1 00:00:05,340 --> 00:00:09,240 Ainsi, le principe de primauté fait partie des 2 00:00:09,440 --> 00:00:10,940 caractéristiques du droit de l'Union. 3 00:00:11,139 --> 00:00:13,660 Plus exactement, la primauté est l'un des caractères 4 00:00:13,860 --> 00:00:15,740 attachés au droit de l'Union. 5 00:00:15,940 --> 00:00:19,080 Ce caractère, proclamé par la Cour de justice de l'Union 6 00:00:19,279 --> 00:00:21,800 européenne à partir de l'arrêt Costa de 1964, 7 00:00:22,460 --> 00:00:26,480 est fondamental par rapport à la construction de l'ordre 8 00:00:26,680 --> 00:00:27,480 juridique de l'Union. 9 00:00:28,620 --> 00:00:32,500 Pour la jurisprudence de la Cour de justice, ce principe 10 00:00:32,700 --> 00:00:35,860 de primauté est constitutif de l'ordre juridique de l'Union. 11 00:00:36,060 --> 00:00:38,420 Sans lui, l'édifice s'effondrerait. 12 00:00:40,040 --> 00:00:42,760 Néanmoins, ce principe de primauté attaché au droit de 13 00:00:42,960 --> 00:00:46,980 l'Union ne peut exister que par et avec la reconnaissance 14 00:00:47,180 --> 00:00:51,040 de son existence par les juridictions nationales. 15 00:00:51,240 --> 00:00:52,000 Le droit de l'Union et l'Union en tant que telle n'a 16 00:00:52,200 --> 00:00:56,580 pas en lui-même la possibilité de garantir la 17 00:00:56,780 --> 00:01:00,980 réalité et l'effectivité de la primauté sans l'adhésion, 18 00:01:01,240 --> 00:01:04,980 au moins partielle, des États membres et de leurs juridictions. 19 00:01:05,900 --> 00:01:09,220 Or, cette reconnaissance de la primauté du droit de 20 00:01:09,420 --> 00:01:11,200 l'Union par les juridictions 21 00:01:11,400 --> 00:01:16,160 nationales a été faite par 22 00:01:16,460 --> 00:01:21,360 étapes et dépend également des normes sur lesquelles 23 00:01:21,560 --> 00:01:22,720 s'applique cette primauté. 24 00:01:23,520 --> 00:01:27,160 Tout d'abord, la primauté du droit de l'Union sur la loi 25 00:01:27,360 --> 00:01:30,240 s'est imposée assez rapidement dans à peu près 26 00:01:30,440 --> 00:01:31,200 toutes les juridictions. 27 00:01:31,400 --> 00:01:35,180 On peut néanmoins souligner les atermoiements de la 28 00:01:35,380 --> 00:01:38,960 jurisprudence administrative française. Ainsi, pour rappel, 29 00:01:39,160 --> 00:01:43,919 en France, à partir de la décision IVG de 1975, 30 00:01:44,920 --> 00:01:48,380 le Conseil constitutionnel se dit aveugle à la question de 31 00:01:48,580 --> 00:01:49,380 la conventionnalité de la loi. 32 00:01:50,180 --> 00:01:51,940 Cour de cassation 1975, 33 00:01:52,140 --> 00:01:56,840 arrêt Jacques Vabre reconnaît 34 00:01:57,040 --> 00:02:00,660 la primauté du traité des Communautés économiques 35 00:02:00,860 --> 00:02:02,580 européennes sur la loi postérieure. 36 00:02:02,780 --> 00:02:06,220 C'est une application du principe de primauté attaché 37 00:02:06,420 --> 00:02:08,639 au droit de l'Union, forte de la part de la plus 38 00:02:08,839 --> 00:02:11,460 haute juridiction civile et criminelle française. 39 00:02:13,160 --> 00:02:15,900 De son côté, le Conseil d'État a été beaucoup plus 40 00:02:16,100 --> 00:02:17,280 rétif à cette conception. 41 00:02:18,240 --> 00:02:21,560 Tout d'abord, il assimilait les traités internationaux à 42 00:02:21,760 --> 00:02:25,560 la loi et faisait en ce sens prévaloir, en cas de conflit, 43 00:02:25,760 --> 00:02:28,020 l'expression la plus récente de la volonté du Parlement. 44 00:02:29,160 --> 00:02:32,060 La primauté des traités était donc admise à l'égard des 45 00:02:32,260 --> 00:02:36,320 lois antérieures à un traité, y compris un traité TCE, 46 00:02:36,600 --> 00:02:39,300 mais non sur les lois postérieures. 47 00:02:40,800 --> 00:02:45,420 Ainsi, on peut s'intéresser à la jurisprudence qui marque 48 00:02:45,619 --> 00:02:46,840 cette résistance de la juridiction administrative 49 00:02:47,040 --> 00:02:50,120 par rapport à la question de la primauté, à ce moment-là, 50 00:02:50,320 --> 00:02:52,300 du traité sur les Communautés économiques européennes et 51 00:02:52,500 --> 00:02:53,360 plus largement du droit de l'Union. 52 00:02:54,320 --> 00:02:59,280 Conseil d'État, 1er mars 1968, Syndicat général des 53 00:02:59,520 --> 00:03:00,280 fabricants de semoules. 