1 00:00:04,500 --> 00:00:09,460 L'objectivité de l'image photographique vient en 2 00:00:09,660 --> 00:00:12,880 partie de la spécificité 3 00:00:13,080 --> 00:00:17,840 machinique de la photographie, mais elle rencontre également 4 00:00:18,040 --> 00:00:20,480 une pratique professionnelle 5 00:00:20,680 --> 00:00:23,960 qui est le journalisme et il 6 00:00:24,160 --> 00:00:28,060 va converger également avec 7 00:00:28,259 --> 00:00:32,180 une histoire du journalisme visuel qui va faire en sorte 8 00:00:32,380 --> 00:00:35,940 justement de nourrir ou d'abonder ou de conforter 9 00:00:36,140 --> 00:00:38,580 cette objectivité qui serait 10 00:00:38,780 --> 00:00:41,880 censée être une qualité 11 00:00:42,080 --> 00:00:45,260 interne à la photographie. 12 00:00:45,620 --> 00:00:48,240 En effet, le journalisme 13 00:00:48,440 --> 00:00:51,680 d'image repose sur la figure 14 00:00:51,880 --> 00:00:55,860 du reporter tel qu'il s'est développé à la fin du 19e 15 00:00:56,060 --> 00:00:57,760 siècle et du début du 20e siècle. 16 00:00:58,200 --> 00:01:01,860 Le journaliste reporter est 17 00:01:02,060 --> 00:01:06,140 bien celui qui rapporte et rapporte les faits à l'aide 18 00:01:06,340 --> 00:01:10,780 d'images pour les expliquer certainement, mais surtout 19 00:01:10,980 --> 00:01:15,740 pour montrer le réel, pour figurer l'actualité, 20 00:01:16,100 --> 00:01:20,940 les révéler à tous, aux spectateurs et aux lecteurs 21 00:01:21,140 --> 00:01:25,620 du journal de l'époque, à une époque où les images et 22 00:01:25,820 --> 00:01:27,740 les voyages étaient très 23 00:01:27,940 --> 00:01:31,840 rares et ne pouvaient pas 24 00:01:32,040 --> 00:01:34,140 être faits par tout un chacun. 25 00:01:35,000 --> 00:01:39,100 On voyait bien que cette idée d'objectivité machinique de 26 00:01:39,300 --> 00:01:43,040 la photographie reconverge vers une idée que le 27 00:01:43,240 --> 00:01:48,000 journaliste ou le journalisme 28 00:01:48,620 --> 00:01:53,580 visuel a une finalité également documentaire et qui 29 00:01:53,780 --> 00:01:55,240 doit être également objectif. 30 00:01:55,620 --> 00:01:59,000 Donc il ne s'agit pas ici de faire un débat déontologique 31 00:01:59,200 --> 00:02:02,380 ou philosophique pour savoir si l'objectivité 32 00:02:02,580 --> 00:02:06,620 journalistique existe ou non, mais il faut savoir que dans 33 00:02:06,820 --> 00:02:09,020 l'histoire des médias, dans l'histoire du 34 00:02:09,220 --> 00:02:13,080 journalisme et de la démocratie, la revendication de 35 00:02:13,280 --> 00:02:17,880 l'objectivité ou de la neutralité du journalisme a 36 00:02:18,079 --> 00:02:21,740 été historiquement nécessaire à une époque pour distinguer 37 00:02:21,940 --> 00:02:24,920 la presse des faits, qui est pionnière du 38 00:02:25,119 --> 00:02:29,180 journalisme actuel et moderne et démocratique, de la presse 39 00:02:29,380 --> 00:02:32,100 partisane ou de la presse d'opinion. 40 00:02:33,240 --> 00:02:36,240 Donc parler d'objectivité pour qualifier certaines 41 00:02:36,440 --> 00:02:40,500 photographies, notamment pour les images de presse, 42 00:02:40,700 --> 00:02:43,720 implique que la photographie ne se présente pas comme le 43 00:02:43,920 --> 00:02:47,140 résultat d'un acte de discours journalistique. 