1 00:00:04,740 --> 00:00:08,780 La protection des sources d'information des journalistes, 2 00:00:09,100 --> 00:00:13,000 affirmée dans son principe avec une exception, 3 00:00:13,600 --> 00:00:16,500 l'impératif prépondérant d'intérêt public, fait 4 00:00:16,700 --> 00:00:20,900 l'objet de modalités particulières d'application 5 00:00:21,099 --> 00:00:25,860 dans le code de procédure pénale puisque, je vous l'ai dit, 6 00:00:26,410 --> 00:00:30,070 c'est dans le cadre d'une procédure pénale qui vise à 7 00:00:30,270 --> 00:00:33,950 réprimer une infraction que 8 00:00:34,150 --> 00:00:38,910 va se poser la question de l'effectivité de la 9 00:00:39,130 --> 00:00:41,730 protection des sources journalistiques. Alors, 10 00:00:41,930 --> 00:00:45,050 ces modalités de protection du secret des sources, 11 00:00:45,510 --> 00:00:48,130 elles ont été consacrées dans le Code de procédure pénale 12 00:00:48,330 --> 00:00:52,950 d'abord par une loi du 4 janvier 1993 en matière de 13 00:00:53,150 --> 00:00:57,910 témoignage et de perquisition, puis par la loi dite Perben 14 00:00:58,370 --> 00:01:01,270 II du 9 mars 2004 en matière 15 00:01:01,470 --> 00:01:06,050 de réquisition et par la loi du 4 janvier 2010 qui a 16 00:01:06,250 --> 00:01:09,290 sensiblement modifié les dispositions antérieures et 17 00:01:09,490 --> 00:01:13,150 qui a ajouté une disposition en matière de correspondance. 18 00:01:14,790 --> 00:01:18,010 En matière de témoignage, d'abord, les témoignages de 19 00:01:18,210 --> 00:01:22,730 journalistes sont réglementés, 20 00:01:22,930 --> 00:01:25,350 si je puis dire, par les articles 109, 21 00:01:25,610 --> 00:01:30,390 326 et 437 du Code de procédure pénale. 22 00:01:30,730 --> 00:01:34,130 Le principe est le suivant : les journalistes ont 23 00:01:34,330 --> 00:01:36,290 l'obligation de témoigner, 24 00:01:36,490 --> 00:01:40,310 mais le droit de refuser de 25 00:01:40,510 --> 00:01:45,010 révéler l'origine des informations obtenues dans 26 00:01:45,210 --> 00:01:46,010 l'exercice de leur fonction. 27 00:01:47,110 --> 00:01:51,090 Devant le juge d'instruction, cette protection des 28 00:01:51,290 --> 00:01:56,050 journalistes témoins est consacrée donc à l'article 29 00:01:56,390 --> 00:02:00,810 109 du Code de procédure pénale qui indique que "toute 30 00:02:01,010 --> 00:02:04,190 personne citée pour être entendue comme témoin est 31 00:02:04,390 --> 00:02:05,350 tenue de comparaître". 32 00:02:06,130 --> 00:02:09,930 Dans son alinéa 2, il est précisé que "tout journaliste 33 00:02:10,130 --> 00:02:13,030 entendu comme témoin sur des informations recueillies dans 34 00:02:13,230 --> 00:02:15,850 l'exercice de son activité est libre de ne pas en 35 00:02:16,049 --> 00:02:16,830 révéler l'origine". 36 00:02:18,450 --> 00:02:21,370 Vous avez donc une disposition, il existe une disposition 37 00:02:21,570 --> 00:02:25,950 similaire puisque cette protection a été étendue par 38 00:02:26,149 --> 00:02:29,450 la loi Dati au témoignage de journalistes devant le 39 00:02:29,649 --> 00:02:34,250 tribunal correctionnel à l'article 437 du Code de 40 00:02:34,450 --> 00:02:37,990 procédure pénale et devant la 41 00:02:38,190 --> 00:02:40,370 cour d'assises à l'article 42 00:02:40,570 --> 00:02:43,990 326 du Code de procédure pénale. 43 00:02:44,830 --> 00:02:48,550 Cet article indique que "l'obligation de déposer 44 00:02:48,750 --> 00:02:52,350 s'applique sous réserve de la faculté pour tout journaliste 45 00:02:52,549 --> 00:02:54,750 entendu comme témoin sur des informations recueillies dans 46 00:02:54,950 --> 00:02:57,250 l'exercice de son activité de ne pas en révéler l'origine". 