54 00:03:01,060 --> 00:03:03,080 Le contexte est peut-être important à rappeler ici. 55 00:03:03,360 --> 00:03:06,000 On est ici dans un cas d'articulation entre, 56 00:03:06,220 --> 00:03:09,640 d'une part, la création du marché commun européen et, 57 00:03:10,540 --> 00:03:13,360 d'autre part, les relations avec l'Algérie nouvellement 58 00:03:13,560 --> 00:03:15,480 indépendante. Il s'agit d'un 59 00:03:15,679 --> 00:03:19,200 conflit portant sur les principes d'union douanière 60 00:03:19,399 --> 00:03:21,920 relatifs à ces deux blocs d'accords. 61 00:03:22,600 --> 00:03:27,380 Le Conseil d'État, ici, refusera de faire primer le 62 00:03:27,579 --> 00:03:32,060 traité sur les Communautés économiques européennes sur 63 00:03:32,260 --> 00:03:37,020 le traité et le droit national, mettant en œuvre d'autres 64 00:03:37,220 --> 00:03:37,980 formes d'accords. 65 00:03:38,179 --> 00:03:42,740 En fait, il s'agit ici d'un refus du Conseil d'État 66 00:03:43,080 --> 00:03:47,520 d'appliquer la primauté en majesté. 67 00:03:48,860 --> 00:03:52,560 Deuxièmement, cette position, dite doctrine Matter, 68 00:03:52,760 --> 00:03:55,440 du nom du conseiller d'État défendant cette doctrine, 69 00:03:55,780 --> 00:03:57,760 finira par être abandonnée. 70 00:03:57,959 --> 00:04:01,700 Elle le sera en 1989 à l'occasion du fameux arrêt 71 00:04:01,899 --> 00:04:04,660 Nicolo qui marque un revirement et admet la 72 00:04:04,859 --> 00:04:06,540 primauté des traités sur les lois postérieures. 73 00:04:07,220 --> 00:04:10,940 Monsieur Nicolo avait émis une protestation contre les 74 00:04:11,140 --> 00:04:13,420 résultats des élections européennes de juin 1989. 75 00:04:15,280 --> 00:04:17,940 À cette occasion, il contestait la compatibilité 76 00:04:18,140 --> 00:04:20,700 d'une loi relative à l'élection des représentants 77 00:04:20,899 --> 00:04:23,160 français à l'Assemblée des Communautés européennes de l'époque, 78 00:04:23,460 --> 00:04:25,520 avec certaines stipulations du traité de Rome. 79 00:04:27,420 --> 00:04:31,160 Dans cet arrêt, le Conseil d'État a abandonné la théorie 80 00:04:31,360 --> 00:04:33,980 de la loi-écran et a jugé qu'il appartient au juge 81 00:04:34,180 --> 00:04:36,820 administratif, en application de l'article 55 de la Constitution, 82 00:04:37,020 --> 00:04:41,180 de contrôler la compatibilité d'une loi avec les 83 00:04:41,380 --> 00:04:43,980 stipulations d'un traité international, même lorsque 84 00:04:44,180 --> 00:04:46,760 la loi est postérieure à l'acte international en cause. 85 00:04:50,000 --> 00:04:54,960 En fait, ici, le Conseil d'État suit la position du 86 00:04:55,159 --> 00:04:57,540 Conseil constitutionnel lorsqu'il a agi en tant que 87 00:04:57,740 --> 00:05:00,660 juge électoral à partir de sa décision Val d'Oise de 1988. 88 00:05:02,800 --> 00:05:05,320 Le Conseil d'État ne s'est pas arrêté en si bonne lancée 89 00:05:05,520 --> 00:05:08,680 et a reconnu ensuite la primauté des règlements de 90 00:05:08,880 --> 00:05:11,480 l'Union européenne sur les lois postérieures nationales. 91 00:05:11,680 --> 00:05:14,220 Il l'a fait dans l'affaire Conseil d'État, 24 septembre 1990, 92 00:05:15,860 --> 00:05:18,940 Boisdet. Il a également admis 93 00:05:19,140 --> 00:05:22,120 la primauté des directives sur les lois postérieures. 94 00:05:22,320 --> 00:05:27,080 Conseil d'État, 3 décembre 2001, 95 00:05:38,500 --> 00:05:42,060 Syndicat national de l'industrie pharmaceutique. 96 00:05:45,100 --> 00:05:49,580 Cette question de la primauté du droit de l'Union reconnue 97 00:05:49,780 --> 00:05:51,520 par les juridictions nationales s'est surtout 98 00:05:51,719 --> 00:05:54,460 cristallisée en tant que problème ou problématique ou 99 00:05:54,659 --> 00:05:57,080 questionnement lorsqu'est en cause le droit constitutionnel. 100 00:05:57,880 --> 00:06:00,260 La position de principe de la Cour de justice sur ce point 101 00:06:00,460 --> 00:06:01,219 n'a pas bougé. 102 00:06:01,419 --> 00:06:02,960 La primauté du droit de l'Union est une question 103 00:06:03,159 --> 00:06:06,000 existentielle pour le droit de l'Union pour reprendre la 104 00:06:06,200 --> 00:06:06,960 formule de Pescatore. 