44 00:02:47,620 --> 00:02:50,400 Ce qui explique que les spectateurs ne considèrent 45 00:02:50,600 --> 00:02:54,400 pas immédiatement, par exemple, le journal télévisé comme un 46 00:02:54,600 --> 00:02:57,940 discours sur le monde, mais plutôt comme le monde lui-même, 47 00:02:58,160 --> 00:02:59,960 mais qui est montré en images. 48 00:03:00,440 --> 00:03:04,260 Donc ça c'est bien l'idée de transparence, alimentant ainsi presque, 49 00:03:04,900 --> 00:03:08,520 je dirais, la dimension magique que l'on attribue aux 50 00:03:08,720 --> 00:03:12,220 images et alimentant ainsi l'idée, 51 00:03:12,480 --> 00:03:15,100 l'idée évidemment fausse, maintenant vous le savez, 52 00:03:15,580 --> 00:03:19,320 que les images parlent toutes seules ou que les images 53 00:03:19,519 --> 00:03:23,180 seraient immédiatement compréhensibles par tous. 54 00:03:24,060 --> 00:03:28,560 On voit donc ici toute la complexité qui se noue quand on étudie, 55 00:03:28,760 --> 00:03:32,120 on va dire, les discours d'information, quand on 56 00:03:32,320 --> 00:03:36,340 étudie les médias visuels et audiovisuels et en 57 00:03:36,540 --> 00:03:38,040 particulier les médias d'information. 58 00:03:38,760 --> 00:03:41,800 Les images sont des 59 00:03:42,000 --> 00:03:45,380 constructions qui produisent du sens, 60 00:03:46,000 --> 00:03:50,960 sont bien des langages particuliers, mais le langage de l'image a 61 00:03:51,640 --> 00:03:54,220 cette particularité de, 62 00:03:54,680 --> 00:03:59,640 selon les usages, gommer, voire neutraliser le plus 63 00:03:59,940 --> 00:04:04,900 possible ses caractéristiques langagières, de sorte que l'image, 64 00:04:05,680 --> 00:04:09,760 elle va être confondue avec son référent. 65 00:04:10,000 --> 00:04:12,440 Donc on voit là, il y a une sorte de... 66 00:04:12,640 --> 00:04:16,220 L'image, en ne se donnant pas immédiatement comme langage, 67 00:04:18,500 --> 00:04:23,120 fait qu'elle apparaît plus 68 00:04:23,320 --> 00:04:24,440 objective en quelque sorte. 69 00:04:25,860 --> 00:04:30,660 Et cette caractéristique de la spécificité langagière de 70 00:04:30,860 --> 00:04:33,000 l'image et notamment de l'image photographique, 71 00:04:33,240 --> 00:04:36,380 en raison de son plus haut degré de ressemblance, 72 00:04:36,800 --> 00:04:41,760 est redoublée et confortée et nourrie par les pratiques et 73 00:04:42,380 --> 00:04:45,800 la tradition des usages journalistiques qui veut justement, 74 00:04:46,300 --> 00:04:50,060 qui prône en tout cas une objectivité si ce n'est une 75 00:04:50,260 --> 00:04:51,940 neutralité dans le traitement 76 00:04:52,140 --> 00:04:56,320 journalistique. Mais dès lors, 77 00:04:56,620 --> 00:05:01,580 si on a cette objectivité, cette transparence, cette 78 00:05:02,000 --> 00:05:06,300 illusion référentielle des images, comment peut-on faire pour 79 00:05:06,500 --> 00:05:10,130 aborder l'image en tant que discours ? 80 00:05:10,330 --> 00:05:12,220 C'est-à-dire en tant qu'acte 81 00:05:13,740 --> 00:05:17,680 produit et adressé, enfin 82 00:05:17,880 --> 00:05:21,700 acte sémiotique, excusez-moi, produit et adressé à un public. 