47 00:02:57,590 --> 00:03:01,930 Il va de soi que cette disposition protectrice du 48 00:03:02,130 --> 00:03:04,950 secret des sources des journalistes devant la cour 49 00:03:05,149 --> 00:03:09,910 d'assises s'applique devant la cour criminelle 50 00:03:10,470 --> 00:03:14,870 départementale qui est compétente pour certains 51 00:03:15,070 --> 00:03:17,650 crimes particuliers. 52 00:03:17,930 --> 00:03:20,690 Cette protection, elle est 53 00:03:20,890 --> 00:03:23,910 limitée aux journalistes 54 00:03:24,109 --> 00:03:28,710 entendus comme témoins et pas aux journalistes qui seraient 55 00:03:28,910 --> 00:03:29,670 mis en examen. 56 00:03:29,869 --> 00:03:34,510 C'était la question qui se 57 00:03:36,330 --> 00:03:41,130 posait dans l'affaire Goodwin. 58 00:03:43,170 --> 00:03:46,690 Autre limite de cette protection, 59 00:03:47,430 --> 00:03:52,390 les juges ont les moyens de contourner cette protection 60 00:03:52,610 --> 00:03:57,130 accordée aux journalistes témoins en procédant à des 61 00:03:57,329 --> 00:03:59,890 perquisitions ou à des réquisitions, 62 00:04:00,089 --> 00:04:04,850 voire à des mises sur écoute, sachant qu'ils ne pourront 63 00:04:05,470 --> 00:04:09,810 pas transcrire le contenu de ces écoutes sous peine de 64 00:04:10,010 --> 00:04:10,770 nullité de la procédure. 65 00:04:10,970 --> 00:04:14,270 Donc, première circonstance 66 00:04:14,470 --> 00:04:18,230 dans laquelle est protégé le secret des sources : 67 00:04:18,430 --> 00:04:20,709 les témoignages de journalistes. 68 00:04:21,029 --> 00:04:24,570 Deuxième circonstance, chronologiquement les 69 00:04:25,090 --> 00:04:28,790 perquisitions ont été réglementées antérieurement, 70 00:04:28,990 --> 00:04:33,570 mais deuxième circonstance : les réquisitions qui sont, 71 00:04:33,770 --> 00:04:38,530 en ce qui concerne les journalistes, réglementées par les articles 60-1, 72 00:04:38,850 --> 00:04:43,810 77-1-1 et 99-3 du Code de 73 00:04:44,230 --> 00:04:44,990 procédure pénale. 74 00:04:45,190 --> 00:04:50,010 Alors, une réquisition, c'est un procédé qui permet à 75 00:04:50,210 --> 00:04:52,990 un officier de police judiciaire, au procureur de la République 76 00:04:53,190 --> 00:04:57,550 ou au juge d'instruction d'obtenir de toute personne, 77 00:04:58,050 --> 00:04:59,590 notamment un journaliste, 78 00:04:59,910 --> 00:05:04,870 des documents qui intéressent 79 00:05:05,990 --> 00:05:10,950 une enquête et donc d'obtenir 80 00:05:12,070 --> 00:05:15,210 la remise de ces documents lorsque ces documents 81 00:05:15,409 --> 00:05:16,830 intéressent une enquête. 82 00:05:17,030 --> 00:05:21,690 Le principe posé par les trois dispositions que j'ai évoquées, 83 00:05:21,890 --> 00:05:25,610 c'est que les réquisitions 84 00:05:25,810 --> 00:05:30,310 concernant les journalistes ne peuvent intervenir, 85 00:05:30,510 --> 00:05:32,890 lorsque les réquisitions concernent les journalistes, 86 00:05:33,090 --> 00:05:35,930 la remise des documents des informations ne peut 87 00:05:36,130 --> 00:05:37,410 intervenir qu'avec leur accord. 88 00:05:37,770 --> 00:05:41,950 Autrement dit, c'est la question qui se posait dans 89 00:05:42,150 --> 00:05:45,650 l'affaire des fadettes du Monde : le magistrat instructeur 90 00:05:45,849 --> 00:05:48,330 avait fait des réquisitions auprès des opérateurs de 91 00:05:48,530 --> 00:05:51,890 téléphonie en pensant échapper à cette exigence 92 00:05:52,090 --> 00:05:54,610 d'un accord des personnes concernées et la Cour de 93 00:05:54,810 --> 00:05:55,970 cassation a dit "oui, mais ce n’est pas parce que 94 00:05:56,170 --> 00:05:58,350 vous vous adressez à un tiers, malgré tout les réquisitions 95 00:05:58,550 --> 00:06:00,690 des factures téléphoniques détaillées des journalistes 96 00:06:00,890 --> 00:06:02,890 concernent bien les journalistes et donc il 97 00:06:03,090 --> 00:06:03,849 fallait leur accord". 