105 00:06:07,280 --> 00:06:10,220 Elle s'applique à toutes les règles y compris aux normes 106 00:06:10,420 --> 00:06:12,780 constitutionnelles. Et en fait, 107 00:06:12,979 --> 00:06:16,120 cette question des rapports entre droit constitutionnel 108 00:06:16,320 --> 00:06:18,900 et droit de l'Union européenne par rapport à ce 109 00:06:19,099 --> 00:06:21,160 principe de primauté lorsqu'on interroge les cours 110 00:06:21,360 --> 00:06:24,960 suprêmes des États membres se cristallise essentiellement 111 00:06:25,159 --> 00:06:28,080 autour de trois grandes questions. 112 00:06:28,680 --> 00:06:30,640 La question des droits fondamentaux et de la 113 00:06:30,840 --> 00:06:32,160 protection des droits fondamentaux pour les cours 114 00:06:32,360 --> 00:06:34,820 constitutionnelles et cours suprêmes qui sont attachés à 115 00:06:35,020 --> 00:06:36,440 ces valeurs par rapport au droit de l'Union qui 116 00:06:36,640 --> 00:06:38,520 historiquement a longtemps été en retard sur ces 117 00:06:38,719 --> 00:06:40,120 questions de protection des droits fondamentaux. 118 00:06:41,180 --> 00:06:44,320 Une question aussi plus existentielle des ordres 119 00:06:44,520 --> 00:06:46,720 juridiques sur l'identité constitutionnelle d'un État 120 00:06:46,920 --> 00:06:49,040 membre dans ce processus qu'est l'intégration. 121 00:06:50,840 --> 00:06:54,240 Une interprétation, une réappropriation des notions 122 00:06:54,440 --> 00:06:58,080 du droit de l'Union européenne et des principes 123 00:06:58,280 --> 00:06:59,640 du droit de l'Union européenne à travers la 124 00:06:59,840 --> 00:07:02,120 question de l'ultra vires, c'est-à-dire la question du 125 00:07:02,320 --> 00:07:04,700 contrôle des compétences de ce principe d'attribution des 126 00:07:04,900 --> 00:07:08,320 compétences prévu par les traités et de 127 00:07:08,520 --> 00:07:09,900 l'interprétation de cette répartition des compétences 128 00:07:10,099 --> 00:07:12,160 qui est juge du principe d'attribution des compétences 129 00:07:12,360 --> 00:07:15,500 qui dans certains États a été utilisé comme étant un 130 00:07:15,700 --> 00:07:17,580 principe constitutionnel des États membres qui était donc 131 00:07:17,780 --> 00:07:20,120 amené à contrôler l'exercice des compétences et la 132 00:07:20,320 --> 00:07:22,220 répartition des compétences dans l'Union européenne. 133 00:07:23,040 --> 00:07:25,580 Et donc ces trois grands points, droits fondamentaux, 134 00:07:25,780 --> 00:07:27,800 identité constitutionnelle, répartition des compétences 135 00:07:28,000 --> 00:07:30,260 sont les points qui cristallisent les rapports de 136 00:07:30,460 --> 00:07:32,600 force entre les cours suprêmes et l'Union européenne. 137 00:07:35,680 --> 00:07:40,640 Historiquement, en fait, on remarque une résistance 138 00:07:41,240 --> 00:07:43,740 des cours constitutionnelles au droit de l'Union lorsqu'il 139 00:07:43,940 --> 00:07:45,520 s'agissait de protéger leurs droits fondamentaux. 140 00:07:46,480 --> 00:07:49,080 En particulier, c'est la Cour constitutionnelle allemande 141 00:07:49,280 --> 00:07:51,520 et la Cour constitutionnelle italienne qui ont été fers de 142 00:07:51,719 --> 00:07:53,780 lance sur cette question et qui ont en fait abouti et 143 00:07:53,979 --> 00:07:57,880 permis à la Cour de justice de l'Union européenne, 144 00:07:58,080 --> 00:08:00,460 à l'époque des Communautés, d'elle-même faire évoluer sa 145 00:08:00,659 --> 00:08:05,240 jurisprudence pour prendre en compte par elle-même les 146 00:08:05,440 --> 00:08:08,360 droits fondamentaux et donc garantir le principe de 147 00:08:08,560 --> 00:08:11,600 primauté pour alléger les cours suprêmes de cette inquiétude. 148 00:08:11,800 --> 00:08:16,500 La Cour constitutionnelle allemande, dans son arrêt du 29 mai 1974 149 00:08:16,700 --> 00:08:21,120 Solange I, jusqu'à ce que, aussi longtemps que, 150 00:08:21,320 --> 00:08:26,219 estime que, "en l'état actuel 151 00:08:26,520 --> 00:08:31,479 de l'intégration de la Communauté, il manque encore un Parlement 152 00:08:31,900 --> 00:08:36,179 légitimé directement de manière démocratique et un 153 00:08:36,380 --> 00:08:39,320 catalogue codifié des droits fondamentaux à l'ordre 154 00:08:39,520 --> 00:08:40,280 juridique de l'Union". 