83 00:05:24,020 --> 00:05:27,560 Comment aborder dès lors l'approche discursive pour 84 00:05:27,760 --> 00:05:32,520 les images si les images sont reçues de façon transparente ? 85 00:05:32,760 --> 00:05:37,100 En effet, le régime sémiotique de la transparence 86 00:05:37,300 --> 00:05:39,960 des images, avec ses conséquences idéologiques, 87 00:05:40,160 --> 00:05:44,260 dont l'une des conséquences 88 00:05:44,460 --> 00:05:47,260 est l'effet d'objectivité comme interprétant dominant 89 00:05:47,460 --> 00:05:52,219 pour les images d'information, opère davantage quand 90 00:05:52,820 --> 00:05:57,660 l'énoncé visuel qu'est 91 00:05:57,860 --> 00:05:59,780 l'image ne semble pas garder 92 00:05:59,979 --> 00:06:04,220 de trace de son énonciation visuelle. 93 00:06:05,200 --> 00:06:09,100 Quand l'image semble être dépourvue de toute trace 94 00:06:09,300 --> 00:06:12,280 d'énonciation. Alors là, 95 00:06:12,479 --> 00:06:14,500 il faut peut-être que je revienne un petit peu en arrière, 96 00:06:14,820 --> 00:06:17,440 ou en tout cas je précise certains points. 97 00:06:17,640 --> 00:06:19,740 Qu'est-ce que l'énonciation ? 98 00:06:19,940 --> 00:06:21,920 L'énonciation est l'acte qui 99 00:06:22,120 --> 00:06:26,220 produit l'énoncé et cet acte 100 00:06:26,420 --> 00:06:30,920 de production d'énoncé mobilise une instance, 101 00:06:31,580 --> 00:06:36,460 l'énonciateur, qui est responsable du sens de l'énoncé. 102 00:06:36,880 --> 00:06:41,840 L'énonciation est l'acte de produire un discours et 103 00:06:42,180 --> 00:06:46,780 l'énonciateur est l'instance qui assume la responsabilité 104 00:06:46,979 --> 00:06:51,500 énonciative et sémiotique de ce discours. 105 00:06:51,940 --> 00:06:55,680 Dans les médias d'information, le discours médiatique, 106 00:06:56,120 --> 00:06:59,960 qu'il soit verbal ou visuel, tend justement à 107 00:07:00,159 --> 00:07:04,660 invisibiliser les traces de l'acte de l'énonciation au 108 00:07:04,860 --> 00:07:08,120 sein des énoncés, c'est-à-dire au sein de 109 00:07:08,320 --> 00:07:12,060 l'image ou au sein des textes produits et pourquoi ? 110 00:07:12,260 --> 00:07:16,800 Je vous l'ai dit précédemment, au nom de l'idéologie de la 111 00:07:17,000 --> 00:07:19,880 neutralité et de l'objectivité journalistique. 112 00:07:21,300 --> 00:07:24,560 Neutralité et objectivité étant considérées comme des 113 00:07:24,760 --> 00:07:26,600 idéaux du journalisme. 114 00:07:28,160 --> 00:07:31,880 Alors, avant de passer à l'image, je vais juste faire une 115 00:07:32,080 --> 00:07:34,780 petite mise au point sur qu'est-ce que sont ces indices, 116 00:07:35,400 --> 00:07:39,980 ces marques, ces traces de l'énonciation au sein d'un énoncé, 117 00:07:40,320 --> 00:07:43,500 mais je vais partir du texte, ça va peut-être être plus 118 00:07:43,700 --> 00:07:46,500 simple pour vous pour bien comprendre comment cela se 119 00:07:46,700 --> 00:07:49,880 reconfigure pour les images et notamment pour la photographie. 120 00:07:50,820 --> 00:07:53,360 On peut dire que les indices de l'énonciation, 121 00:07:53,700 --> 00:07:58,300 c'est-à-dire de l'acte, de production d'un discours, 122 00:07:58,680 --> 00:08:03,520 que l'on retrouve dans un énoncé verbal, sont 123 00:08:03,719 --> 00:08:08,280 essentiellement de l'ordre de ce que l'on appelle les déictiques. 