98 00:06:04,049 --> 00:06:06,610 Alors, vous allez me dire : évidemment, les journalistes 99 00:06:06,810 --> 00:06:11,050 ne donneront jamais leur accord, ce qui est assez souvent le cas. 100 00:06:14,410 --> 00:06:17,170 Cette règle, elle était 101 00:06:17,370 --> 00:06:21,790 dictée à peine de nullité de 102 00:06:21,990 --> 00:06:26,210 la procédure, ça veut dire que si des documents sont 103 00:06:26,409 --> 00:06:29,410 obtenus par réquisition, mais en violation des 104 00:06:29,610 --> 00:06:32,010 dispositions qui prévoient que les journalistes doivent 105 00:06:32,210 --> 00:06:33,830 donner leur accord, eh bien 106 00:06:34,030 --> 00:06:38,789 la procédure sera nulle si 107 00:06:41,430 --> 00:06:45,250 les éléments obtenus par ces réquisitions illégales sont 108 00:06:45,450 --> 00:06:46,910 versés au dossier de procédure. 109 00:06:47,190 --> 00:06:52,150 Donc, l'article 60-1 concerne 110 00:06:52,850 --> 00:06:56,480 les réquisitions dans le cadre d'une enquête de flagrance, 111 00:06:56,900 --> 00:07:01,859 l'article 77-1-1 concerne les réquisitions dans le cadre 112 00:07:02,059 --> 00:07:06,320 d'une enquête préliminaire et l'article 99-3 concerne les 113 00:07:06,520 --> 00:07:08,560 réquisitions dans le cadre d'une instruction. 114 00:07:12,080 --> 00:07:13,760 Troisième circonstance : 115 00:07:14,120 --> 00:07:18,100 les perquisitions. 116 00:07:18,360 --> 00:07:23,320 Alors, avant d'évoquer le régime commun, si je peux dire, 117 00:07:23,600 --> 00:07:25,380 des perquisitions qui est 118 00:07:25,580 --> 00:07:30,340 réglementé par l'article 56-2 119 00:07:31,260 --> 00:07:32,660 du Code de procédure pénale, 120 00:07:33,020 --> 00:07:37,979 j'indique que la loi du 3 avril 1955, 121 00:07:42,200 --> 00:07:45,880 qui a été modifiée en 2015 au moment des attentats terroristes, 122 00:07:46,080 --> 00:07:48,560 sur l'état d'urgence, 123 00:07:49,020 --> 00:07:53,979 vous savez, c'est une loi qui permet de donner, qui donne 124 00:07:54,400 --> 00:07:57,260 en cas d'état d'urgence, qui permet de donner aux 125 00:07:57,460 --> 00:08:01,020 autorités administratives des pouvoirs qui normalement 126 00:08:01,219 --> 00:08:05,600 relèveraient de l'autorité judiciaire, c'est le cas en matière de 127 00:08:05,800 --> 00:08:10,520 perquisitions. Mais à cette 128 00:08:10,719 --> 00:08:15,060 faculté de procéder à des perquisitions administratives 129 00:08:15,260 --> 00:08:18,360 est apportée une exception 130 00:08:18,560 --> 00:08:21,620 pour les perquisitions qui seraient donc que 131 00:08:21,820 --> 00:08:24,840 l'administration peut faire en tout lieu sauf, nous dit 132 00:08:25,039 --> 00:08:29,799 l'article 11 de la loi de 1955, dans des lieux affectés à 133 00:08:30,060 --> 00:08:34,460 l'exercice d'un mandat parlementaire, à l'activité professionnelle 134 00:08:34,660 --> 00:08:37,419 des avocats ou des magistrats ou des journalistes. 135 00:08:38,020 --> 00:08:39,559 Pourquoi ? Parce que ces 136 00:08:39,760 --> 00:08:41,799 perquisitions pourraient porter atteinte au secret 137 00:08:42,000 --> 00:08:44,240 professionnel des avocats, au secret de l'enquête et de 138 00:08:44,440 --> 00:08:47,500 l'instruction pour les magistrats ou au secret des 139 00:08:47,700 --> 00:08:49,840 sources en ce qui concerne les journalistes. 140 00:08:50,160 --> 00:08:52,860 Au-delà de ce cas particulier de l'état d'urgence, 141 00:08:53,060 --> 00:08:56,920 qui est quand même, qui est à relever puisqu'on a souvent 142 00:08:57,120 --> 00:09:00,780 indiqué que l'état d'urgence est une atteinte aux libertés 143 00:09:00,980 --> 00:09:03,580 publiques, en matière de secret des sources, de 144 00:09:03,780 --> 00:09:07,700 liberté de la presse, c'était plutôt une période, 145 00:09:08,140 --> 00:09:12,820 disons, où un traitement favorable était réservé aux 146 00:09:13,020 --> 00:09:14,840 journalistes. De façon générale, 147 00:09:15,060 --> 00:09:20,020 l'article, alors les perquisitions, là ce sont des recherches. 