155 00:08:43,000 --> 00:08:45,600 Conclusion, tant qu'un stade ultérieur de l'intégration de 156 00:08:45,800 --> 00:08:48,800 la Communauté ne réalise pas cette sécurité juridique que 157 00:08:49,000 --> 00:08:51,440 seule la jurisprudence de la Cour de justice des 158 00:08:51,960 --> 00:08:56,240 Communautés n'assure pas, alors il est possible pour la 159 00:08:56,440 --> 00:08:58,180 Cour constitutionnelle allemande d'effectuer un 160 00:08:58,380 --> 00:09:00,680 contrôle de constitutionnalité du droit 161 00:09:00,880 --> 00:09:03,940 dérivé de l'Union, à l'époque des Communautés, pour 162 00:09:04,140 --> 00:09:05,800 protéger les droits fondamentaux. 163 00:09:06,780 --> 00:09:10,460 Et on a observé d'ailleurs cette même approche par la 164 00:09:10,660 --> 00:09:12,940 Cour constitutionnelle italienne dans son arrêt du 165 00:09:13,140 --> 00:09:17,500 27 février 1973, Frontini et Pozzani. 166 00:09:19,360 --> 00:09:22,160 La Cour de justice a pourtant très tôt essayé de donner des gages, 167 00:09:22,360 --> 00:09:25,760 d'abord dans l'arrêt Nold du 14 mai 1974, sur les droits 168 00:09:25,960 --> 00:09:27,700 fondamentaux. Il faudra 169 00:09:27,900 --> 00:09:31,180 néanmoins attendre un peu plus pour que la Cour de 170 00:09:31,380 --> 00:09:34,140 justice de l'Union européenne soit convaincue, plutôt que 171 00:09:34,340 --> 00:09:36,840 les Cours constitutionnelles allemandes et italiennes 172 00:09:37,040 --> 00:09:39,620 soient convaincues de la possibilité de protéger les 173 00:09:39,820 --> 00:09:41,600 droits fondamentaux au niveau de l'Union européenne. 174 00:09:42,380 --> 00:09:46,260 Cela dit, cette question a duré plus longtemps encore 175 00:09:46,460 --> 00:09:48,700 que la résistance propre en tant que telle puisque le 176 00:09:48,900 --> 00:09:51,460 Tribunal constitutionnel 177 00:09:51,660 --> 00:09:56,580 espagnol dès 2014 souligne l'importance de la protection 178 00:09:57,320 --> 00:10:00,520 des droits fondamentaux et les risques d'excès du droit 179 00:10:00,720 --> 00:10:02,160 de l'Union qui ne protégerait pas ces droits fondamentaux. 180 00:10:02,700 --> 00:10:06,800 Le Tribunal constitutionnel polonais en 2005 s'inquiétait aussi, 181 00:10:07,120 --> 00:10:09,280 ou rappelait plutôt, que les règles de la 182 00:10:09,480 --> 00:10:11,180 Constitution en matière de liberté et de droits des 183 00:10:11,380 --> 00:10:13,920 individus déterminent un seuil minimal, infranchissable, y compris 184 00:10:14,120 --> 00:10:17,980 par le droit de l'Union pour le juge constitutionnel polonais. 185 00:10:18,820 --> 00:10:21,560 Néanmoins, ce contentieux, surtout à la fin des années 70, 186 00:10:21,840 --> 00:10:23,340 est plutôt un contentieux dissuasif. 187 00:10:23,560 --> 00:10:25,640 Il vise pour les cours constitutionnelles à rappeler 188 00:10:25,840 --> 00:10:28,040 leur attachement aux droits fondamentaux et à la 189 00:10:28,240 --> 00:10:30,420 protection des droits et libertés fondamentales pour 190 00:10:30,620 --> 00:10:35,380 encourager fortement la Cour de justice à garantir 191 00:10:35,580 --> 00:10:37,500 elle-même ces droits fondamentaux dans son 192 00:10:37,700 --> 00:10:39,500 contrôle opéré notamment sur le droit dérivé. 193 00:10:42,020 --> 00:10:44,560 Et les cours constitutionnelles dans un 194 00:10:44,760 --> 00:10:45,820 dialogue relativement constructif ont rapidement 195 00:10:46,020 --> 00:10:49,680 aussi accepté une certaine forme de convergence et ont 196 00:10:49,880 --> 00:10:51,920 accepté que la Cour de justice des Communautés 197 00:10:52,120 --> 00:10:55,120 européennes protégeait déjà, ou commençait à protéger pour 198 00:10:55,320 --> 00:10:58,440 être précis, les droits fondamentaux. 199 00:10:59,220 --> 00:11:02,680 Ainsi, Cour constitutionnelle allemande Solange II, 200 00:11:03,080 --> 00:11:08,020 du 22 octobre 1986, la Cour constitutionnelle allemande 201 00:11:08,220 --> 00:11:12,380 lève cette réserve de potentiel contrôle du droit 202 00:11:12,580 --> 00:11:15,120 dérivé en regard des droits fondamentaux aussi longtemps 203 00:11:15,320 --> 00:11:18,020 que les Communautés garantissent d'une façon 204 00:11:18,220 --> 00:11:19,840 générale une protection efficace des droits 205 00:11:20,040 --> 00:11:22,720 fondamentaux qui puisse être consacrée par essence comme 206 00:11:22,920 --> 00:11:25,860 d'égal niveau à celui de la protection inaliénable des 207 00:11:26,060 --> 00:11:27,880 droits fondamentaux qu'assure la loi fondamentale. 