00:15:19,860 --> 00:15:21,900 ça suppose d'abord, en fait, l'avocat soit lui-même 276 00:15:22,100 --> 00:15:24,540 soupçonné d'avoir commis ou tenté de commettre une 277 00:15:24,740 --> 00:15:26,620 infraction et ensuite ça suppose, désormais, donc, une 278 00:15:26,820 --> 00:15:30,560 autorisation ici préalable du JLD par le biais d'une 279 00:15:30,760 --> 00:15:33,880 ordonnance motivée et puis l'autre point aussi que je 280 00:15:34,080 --> 00:15:37,100 voulais mentionner, c'est l'hypothèse dont on parle 281 00:15:37,300 --> 00:15:40,500 beaucoup d'une personne qui refuserait, au cours de sa garde à vue, 282 00:15:40,700 --> 00:15:44,640 de communiquer aux enquêteurs ou de mettre en œuvre des 283 00:15:44,840 --> 00:15:47,060 codes de déverrouillage des téléphones portables qui sont 284 00:15:47,260 --> 00:15:50,500 trouvés en sa possession eh bien, dans ces cas-là, elle peut 285 00:15:50,700 --> 00:15:52,960 être condamnée pour refus de remettre aux autorités 286 00:15:53,160 --> 00:15:56,200 judiciaires la convention secrète de déchiffrement d'un 287 00:15:56,400 --> 00:15:59,040 moyen de cryptologie sur le fondement de l'article 288 00:15:59,240 --> 00:16:02,700 434-15-2 du Code pénal. 289 00:16:02,900 --> 00:16:06,760 Je renvoie notamment un arrêt de la chambre criminelle du 290 00:16:06,960 --> 00:16:11,500 13 octobre 2020, deux arrêts d'ailleurs, numéro 20-80.150 291 00:16:11,700 --> 00:16:14,980 et numéro 19-85.984. 292 00:16:15,180 --> 00:16:18,580 Cette infraction, donc, prévue par ce texte, 293 00:16:18,780 --> 00:16:20,700 s'applique au tiers, mais aussi à l'auteur de 294 00:16:20,900 --> 00:16:23,880 l'infraction supposée donc être en lien avec un moyen de 295 00:16:24,080 --> 00:16:27,800 cryptologie et cependant, donc, pour que le refus de 296 00:16:28,000 --> 00:16:30,880 fournir la convention secrète 297 00:16:31,080 --> 00:16:35,440 de déchiffrement soit incriminé, c'est notamment puni de trois 298 00:16:35,640 --> 00:16:37,540 ans d'emprisonnement, eh bien, il faut que les 299 00:16:37,740 --> 00:16:41,580 enquêteurs aient formalisé une véritable réquisition et 300 00:16:41,780 --> 00:16:43,260 non pas une simple demande, si vous voulez, au cours 301 00:16:43,460 --> 00:16:44,260 d'une audition. 302 00:16:44,460 --> 00:16:47,300 Donc, il faut une véritable réquisition comportant la 303 00:16:47,500 --> 00:16:51,240 précision que le refus d'y déférer est susceptible de 304 00:16:51,440 --> 00:16:53,720 constituer une infraction pénale. 305 00:16:53,920 --> 00:16:55,800 D'accord ? Donc, la simple 306 00:16:56,000 --> 00:16:58,340 présence d'un moyen de cryptologie ne suffit pas à 307 00:16:58,540 --> 00:17:00,480 justifier une condamnation, il faut encore que le prévenu 308 00:17:00,680 --> 00:17:03,460 en ait connaissance, c'est la chambre criminelle 309 00:17:03,660 --> 00:17:05,619 qui l'affirme le 9 mars 2022. 310 00:17:05,819 --> 00:17:09,800 En réalité, ce qu'on observe, c'est que l'obligation 311 00:17:10,000 --> 00:17:13,240 finalement imposée à la personne suspecte est peu 312 00:17:13,440 --> 00:17:15,900 compatible avec un droit dont on a déjà parlé, qui est le 313 00:17:16,100 --> 00:17:17,280 droit de se taire et de ne pas s'auto-incriminer. 314 00:17:17,920 --> 00:17:21,440 Je fais référence notamment à un arrêt de la chambre 315 00:17:21,640 --> 00:17:24,599 criminelle de la Cour de cassation en date du 10 décembre 2019, 316 00:17:24,800 --> 00:17:27,700 numéro 21-83.557. 