148 00:09:20,680 --> 00:09:25,220 Autant les réquisitions, c'est un ordre qui est donné 149 00:09:25,420 --> 00:09:27,460 de remettre des documents, autant les perquisitions, 150 00:09:27,660 --> 00:09:31,220 il s'agit de chercher des éléments de preuve d'une 151 00:09:31,420 --> 00:09:34,460 infraction pour identifier ces auteurs, 152 00:09:34,660 --> 00:09:38,660 etc. Et donc les perquisitions, 153 00:09:39,000 --> 00:09:43,960 elles peuvent être effectuées en tout lieu, de façon générale, 154 00:09:44,440 --> 00:09:48,280 au domicile des personnes, là où elles exercent leurs activités, 155 00:09:48,480 --> 00:09:53,240 etc. En ce qui concerne les 156 00:09:57,080 --> 00:09:58,380 perquisitions dans les médias, elles ne sont pas, elles ne 157 00:09:58,580 --> 00:10:00,460 sont assez curieusement pas interdites, on pourrait dire 158 00:10:00,660 --> 00:10:02,300 qu'on a interdit ces perquisitions comme 159 00:10:02,500 --> 00:10:04,340 susceptibles de porter atteinte au secret des sources, 160 00:10:04,660 --> 00:10:07,160 elles sont seulement réglementées, 161 00:10:07,420 --> 00:10:12,380 sauf dans le cas de l'état 162 00:10:14,820 --> 00:10:16,400 d'urgence que j'ai évoqué à l'instant. 163 00:10:17,120 --> 00:10:20,980 Alors, les perquisitions donc sont réglementées. 164 00:10:21,200 --> 00:10:26,160 Alors, le premier élément, c'est que le champ 165 00:10:26,400 --> 00:10:29,060 d'application de cette disposition protectrice du 166 00:10:29,260 --> 00:10:32,420 secret des sources en cas de perquisition a été étendu. 167 00:10:33,500 --> 00:10:38,460 Avant la loi Datide 2010, cette réglementation des 168 00:10:38,920 --> 00:10:42,960 perquisitions était limitée aux perquisitions effectuées 169 00:10:43,160 --> 00:10:45,840 dans les locaux des entreprises de presse ou de 170 00:10:46,040 --> 00:10:47,880 communication audiovisuelle. 171 00:10:49,260 --> 00:10:52,320 La loi Dati a étendu cette 172 00:10:52,520 --> 00:10:57,280 protection aux locaux des entreprises de communication 173 00:10:57,900 --> 00:11:00,540 au public en ligne, autrement 174 00:11:00,740 --> 00:11:04,840 dit sites internet et services de presse en ligne, 175 00:11:05,040 --> 00:11:07,280 et des agences de presse qui curieusement n'étaient pas 176 00:11:07,480 --> 00:11:10,220 dans la loi initiale, aux perquisitions effectuées 177 00:11:10,420 --> 00:11:14,740 dans les véhicules professionnels des 178 00:11:14,940 --> 00:11:16,460 entreprises de médias, 179 00:11:16,660 --> 00:11:20,280 et au domicile des journalistes puisque les 180 00:11:20,480 --> 00:11:23,260 journalistes peuvent avoir à leur domicile, ne serait-ce 181 00:11:23,460 --> 00:11:25,860 que leur ordinateur, des éléments sur leurs 182 00:11:26,060 --> 00:11:28,080 investigations et donc sur leurs sources. 183 00:11:28,320 --> 00:11:29,720 Alors, vous allez me dire : et quid des véhicules 184 00:11:29,920 --> 00:11:31,700 personnels des journalistes ? 185 00:11:31,900 --> 00:11:34,640 Le véhicule personnel est généralement considéré comme 186 00:11:34,840 --> 00:11:39,600 une extension du domicile, donc, un journaliste ne 187 00:11:40,220 --> 00:11:43,100 pourrait pas faire l'objet d'une perquisition lorsqu'il 188 00:11:43,300 --> 00:11:44,060 est au volant de sa voiture. 189 00:11:44,860 --> 00:11:47,580 Alors, ça, c'est le champ de cette protection. 190 00:11:48,160 --> 00:11:50,600 Concrètement, en quoi consiste cette protection ? 