208 00:11:31,480 --> 00:11:34,360 La position de la Cour constitutionnelle allemande 209 00:11:34,560 --> 00:11:37,460 sur cette question des droits fondamentaux a pu apparaître 210 00:11:37,660 --> 00:11:41,100 en dents de scie parfois très conciliante parfois plus dure 211 00:11:41,300 --> 00:11:43,540 vis-à-vis de la Cour de justice et le débat 212 00:11:43,740 --> 00:11:45,620 finalement relatif à la primauté et la Cour 213 00:11:45,820 --> 00:11:48,240 constitutionnelle allemande a ressurgi autrement non plus 214 00:11:48,440 --> 00:11:50,700 tellement relativement à la protection des droits fondamentaux, 215 00:11:50,900 --> 00:11:54,920 mais par une question un peu différente qui est celle de 216 00:11:55,120 --> 00:11:56,320 l'identité constitutionnelle. 217 00:11:56,800 --> 00:12:00,140 En particulier dans une affaire Lisbonne du 30 juin 2009, 218 00:12:00,340 --> 00:12:03,040 la Cour constitutionnelle allemande semble introduire 219 00:12:03,240 --> 00:12:05,560 la question d'un respect de l'identité constitutionnelle 220 00:12:05,760 --> 00:12:09,160 allemande dans le contrôle qu'elle opère au regard du 221 00:12:09,360 --> 00:12:10,120 droit de l'Union. 222 00:12:10,320 --> 00:12:15,260 Cette jurisprudence se polarise lorsque l'on 223 00:12:16,000 --> 00:12:17,580 s'intéresse à ce qu'on appelle l'ultra vires qui 224 00:12:17,780 --> 00:12:20,060 consiste à assurer que les institutions de l'Union 225 00:12:20,260 --> 00:12:23,620 européenne n'outrepassent pas les compétences que les États 226 00:12:23,820 --> 00:12:25,160 ont confiées à l'Union. 227 00:12:25,500 --> 00:12:28,320 Or cette répartition des compétences est normalement 228 00:12:28,520 --> 00:12:30,800 l'apanage de la Cour de justice des Communautés 229 00:12:31,000 --> 00:12:31,760 devenues Union européenne. 230 00:12:31,960 --> 00:12:34,760 En tout cas il l'a longtemps été pour elle. 231 00:12:35,780 --> 00:12:40,740 Or à partir de 1994 déjà on a l'impression qu'il y a une 232 00:12:41,360 --> 00:12:43,840 forme pour la Cour constitutionnelle allemande 233 00:12:44,040 --> 00:12:46,240 de possibilité de contrôler par elle-même cette 234 00:12:46,440 --> 00:12:48,900 répartition des compétences notamment en matière monétaire. 235 00:12:49,440 --> 00:12:51,780 Les affaires les plus criantes sur ces questions-là 236 00:12:51,980 --> 00:12:55,520 sont les affaires Gauweiler et Weiss qui ont toutes donné 237 00:12:55,720 --> 00:12:57,880 lieu à une saisine de la Cour de justice par la Cour 238 00:12:58,080 --> 00:12:58,860 constitutionnelle allemande. 239 00:12:59,100 --> 00:13:01,420 Cour de justice de l'Union européenne grande chambre 7 240 00:13:01,620 --> 00:13:06,380 juin 2015 affaire Gauweiler C-72/14. 241 00:13:08,260 --> 00:13:10,520 Cour de justice de l'Union européenne grande chambre 11 242 00:13:10,720 --> 00:13:13,920 décembre 2018 affaire Weiss C-493/17. 243 00:13:17,740 --> 00:13:20,740 Ce rapport entre la Cour constitutionnelle allemande 244 00:13:20,940 --> 00:13:22,900 saisissant la Cour de justice sur cette question l'ultra 245 00:13:23,100 --> 00:13:27,420 vires a pu monter en tension pour arriver à l'arrêt du 5 246 00:13:27,620 --> 00:13:30,000 mai 2020 où la Cour constitutionnelle allemande 247 00:13:30,200 --> 00:13:33,800 statue en ultra vires et estime que la Cour de justice 248 00:13:34,000 --> 00:13:38,760 lorsqu'elle lui répond dans son arrêt Weiss a répondue de 249 00:13:39,440 --> 00:13:42,420 manière inintelligible et arbitraire. 