317 00:17:27,900 --> 00:17:31,380 La Cour de cassation a estimé dans cet arrêt que, je cite, 318 00:17:31,580 --> 00:17:33,860 "le droit de ne pas s'incriminer soi-même ne 319 00:17:34,060 --> 00:17:36,240 s'étend pas aux données que l'on ne peut obtenir de la 320 00:17:36,440 --> 00:17:38,660 personne concernée en recourant à des pouvoirs coercitifs, 321 00:17:38,860 --> 00:17:43,200 mais qui existent indépendamment de la volonté 322 00:17:43,400 --> 00:17:47,900 de l'intéressé" et je rappelle aussi, par ailleurs, que le Conseil 323 00:17:48,100 --> 00:17:52,600 est très attaché à ce droit dans une décision du 30 mars 2018, 324 00:17:52,800 --> 00:17:57,340 numéro 2018-696 QPC, 325 00:17:57,740 --> 00:18:01,660 le Conseil constitutionnel a déclaré, malgré tout, le texte 326 00:18:01,860 --> 00:18:04,920 conforme à la Constitution en affirmant que "l'infraction 327 00:18:05,120 --> 00:18:08,320 prévue par le Code pénal, n'a pas", je cite, "pour 328 00:18:08,520 --> 00:18:11,500 objet d'obtenir des aveux, mais permet seulement le 329 00:18:11,700 --> 00:18:13,500 déchiffrement des données cryptées". 330 00:18:13,700 --> 00:18:17,680 Voilà, et puis, enfin, surtout, l'arrêt qu'il faut 331 00:18:17,880 --> 00:18:22,400 avoir en tête, c'est un arrêt rendu le 7 novembre 2022, 332 00:18:22,600 --> 00:18:24,920 numéro 21-83.146, 333 00:18:25,120 --> 00:18:26,500 c'est un arrêt rendu en assemblée plénière. 334 00:18:26,700 --> 00:18:28,980 L'assemblée plénière de la Cour de cassation s'est 335 00:18:29,180 --> 00:18:31,140 prononcée dans le même sens que la chambre criminelle 336 00:18:31,340 --> 00:18:32,340 avec les arrêts que j'évoquais. 337 00:18:32,540 --> 00:18:34,740 Elle considère, en fait, que le code de déverrouillage 338 00:18:34,940 --> 00:18:37,400 d'un téléphone portable peut constituer une clé de 339 00:18:37,600 --> 00:18:41,920 déchiffrement donc au sens de l'article 434-15-2 du Code pénal. 340 00:18:42,120 --> 00:18:46,080 Si bien que celui qui, en garde à vue, refuse de le 341 00:18:46,280 --> 00:18:49,320 communiquer à l'enquêteur, eh bien, peut se rendre 342 00:18:49,520 --> 00:18:51,520 auteur du délit évoqué. 343 00:18:51,720 --> 00:18:54,120 Voilà, donc, c'était un point précis que je voulais 344 00:18:54,320 --> 00:18:58,140 mentionner à cette question du déverrouillage du code, 345 00:18:58,340 --> 00:19:00,240 enfin, du déverrouillage des téléphones portables. 346 00:19:00,440 --> 00:19:04,500 Ce refus, quel impact peut avoir ici ce refus de 347 00:19:04,700 --> 00:19:07,940 remettre aux autorités ce code, qu'on appelle donc cette 348 00:19:08,140 --> 00:19:11,020 convention secrète de déchiffrement d'un moyen de 349 00:19:11,220 --> 00:19:15,980 cryptologie sur le fondement d'article 434-15-2 du Code pénal. 350 00:19:16,720 --> 00:19:19,480 J'en ai terminé, donc, pour ce point et plus 351 00:19:19,680 --> 00:19:21,520 largement pour cette première section, 352 00:19:22,080 --> 00:19:26,280 donc consacrée ici donc au contrôle, 353 00:19:26,480 --> 00:19:30,640 enfin, aux vérifications et constatations. Nous passerons 354 00:19:30,840 --> 00:19:34,500 donc la prochaine fois aux recherches, 355 00:19:34,700 --> 00:19:38,220 à l'étude d'autres actes d'investigation qui sont, 356 00:19:38,420 --> 00:19:41,580 cette fois-ci, des recherches dites intrusives. 357 00:19:41,780 --> 00:19:44,580 Voilà, on l'a vu dans le cadre de l'étude de ces 358 00:19:44,780 --> 00:19:46,920 contrôles et vérifications, il y avait notamment des 359 00:19:47,120 --> 00:19:50,580 actes qui relevaient de la police administrative, 360 00:19:50,780 --> 00:19:54,720 les contrôles d'identité, les vérifications. 361 00:19:54,920 --> 00:19:57,960 On a vu, à travers aussi l'examen des réquisitions, 362 00:19:58,160 --> 00:20:02,040 que les garanties sont moindres, de contrôle de ces actes, 363 00:20:02,240 --> 00:20:07,000 parce que précisément aussi ce sont des recherches qui 364 00:20:07,320 --> 00:20:09,980 sont moins intrusives que celles que nous verrons donc 365 00:20:10,180 --> 00:20:13,260 la prochaine fois dans une section 2 donc consacrée aux 366 00:20:13,460 --> 00:20:14,800 recherches intrusives. 367 00:20:15,000 --> 00:20:16,120 Je vous remercie de votre attention.