191 00:11:50,800 --> 00:11:55,380 D'abord, les perquisitions, nous dit l'article, dans les 192 00:11:55,580 --> 00:11:58,840 locaux d'un média, véhicules professionnels et domicile 193 00:11:59,040 --> 00:12:01,480 des journalistes "ne peuvent être effectuées que par un magistrat". 194 00:12:02,440 --> 00:12:07,400 Ce magistrat, il doit d'abord, avant de procéder à la perquisition, 195 00:12:07,600 --> 00:12:09,480 prendre une décision écrite 196 00:12:09,680 --> 00:12:13,360 et motivée qui va indiquer 197 00:12:13,560 --> 00:12:17,140 l'enquête dans laquelle 198 00:12:17,340 --> 00:12:22,100 s'inscrit cette perquisition, autrement dit l'objectif, 199 00:12:22,900 --> 00:12:25,860 et il ne pourra pas effectuer 200 00:12:26,060 --> 00:12:28,820 une saisie concernant des documents. 201 00:12:29,020 --> 00:12:31,180 Si en faisant sa perquisition, il découvre d'autres 202 00:12:31,380 --> 00:12:33,420 documents qui pourraient l'intéresser dans une autre enquête ; 203 00:12:33,620 --> 00:12:34,980 il n'aura pas le droit de procéder à leur saisie. 204 00:12:36,400 --> 00:12:39,960 En ce qui concerne donc le magistrat, donc il doit prendre cette 205 00:12:40,160 --> 00:12:44,280 décision écrite et il doit s'assurer que la perquisition, 206 00:12:44,580 --> 00:12:46,800 au cours de la perquisition, il n'est pas porté atteinte 207 00:12:47,000 --> 00:12:49,780 au libre exercice de la profession de journaliste d'une part, 208 00:12:50,200 --> 00:12:54,780 au secret des sources en violation de l'article 2 de 209 00:12:54,980 --> 00:12:58,200 la loi de 1881 d'autre part, et enfin que cette 210 00:12:58,400 --> 00:13:02,060 perquisition ne crée pas d'obstacles ou de retards 211 00:13:02,260 --> 00:13:05,560 injustifiés à la diffusion de l'information. Alors, 212 00:13:05,760 --> 00:13:07,720 si une perquisition a lieu au moment du bouclage, évidemment, 213 00:13:07,920 --> 00:13:11,360 ça peut causer un retard dans la diffusion de l'information. 214 00:13:11,800 --> 00:13:16,300 La question sera de savoir si ce retard est ou non justifié. 215 00:13:17,040 --> 00:13:22,000 Une fois ces choses étant précisées, 216 00:13:22,320 --> 00:13:26,920 l'article 56-2 encadre 217 00:13:27,120 --> 00:13:29,920 également les saisies qui pourraient être effectuées au 218 00:13:30,120 --> 00:13:30,880 cours de perquisition. 219 00:13:31,080 --> 00:13:34,560 Donc, déjà, elles doivent concerner l'enquête qui a été 220 00:13:34,760 --> 00:13:37,540 identifiée par le magistrat dans sa décision écrite et motivée. 221 00:13:38,880 --> 00:13:41,840 Par ailleurs, les journalistes ont le droit de 222 00:13:42,040 --> 00:13:46,800 s'opposer à une saisie d'un document. 223 00:13:47,080 --> 00:13:49,120 Donc, ce qu'ils vont faire, et dans ce cas-là, le 224 00:13:49,320 --> 00:13:54,080 document est mis sous scellé et transmis au juge des 225 00:13:54,340 --> 00:13:57,320 libertés et de la détention qui est le juge qui est 226 00:13:57,520 --> 00:14:02,000 chargé de veiller au respect des libertés publiques et ce juge, 227 00:14:02,200 --> 00:14:06,960 JLD en abrégé va, dans les cinq jours, 228 00:14:08,640 --> 00:14:11,960 se prononcer par ordonnance 229 00:14:12,160 --> 00:14:15,800 motivée sur la validité de cette saisie. 230 00:14:16,000 --> 00:14:18,080 Donc, s'il estime que la saisie porte atteinte au 231 00:14:18,280 --> 00:14:20,680 secret des sources, eh bien, il va ordonner la restitution 232 00:14:20,880 --> 00:14:21,640 de l'objet. 233 00:14:21,840 --> 00:14:24,720 S'il estime la saisie justifiée, 234 00:14:24,920 --> 00:14:28,120 l'objet saisi sera versé à la 235 00:14:28,320 --> 00:14:31,320 procédure. Donc, ce que j'évoquais ici, 236 00:14:32,880 --> 00:14:36,760 j'aurais dû le préciser, l'article 56-2 réglemente les 237 00:14:36,960 --> 00:14:39,360 perquisitions effectuées dans le cadre d'une enquête de 238 00:14:39,560 --> 00:14:40,660 flagrance ou d'une instruction. 