250 00:13:43,580 --> 00:13:46,860 On semble revenir ici à un rapport de tension entre les 251 00:13:47,060 --> 00:13:48,640 cours constitutionnelles non plus dialogue des juges, 252 00:13:48,840 --> 00:13:50,520 mais guerre des juges, tension qui pourrait 253 00:13:50,720 --> 00:13:52,420 apparaître pour certains comme un feu de paille 254 00:13:52,620 --> 00:13:55,280 puisque finalement malgré cette formulation extrêmement 255 00:13:55,480 --> 00:13:57,400 dure à l'égard de la jurisprudence de la Cour de 256 00:13:57,600 --> 00:13:59,660 justice la Cour constitutionnelle allemande 257 00:13:59,860 --> 00:14:03,080 finira par s'incliner ou plus exactement valider les 258 00:14:03,280 --> 00:14:05,740 mesures en cause et la répartition des compétences 259 00:14:05,940 --> 00:14:06,820 qui étaient questionnées ici. 260 00:14:09,940 --> 00:14:14,080 On semble toutefois ainsi et par cette jurisprudence de la 261 00:14:14,280 --> 00:14:15,340 Cour constitutionnelle allemande, mais qui n'est pas la seule 262 00:14:15,540 --> 00:14:18,680 en réalité à s'inscrire dans cette valse on voit 263 00:14:18,880 --> 00:14:22,220 l'avènement de ce qu'on peut appeler ce que le professeur 264 00:14:22,420 --> 00:14:24,680 Dubout appelle un pluralisme 265 00:14:24,880 --> 00:14:29,580 contestatif. Déjà l'avocat 266 00:14:29,780 --> 00:14:33,140 général Poiares Maduro constatait l'avènement d'un 267 00:14:33,340 --> 00:14:37,120 pluralisme juridique qui devait permettre de concilier 268 00:14:37,320 --> 00:14:39,120 l'inconciliable. Le droit 269 00:14:39,320 --> 00:14:41,280 constitutionnel doit être interprété à la lumière du 270 00:14:41,480 --> 00:14:43,580 droit de l'Union et le droit de l'Union doit être 271 00:14:43,780 --> 00:14:45,880 interprété à l'aune du droit constitutionnel national. 272 00:14:46,400 --> 00:14:50,920 Par cette réciproque on dépasserait la question d'un 273 00:14:51,120 --> 00:14:54,680 rapport frontal de hiérarchie primauté de la constitution 274 00:14:54,880 --> 00:14:56,160 ou du droit de l'Union. 275 00:14:56,640 --> 00:15:00,820 Donc cette question du pluralisme contestatif et du 276 00:15:01,020 --> 00:15:05,240 pluralisme juridique c'était cette volonté de dépasser un 277 00:15:05,440 --> 00:15:09,300 affrontement brutal entre les cours constitutionnelles et 278 00:15:09,500 --> 00:15:12,500 la Cour de justice de l'Union européenne interroge non 279 00:15:12,700 --> 00:15:14,600 seulement au regard de la position de la Cour 280 00:15:14,800 --> 00:15:16,100 constitutionnelle allemande, mais pas uniquement. 281 00:15:16,420 --> 00:15:20,020 En fait on observe un même ordre de réticence dans 282 00:15:20,220 --> 00:15:21,240 d'autres cours constitutionnelles. 283 00:15:21,460 --> 00:15:23,860 La Cour constitutionnelle tchèque par exemple dans son 284 00:15:24,060 --> 00:15:27,420 assemblée plénière du 31 janvier 2012 dont son affaire 285 00:15:27,620 --> 00:15:30,780 Holubec reproche à la Cour de justice d'avoir excédé les 286 00:15:30,980 --> 00:15:31,740 compétences de l'Union. 287 00:15:32,840 --> 00:15:34,540 C'est ce que je disais sur l'affaire Cour 288 00:15:34,740 --> 00:15:35,560 constitutionnelle allemande 289 00:15:35,760 --> 00:15:40,520 qui fait suite à l'arrêt sur 290 00:15:40,880 --> 00:15:43,580 renvoi préjudiciel de l'affaire Weiss sur le 291 00:15:43,780 --> 00:15:46,500 programme PSPP de la Banque centrale du 5 mai 2020 qui 292 00:15:46,700 --> 00:15:50,320 interroge sur ultra vires là encore et met en question 293 00:15:50,520 --> 00:15:52,380 même les arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne. 294 00:15:52,840 --> 00:15:55,420 On peut aussi signaler le Tribunal constitutionnel 295 00:15:55,620 --> 00:15:58,960 polonais du 14 juillet 2021 qui dans l'organisation du 296 00:15:59,160 --> 00:16:01,460 système juridictionnel polonais rappelle et affirme 297 00:16:01,660 --> 00:16:04,220 l'autonomie de la justice et de l'indépendance des juges 298 00:16:04,420 --> 00:16:06,120 polonais qui trouveraient son fondement dans la 299 00:16:06,320 --> 00:16:08,740 Constitution de sorte que l'administration nationale de 300 00:16:08,940 --> 00:16:12,140 la justice ne saurait subir une quelconque ingérence de 301 00:16:12,340 --> 00:16:13,100 la part de la Cour de justice. 302 00:16:13,600 --> 00:16:16,080 Les mesures provisoires que la Cour a ordonnées sur le 303 00:16:16,280 --> 00:16:19,000 fondement de l'article 279 et qui affectaient le régime de 304 00:16:19,200 --> 00:16:20,680 la compétence des juridictions polonaises et la 305 00:16:20,880 --> 00:16:23,420 procédure devant elle sont donc considérées comme allant 306 00:16:23,620 --> 00:16:25,420 au-delà des compétences attribuées à l'Union. 307 00:16:26,800 --> 00:16:28,040 Contrôle de l'ultra vires. 308 00:16:29,400 --> 00:16:33,190 Alors finalement comment dépasser ces réticences ? 