124 00:08:08,840 --> 00:08:13,799 C'est-à-dire les déictiques, c'est l'ensemble des pronoms, 125 00:08:14,320 --> 00:08:17,340 pronoms personnels, des adjectifs démonstratifs, 126 00:08:17,720 --> 00:08:20,500 des adverbes de temps, de lieu et de manière, 127 00:08:21,180 --> 00:08:25,260 qui sont des signes linguistiques, mais qui ne prennent leur 128 00:08:25,460 --> 00:08:28,720 sens qu'en fonction d'un acte d'énonciation et donc d'un 129 00:08:28,920 --> 00:08:31,380 énonciateur qui les formule. 130 00:08:31,760 --> 00:08:36,720 En effet, quand un journaliste dit "je", 131 00:08:37,140 --> 00:08:40,120 parle en son nom et utilise 132 00:08:40,320 --> 00:08:44,920 le pronom personnel de la 133 00:08:45,120 --> 00:08:48,220 première personne, le "je" qui est prononcé par le 134 00:08:48,420 --> 00:08:49,940 journaliste renvoie au journaliste. 135 00:08:50,860 --> 00:08:54,600 Quand je dis "je suis professeur", 136 00:08:55,340 --> 00:09:00,300 le "je" renvoie à ma personne parce que je suis 137 00:09:00,760 --> 00:09:04,900 l'énonciateur de cette phrase. 138 00:09:06,600 --> 00:09:08,660 Je me suis autodésignée. 139 00:09:08,860 --> 00:09:12,400 Donc on a un même signe, le pronom personnel "je", 140 00:09:12,640 --> 00:09:16,960 mais qui prend des sens différents en fonction de la 141 00:09:17,160 --> 00:09:19,420 situation d'énonciation qui n'est pas la même. 142 00:09:20,460 --> 00:09:23,400 Et c'est ce qu'on appelle des déictiques. Les déictiques 143 00:09:23,600 --> 00:09:26,440 sont des signes linguistiques qui vont prendre de la valeur 144 00:09:26,640 --> 00:09:30,360 sémiotique en étant rapportées et devant être 145 00:09:30,560 --> 00:09:35,140 rapportées aux conditions mêmes du contexte d'énonciation, 146 00:09:35,540 --> 00:09:40,320 c'est-à-dire du contexte dans lequel un acte d'énonciation 147 00:09:40,520 --> 00:09:41,300 peut être produit. 148 00:09:42,260 --> 00:09:44,520 Mais qu'en est-il pour l'image ? 149 00:09:44,720 --> 00:09:47,140 Pour l'image, on va essayer de retrouver également des 150 00:09:47,340 --> 00:09:51,060 traces dans l'image qui renvoient à un énonciateur visuel. 151 00:09:51,440 --> 00:09:53,720 On n'est plus du côté de l'énonciateur verbal. 152 00:09:54,700 --> 00:09:59,660 Alors, cet énonciateur visuel n'est pas une figure unique. 153 00:10:00,560 --> 00:10:04,960 Il peut renvoyer à une pluralité d'énonciateurs différents, 154 00:10:05,540 --> 00:10:09,980 à plusieurs masques énonciatifs différents. 155 00:10:11,140 --> 00:10:15,800 François Jost, dans "Un monde à notre image", qui est un de 156 00:10:16,000 --> 00:10:18,800 ses ouvrages, repère différentes façons dont le 157 00:10:19,000 --> 00:10:22,000 spectateur va renvoyer une 158 00:10:22,200 --> 00:10:25,720 image à une instance 159 00:10:25,920 --> 00:10:29,620 responsable du discours de l'image. 160 00:10:31,020 --> 00:10:35,240 Penser les images comme des énoncés visuels, cela 161 00:10:35,440 --> 00:10:39,040 témoigne du fait que les images forment un message 162 00:10:39,240 --> 00:10:43,780 intentionnellement adressé à un public et qu'elles ne sont 163 00:10:43,980 --> 00:10:48,380 absolument pas envisagées comme simple reproduction du monde. 