239 00:14:40,860 --> 00:14:43,620 Donc elles sont autorisées, mais encadrées. 240 00:14:43,820 --> 00:14:46,660 En revanche, dans le cadre 241 00:14:46,860 --> 00:14:49,860 d'une enquête préliminaire 242 00:14:50,060 --> 00:14:54,820 qui est donc une enquête de 243 00:14:55,140 --> 00:14:56,520 police judiciaire qui est 244 00:14:56,720 --> 00:15:01,480 réalisée soit d'office soit sur instruction du procureur 245 00:15:02,120 --> 00:15:05,760 de la République, eh bien les 246 00:15:05,960 --> 00:15:10,360 perquisitions, alors c'est vrai pour toutes les perquisitions, 247 00:15:10,560 --> 00:15:11,680 ne peuvent être effectuées 248 00:15:11,880 --> 00:15:16,380 qu’avec l'accord de la 249 00:15:16,580 --> 00:15:19,260 personne visée par cette perquisition. 250 00:15:19,640 --> 00:15:24,360 C'est prévu à l'article 76 du 251 00:15:24,560 --> 00:15:26,920 Code de procédure pénale qui 252 00:15:27,120 --> 00:15:31,880 indique que les perquisitions, 253 00:15:32,600 --> 00:15:35,780 visite domiciliaire et saisie de pièces à conviction ou de 254 00:15:35,980 --> 00:15:38,960 biens ne peuvent être effectuées sans l'assentiment 255 00:15:39,160 --> 00:15:41,840 express de la personne chez laquelle l'opération a lieu 256 00:15:42,040 --> 00:15:45,460 ou la suite du texte prévoit 257 00:15:45,660 --> 00:15:50,420 qu’éventuellement ces perquisitions dans le cadre 258 00:15:50,860 --> 00:15:53,600 d'une enquête préliminaire avant l'ouverture de 259 00:15:53,800 --> 00:15:57,360 l'instruction judiciaire peuvent être autorisées par 260 00:15:57,560 --> 00:16:00,140 le même juge des libertés et de la détention. 261 00:16:00,880 --> 00:16:03,720 Alors, j'évoque cette question des perquisitions 262 00:16:03,920 --> 00:16:06,260 effectuées dans le cadre préliminaire puisque la 263 00:16:06,460 --> 00:16:08,600 question s'est posée en 2019 264 00:16:08,800 --> 00:16:13,560 lorsque des officiers de 265 00:16:15,160 --> 00:16:19,060 police judiciaire ont tenté de... 266 00:16:19,260 --> 00:16:21,200 alors il y avait d'ailleurs un peu plus que... 267 00:16:21,400 --> 00:16:26,160 il y avait trois officiers de 268 00:16:33,160 --> 00:16:35,840 police judiciaire et deux procureurs adjoints du 269 00:16:36,040 --> 00:16:38,720 tribunal de grande instance de Paris qui avaient tenté de 270 00:16:38,920 --> 00:16:41,200 perquisitionner chez Mediapart. 271 00:16:41,440 --> 00:16:43,940 Alors, en fait, les circonstances étaient les suivantes. 272 00:16:44,160 --> 00:16:48,180 Mediapart avait publié un article sur l'affaire 273 00:16:48,380 --> 00:16:53,140 Macron-Benalla et publié, pour illustrer, pour étayer 274 00:16:53,620 --> 00:16:55,380 cet article, des enregistrements de 275 00:16:55,580 --> 00:17:00,220 conversation captés entre Alexandre Benalla, qui était 276 00:17:00,960 --> 00:17:05,339 chargé de la sécurité du président Macron, et Vincent Crase, 277 00:17:05,540 --> 00:17:10,240 qui était responsable de la 278 00:17:10,440 --> 00:17:12,740 sécurité à La République En Marche à l'époque. 279 00:17:13,020 --> 00:17:15,839 Alors, ces deux individus, 280 00:17:16,040 --> 00:17:20,160 en fait, en communiquant, 281 00:17:20,360 --> 00:17:24,880 violaient les conditions de leur contrôle judiciaire 282 00:17:25,080 --> 00:17:28,580 puisqu'ils avaient été mis en examen pour des violences 283 00:17:28,780 --> 00:17:31,140 commises lors d'une manifestation du 1er mai 284 00:17:31,340 --> 00:17:33,620 l'année d'avant et donc placés sous contrôle 285 00:17:33,820 --> 00:17:35,520 judiciaire avec interdiction de communiquer. 