309 00:16:33,390 --> 00:16:36,240 Alors d'abord la Cour constitutionnelle italienne 310 00:16:36,440 --> 00:16:39,560 va permettre une première voie et permettre une 311 00:16:39,760 --> 00:16:41,960 conciliation à travers des décisions de 2017 et de 2019 312 00:16:42,160 --> 00:16:44,760 dans les affaires Taricco marquant fortement son 313 00:16:44,960 --> 00:16:46,680 opposition par rapport à la position de la Cour de 314 00:16:46,880 --> 00:16:47,680 justice de l'Union européenne. 315 00:16:47,880 --> 00:16:50,360 La Cour de justice faisant un pas dans son sens la Cour 316 00:16:50,560 --> 00:16:52,200 italienne évitant donc 317 00:16:52,400 --> 00:16:57,160 d'aboutir à un contrôle de la 318 00:16:57,880 --> 00:16:59,620 jurisprudence de la Cour de justice au regard de sa 319 00:16:59,820 --> 00:17:00,580 propre Constitution. 320 00:17:04,800 --> 00:17:06,980 Il s'agit pour la Cour constitutionnelle italienne 321 00:17:07,180 --> 00:17:08,500 de s'intéresser à la question des contre-limites. 322 00:17:10,280 --> 00:17:12,740 Parallèlement autre manière de dépasser cette divergence, 323 00:17:13,180 --> 00:17:16,480 Conseil d'État assemblée 21 avril 2021 c'est l'affaire 324 00:17:16,680 --> 00:17:17,440 French Data Network. 325 00:17:18,579 --> 00:17:21,520 Alors c'est une affaire assez paradoxale puisque finalement 326 00:17:21,720 --> 00:17:25,440 ici le Conseil d'État affirme 327 00:17:25,640 --> 00:17:28,820 solennellement et semble ici permettre de résoudre un 328 00:17:29,020 --> 00:17:31,800 problème qui se pose de manière récurrente dans le 329 00:17:32,000 --> 00:17:33,420 rapport entre Cour constitutionnelle et l'Union 330 00:17:33,620 --> 00:17:34,980 européenne. Le Conseil d'État 331 00:17:35,180 --> 00:17:37,260 affirme ici qu'il ne s'agira en aucun cas de vérifier les 332 00:17:37,460 --> 00:17:38,220 compétences de l'Union. 333 00:17:38,420 --> 00:17:40,800 Il n'est pas ici juge de la répartition des compétences 334 00:17:41,000 --> 00:17:43,280 entre l'État membre et l'Union européenne ni même 335 00:17:43,480 --> 00:17:44,240 entre ses juridictions. 336 00:17:44,480 --> 00:17:47,180 Il dit même exactement pour reprendre la formule du 337 00:17:47,380 --> 00:17:50,860 Conseil d'État dans l'arrêt French Data Network "qu'il 338 00:17:51,060 --> 00:17:53,400 n'appartient pas aux juges administratifs de s'assurer 339 00:17:53,600 --> 00:17:56,120 du respect par le droit dérivé de l'Union européenne 340 00:17:56,320 --> 00:17:58,900 par la Cour de justice elle-même de la répartition 341 00:17:59,100 --> 00:18:01,380 des compétences entre l'Union européenne et les États membres. 342 00:18:02,020 --> 00:18:06,220 Il ne saurait ainsi exercer un contrôle sur la conformité 343 00:18:06,420 --> 00:18:07,820 au droit de l'Union des décisions de la Cour de 344 00:18:08,020 --> 00:18:11,620 justice et notamment priver de telles décisions de la 345 00:18:11,820 --> 00:18:14,780 force obligatoire dont elles sont revêtues au motif que 346 00:18:14,980 --> 00:18:18,500 celles-ci auraient excédé sa compétence en conférant à un 347 00:18:18,700 --> 00:18:20,560 principe ou à un acte du droit de l'Union une portée 348 00:18:20,760 --> 00:18:22,620 excédant le champ d'application prévu par les traités". 349 00:18:22,820 --> 00:18:26,020 Il semblerait ici que le Conseil d'État est un bon 350 00:18:26,220 --> 00:18:29,640 élève en ce qui concerne le dialogue des juges après ses 351 00:18:29,840 --> 00:18:31,560 premières réticences historiques. 352 00:18:31,920 --> 00:18:33,820 En réalité ce qui est intéressant ici c'est qu'il 353 00:18:34,020 --> 00:18:37,740 va dans le sens de la Cour de justice en lui reconnaissant 354 00:18:37,940 --> 00:18:39,980 cette compétence auquel elle est si attachée de 355 00:18:40,180 --> 00:18:42,980 répartition des compétences entre l'Union et les États membres, 356 00:18:43,180 --> 00:18:46,480 en fait finalement son pré carré ; il reconnaît un dialogue des 357 00:18:46,680 --> 00:18:49,120 juges et son importance, mais en réalité au fond de la 358 00:18:49,320 --> 00:18:52,920 décision par le truchement du respect des fonctions 359 00:18:53,120 --> 00:18:56,940 essentielles de l'État le Conseil d'État se délivre 360 00:18:57,140 --> 