164 00:10:48,840 --> 00:10:52,680 Qu'elles sont avant tout des discours visuels qui sont 165 00:10:52,880 --> 00:10:55,180 adressés à un public par un 166 00:10:55,380 --> 00:11:00,140 énonciateur dans un contexte d'énonciation marqué par un 167 00:11:00,560 --> 00:11:02,960 lieu et marqué par une temporalité. 168 00:11:03,900 --> 00:11:06,360 Alors, pour comprendre comment s'élabore cette 169 00:11:06,560 --> 00:11:09,260 construction de l'énonciateur pour les images, et notamment 170 00:11:09,460 --> 00:11:13,320 pour les images photographiques, François Jost, toujours dans 171 00:11:13,520 --> 00:11:17,020 son livre "Un monde à notre image", nous apprend qu'il faut 172 00:11:17,220 --> 00:11:20,400 situer l'image sur un axe œil-caméra. 173 00:11:21,080 --> 00:11:25,040 Soit on interprète l'image comme un champ visuel humain, 174 00:11:25,240 --> 00:11:29,340 et c'est l'œil humain qui devient l'interprétant de cette image. 175 00:11:29,860 --> 00:11:33,840 L'image est considérée comme le fruit d'un regard humain. 176 00:11:34,720 --> 00:11:38,580 Soit, alors, on renvoie l'image à l'acte de 177 00:11:38,780 --> 00:11:42,180 production technique, c'est-à-dire à la caméra. 178 00:11:42,380 --> 00:11:46,060 L'image peut renvoyer soit à 179 00:11:46,260 --> 00:11:50,680 un œil humain, soit à une caméra, et cela entraîne des 180 00:11:50,880 --> 00:11:53,240 modalités identificatoires différenciées. 181 00:11:58,440 --> 00:12:02,320 Intéressons-nous maintenant quand l'image renvoie à un œil, 182 00:12:02,520 --> 00:12:03,740 un œil humain, un regard. 183 00:12:04,140 --> 00:12:08,560 L'image rapportée à un énonciateur regardant nous 184 00:12:08,760 --> 00:12:12,860 amène à penser que ce que l'image nous montre est ce 185 00:12:13,060 --> 00:12:17,820 que regarde non pas une personne, mais plutôt un personnage. 186 00:12:19,660 --> 00:12:24,620 En effet, quand on voit ce 187 00:12:25,140 --> 00:12:30,020 que voit prétendument un personnage, 188 00:12:30,220 --> 00:12:34,980 nous ne sommes pas dans le réel, nous sommes plutôt dans la fiction, 189 00:12:35,860 --> 00:12:37,880 on est du côté de la fiction. 190 00:12:38,300 --> 00:12:42,540 Alors, quand l'image se donne comme étant le résultat ou le 191 00:12:42,740 --> 00:12:47,500 fruit d'un regard, nous ne sommes pas du tout dans des usages, 192 00:12:48,280 --> 00:12:53,240 on va dire, documentaires, ou dans des usages d'information, 193 00:12:54,340 --> 00:12:59,300 mais plutôt nous sommes dans un genre qui relève du régime 194 00:12:59,700 --> 00:13:02,300 fictionnel. Mais quand 195 00:13:02,500 --> 00:13:07,180 l'image ou en tout cas l'énonciateur se rapporte à 196 00:13:07,380 --> 00:13:12,140 la prise de vue, donc à la caméra, ce qui est généralement le 197 00:13:12,340 --> 00:13:16,120 cas des images d'information, nous sommes, nous dit François Jost, 198 00:13:16,320 --> 00:13:20,500 du côté d'une énonciation zéro où l'énonciateur semble 199 00:13:20,700 --> 00:13:23,760 s'éclipser, semble disparaître. 