286 00:17:35,900 --> 00:17:40,860 Et donc, Mediapart avait publié ces enregistrements 287 00:17:41,060 --> 00:17:45,740 avec son article et le parquet de Paris avait ouvert 288 00:17:45,940 --> 00:17:49,020 une enquête préliminaire pour atteinte à l'intimité de la vie privée, 289 00:17:49,220 --> 00:17:53,160 détention ou diffusion de paroles ou d'images portant 290 00:17:53,360 --> 00:17:55,260 atteinte à l'intimité de la vie privée et détention 291 00:17:55,460 --> 00:17:57,860 illicite d'appareils ou de dispositifs techniques 292 00:17:58,060 --> 00:18:00,980 permettant l'interception de conversations privées. 293 00:18:01,840 --> 00:18:04,360 Et donc, dans le cadre de cette enquête préliminaire, 294 00:18:04,560 --> 00:18:07,680 vous aviez deux procureurs adjoints et trois officiers 295 00:18:07,880 --> 00:18:11,340 de police judiciaire qui s'étaient rendus au siège de 296 00:18:11,540 --> 00:18:13,800 Mediapart. Alors, en disant "oui, 297 00:18:14,000 --> 00:18:16,260 c'est une visite domiciliaire", 298 00:18:17,480 --> 00:18:21,820 en réalité, c'était une tentative de perquisition et 299 00:18:22,020 --> 00:18:25,000 les journalistes de Mediapart, en l'occurrence c'était 300 00:18:25,200 --> 00:18:27,460 Fabrice Arfi qui était présent puisque je crois que 301 00:18:33,340 --> 00:18:37,640 le directeur de la rédaction de Mediapart était au 302 00:18:37,840 --> 00:18:41,140 tribunal judiciaire de Paris 303 00:18:41,340 --> 00:18:44,860 pour une autre affaire et Fabrice Arfi savait très bien 304 00:18:45,060 --> 00:18:48,720 qu'il fallait l'accord des 305 00:18:48,920 --> 00:18:53,280 personnes concernées pour une perquisition dans le cadre 306 00:18:53,480 --> 00:18:54,240 d'une enquête préliminaire. 307 00:18:54,440 --> 00:18:57,280 Donc, il s'est opposé à cette 308 00:18:57,480 --> 00:19:02,240 opération qui était non seulement illicite, mais qui 309 00:19:02,780 --> 00:19:06,580 surtout était inutile puisqu'entre-temps Mediapart 310 00:19:06,780 --> 00:19:10,500 avait accepté, donc sur réquisition des juges 311 00:19:10,700 --> 00:19:13,260 d'instruction chargés du dossier Benalla, de faire 312 00:19:13,460 --> 00:19:14,380 parvenir les enregistrements. 313 00:19:14,580 --> 00:19:18,040 Donc c'était à la fois illicite et inutile. 314 00:19:18,240 --> 00:19:20,840 Donc, la perquisition n'a pas eu lieu, 315 00:19:21,040 --> 00:19:25,800 mais Mediapart, par légalisme, 316 00:19:26,000 --> 00:19:30,960 souci de justice, a assigné 317 00:19:31,860 --> 00:19:34,340 l'agence judiciaire du Trésor devant le Tribunal de grande 318 00:19:34,540 --> 00:19:38,720 instance de Paris pour engager la responsabilité de 319 00:19:38,920 --> 00:19:43,520 l'État pour le "préjudice anormal, spécial et d'une particulière 320 00:19:43,720 --> 00:19:47,000 gravité résultant de l'atteinte portée à la 321 00:19:47,200 --> 00:19:48,640 liberté d'expression et au secret des sources". 322 00:19:48,840 --> 00:19:53,300 Alors, l'affaire a été délocalisée à Nanterre pour 323 00:19:53,500 --> 00:19:58,260 des raisons d'impartialité de 324 00:20:03,740 --> 00:20:04,500 la justice, etc., 325 00:20:04,700 --> 00:20:08,760 mais Mediapart a gagné son 326 00:20:08,960 --> 00:20:13,720 procès et a obtenu un euro de dommages et intérêts. 327 00:20:13,980 --> 00:20:16,520 Donc, ce qui est intéressant, c'est que même si la 328 00:20:16,720 --> 00:20:17,660 perquisition n'a pas eu lieu, 329 00:20:17,860 --> 00:20:22,500 elle était illicite et donc 330 00:20:22,700 --> 00:20:26,320 le juge qualifie l'acte de 331 00:20:26,520 --> 00:20:29,400 perquisition et considère que 332 00:20:29,600 --> 00:20:34,360 la tentative était d'autant plus grave que c'était le 333 00:20:35,060 --> 00:20:38,080 fait de procureurs et d'officiers de police judiciaire. 