00:18:58,900 complètement de l'interprétation donnée par 361 00:18:59,100 --> 00:19:01,240 la Cour de justice de l'Union européenne dans une affaire 362 00:19:01,440 --> 00:19:06,200 du 6 octobre 2020 C-515/18 et 363 00:19:07,000 --> 00:19:09,420 donc finalement en reconnaissant la primauté ou 364 00:19:09,620 --> 00:19:11,400 plus exactement en n'attaquant pas frontalement 365 00:19:11,600 --> 00:19:13,960 celle-ci par le biais d'un ultra vires ou d'un contrôle 366 00:19:14,160 --> 00:19:17,520 de compétences, vide de sa substance les arrêts de la 367 00:19:17,720 --> 00:19:18,960 Cour de justice de l'Union européenne donc finalement 368 00:19:19,480 --> 00:19:23,560 les rendraient presque plus dans un rapport de primauté 369 00:19:23,760 --> 00:19:27,480 puisqu’il ne donne pas de la portée ce qui pourrait en 370 00:19:27,680 --> 00:19:30,920 fait interroger sur cette manière qu'a eu le Conseil 371 00:19:31,120 --> 00:19:32,640 d'État d'emporter l'adhésion de la Cour de justice qui a 372 00:19:32,840 --> 00:19:34,360 été plutôt satisfaite de cette position de la 373 00:19:34,560 --> 00:19:37,360 juridiction française, formellement reconnaissant la 374 00:19:37,560 --> 00:19:41,160 primauté, matériellement ne reprenant pas à son compte un 375 00:19:41,360 --> 00:19:42,120 arrêt de la Cour de justice. 376 00:19:45,340 --> 00:19:49,360 Il s'agit donc finalement d'un rapport continu et qui 377 00:19:49,560 --> 00:19:54,280 est systématiquement en discussion entre les cours 378 00:19:54,480 --> 00:19:57,300 constitutionnelles nationales et le juge de l'Union. 379 00:19:58,000 --> 00:19:59,900 Finalement le juge de droit commun de l'Union étant le 380 00:20:00,100 --> 00:20:02,420 juge national y compris le juge de cour suprême, 381 00:20:02,620 --> 00:20:06,020 il y a un dialogue et une systématisation par les 382 00:20:07,480 --> 00:20:12,160 multiples voix 383 00:20:12,360 --> 00:20:14,580 d'interprétation qui se portent au moment de la 384 00:20:14,780 --> 00:20:16,520 construction de ce système juridique d'un ordre nouveau 385 00:20:16,720 --> 00:20:17,920 qu'est l'Union européenne. 386 00:20:23,140 --> 00:20:26,780 En ce sens la Cour de justice a elle-même essayé de 387 00:20:26,980 --> 00:20:30,080 répondre à ce dialogue et à cette question du dialogue des juges. 388 00:20:30,280 --> 00:20:32,980 Que dit-elle finalement dans un arrêt du 22 février 2022 389 00:20:33,180 --> 00:20:35,460 dans un arrêt de grande chambre elle semble 390 00:20:35,660 --> 00:20:40,060 finalement rappeler quelle est sa fonction et quelles 391 00:20:40,260 --> 00:20:41,020 sont les fonctions des cours suprêmes. 392 00:20:41,220 --> 00:20:45,300 Affaire C-430/21 pour la Cour de justice c'est à elle 393 00:20:45,500 --> 00:20:48,420 uniquement et non aux cours constitutionnelles nationales 394 00:20:48,620 --> 00:20:53,040 d'estimer qu'une disposition de droit dérivé de l'Union 395 00:20:53,240 --> 00:20:56,700 telle qu'interprétée par la Cour méconnaît l'obligation 396 00:20:56,900 --> 00:20:59,240 de respecter l'identité nationale de cet État membre. 397 00:21:00,460 --> 00:21:03,580 Cela étant, si une cour constitutionnelle nationale 398 00:21:03,780 --> 00:21:07,160 estime que disposition de droit dérivé de l'Union telle 399 00:21:07,360 --> 00:21:09,720 qu'interprétée par la Cour méconnaît l'obligation de 400 00:21:09,920 --> 00:21:11,500 respecter l'identité nationale de cet État membre, 401 00:21:11,780 --> 00:21:14,780 elle doit non pas activer une réserve de constitutionnalité, 402 00:21:14,980 --> 00:21:17,080 mais nouer le dialogue avec la cour. 403 00:21:18,440 --> 00:21:20,500 Ainsi que nous dit la Cour de justice finalement que le 404 00:21:20,700 --> 00:21:23,880 meilleur outil pour résoudre un questionnement relatif à 405 00:21:24,080 --> 00:21:25,800 la primauté d'une constitution nationale ou 406 00:21:26,000 --> 00:21:28,060 plutôt et à la place respective du droit de 407 00:21:28,260 --> 00:21:30,680 l'Union et du droit national, le meilleur instrument pour 408 00:21:30,880 --> 00:21:33,860 résoudre cette difficulté reste et demeure ce qui est 409 00:21:34,060 --> 00:21:36,620 pour elle la clé de voûte du droit de l'Union, le renvoi 410 00:21:36,820 --> 00:21:37,580 préjudiciel.