334 00:20:39,240 --> 00:20:40,440 Je ne vais pas être trop longue. 335 00:20:40,640 --> 00:20:44,580 Le dernier élément que je voulais indiquer, c'est que 336 00:20:44,780 --> 00:20:49,480 l'article 100-5 du Code de procédure pénale interdit la 337 00:20:49,680 --> 00:20:53,940 transcription des correspondances avec un journaliste. 338 00:20:54,140 --> 00:20:55,980 Autrement dit, même si un journaliste est mis sur écoute, 339 00:20:56,180 --> 00:20:59,860 la transcription de ces conversations ne pourra pas 340 00:21:00,060 --> 00:21:03,200 être versée au dossier de la procédure, toujours à peine de nullité. 341 00:21:04,640 --> 00:21:09,280 La faiblesse de ce dispositif, c'est que la sanction des 342 00:21:09,480 --> 00:21:12,280 atteintes au secret des sources, c'est la nullité de la procédure, 343 00:21:12,480 --> 00:21:16,820 mais qu'il n'y a pas de sanction pénale directe de la 344 00:21:17,020 --> 00:21:18,280 violation du secret des sources. 345 00:21:18,480 --> 00:21:20,780 La violation du secret des sources n'est pas un délit pénal. 346 00:21:20,980 --> 00:21:24,000 Dans l'affaire des fadettes, Le Monde le savait très bien. 347 00:21:24,200 --> 00:21:27,800 Il a porté plainte pour violation du secret des sources, 348 00:21:28,000 --> 00:21:29,560 ce qui me fait sourire puisque comme ce n'est pas un délit, 349 00:21:29,760 --> 00:21:31,600 évidemment, la plainte a été classée sans suite. 350 00:21:31,800 --> 00:21:36,120 Mais à défaut de sanction pénale directe de la 351 00:21:36,320 --> 00:21:40,380 violation du secret des sources, il y a des sanctions pénales 352 00:21:40,580 --> 00:21:42,560 indirectes. Il est possible 353 00:21:42,760 --> 00:21:45,520 d'agir comme ça a été le cas contre Bernard Squarcini dans 354 00:21:45,720 --> 00:21:48,220 l'affaire des fadettes du Monde pour collecte illicite 355 00:21:48,420 --> 00:21:51,360 de données personnelles sur le fondement de l'article 356 00:21:51,560 --> 00:21:54,480 226-18 du Code pénal, pour atteinte à la liberté 357 00:21:54,680 --> 00:21:59,020 individuelle sur le fondement de l'article 432-4 du Code 358 00:21:59,220 --> 00:22:03,180 pénal ou pour violation 359 00:22:03,380 --> 00:22:08,140 éventuellement du secret des correspondances sur le 360 00:22:08,820 --> 00:22:12,540 fondement de l'article 432-9 du Code pénal. 361 00:22:13,480 --> 00:22:18,440 Alors, juste à titre de conclusion, 362 00:22:18,640 --> 00:22:23,600 la protection du secret des sources, 363 00:22:25,020 --> 00:22:28,440 elle est réaffirmée dans le règlement européen sur la 364 00:22:29,760 --> 00:22:34,720 liberté des médias avec des exceptions, parce qu'il est 365 00:22:35,260 --> 00:22:37,360 en principe interdit d'utiliser des logiciels 366 00:22:37,560 --> 00:22:42,320 espions qui pourraient porter atteinte au secret des sources, 367 00:22:42,580 --> 00:22:45,100 mais avec une exception en 368 00:22:45,300 --> 00:22:50,060 cas de raison 'impérieuse d'intérêt général. 369 00:22:50,360 --> 00:22:54,600 Les principales atteintes au 370 00:22:54,800 --> 00:22:57,160 secret des sources, elles sont moins aujourd'hui 371 00:22:57,360 --> 00:22:58,240 judiciaires qu’administratives. 372 00:22:59,400 --> 00:23:04,360 Les journalistes qui enquêtent sur des domaines 373 00:23:04,580 --> 00:23:08,200 comme les livraisons d'armes, des réseaux internationaux, 374 00:23:08,400 --> 00:23:09,960 etc., sont fréquemment 375 00:23:10,160 --> 00:23:13,160 convoqués par l'administration, 376 00:23:13,360 --> 00:23:18,120 officiellement parce que ce 377 00:23:20,280 --> 00:23:23,440 sont des sujets toujours touchant à la défense nationale, 378 00:23:23,640 --> 00:23:26,660 en réalité parce qu'il est 379 00:23:26,860 --> 00:23:31,620 tenté d'obtenir la révélation de leurs sources d'information.