200 00:13:24,040 --> 00:13:28,800 Cette énonciation zéro est une énonciation non marquée 201 00:13:29,000 --> 00:13:32,840 et c'est le régime des images qui parlent toutes seules, 202 00:13:33,180 --> 00:13:35,520 c'est le régime des images que nous avons 203 00:13:35,720 --> 00:13:40,360 essentiellement dans les journaux télévisés. 204 00:13:41,480 --> 00:13:46,440 Mais toutefois, l'auteur nous précise que l'idéologie de la 205 00:13:46,640 --> 00:13:51,520 transparence, c'est-à-dire l'énonciation zéro des images, 206 00:13:52,300 --> 00:13:57,260 correspond bien à un énonciateur, mais qui est un énonciateur 207 00:13:57,700 --> 00:14:02,660 qui n'est pas, qui est plus ou moins marqué. 208 00:14:03,160 --> 00:14:07,720 Et pour cela, il va, dans l'énonciation zéro, 209 00:14:07,940 --> 00:14:12,900 distinguer trois figures d'énonciateur : le supposé 210 00:14:13,100 --> 00:14:15,620 réalisateur, le narrateur 211 00:14:15,820 --> 00:14:20,580 implicite et le filmeur pour 212 00:14:23,000 --> 00:14:23,800 le dire autrement. 213 00:14:24,020 --> 00:14:28,200 Alors, je vais rapidement passer sur le cas du supposé 214 00:14:28,400 --> 00:14:33,160 réalisateur, c'est lorsque par exemple dans un reportage, 215 00:14:33,620 --> 00:14:38,580 il y a un mouvement de caméra ou dans un reportage ou dans 216 00:14:39,040 --> 00:14:43,200 un documentaire ou dans un film voire même dans un 217 00:14:43,400 --> 00:14:47,340 divertissement ou dans un talk show, lorsque par exemple vous avez 218 00:14:47,540 --> 00:14:51,000 un mouvement de caméra ou un angle de prise de vue qui 219 00:14:51,200 --> 00:14:55,360 n'est pas là pour servir l'intelligibilité du propos 220 00:14:55,560 --> 00:14:58,380 de l'émission, mais qui renvoie plutôt au style, 221 00:14:58,780 --> 00:15:00,840 c'est-à-dire à la réalisation, 222 00:15:01,200 --> 00:15:05,840 au style de la mise en scène, 223 00:15:06,060 --> 00:15:07,660 mais entendu comme réalisation. 224 00:15:08,220 --> 00:15:12,300 Et donc ici, cet indice qui 225 00:15:12,500 --> 00:15:17,260 fait que l'image est renvoyée du côté de la caméra, 226 00:15:18,960 --> 00:15:23,280 est pris en charge par la figure de l'énonciateur qui 227 00:15:23,480 --> 00:15:28,240 serait la figure idéale du supposé réalisateur des 228 00:15:28,440 --> 00:15:31,260 images animées sonores que l'on est en train de regarder. 229 00:15:33,280 --> 00:15:35,360 Également, un mouvement de caméra, 230 00:15:35,700 --> 00:15:40,660 un angle de prise de vue un peu particulier, comme une 231 00:15:40,860 --> 00:15:45,700 attention que l'on porte sur un gros plan, sur une tâche 232 00:15:46,080 --> 00:15:48,380 sur un tapis par exemple dans un film. 233 00:15:51,380 --> 00:15:54,760 Comment on peut comprendre est-ce que ce gros plan, 234 00:15:54,960 --> 00:15:57,860 il renvoie finalement à un 235 00:15:58,060 --> 00:16:02,000 énonciateur non marqué, 236 00:16:02,200 --> 00:16:03,760 mais qui prendrait la figure, 237 00:16:04,140 --> 00:16:07,940 qui serait figuré plutôt par 238 00:16:08,140 --> 00:16:11,820 le narrateur, un narrateur 239 00:16:12,020 --> 00:16:15,480 implicite qui veut nous raconter une histoire, 240 00:16:15,820 --> 00:16:17,500 imaginons une enquête de police, 241 00:16:17,700 --> 00:16:22,460 et qui volontairement délivre 242 00:16:23,420 --> 00:16:27,680 une information sur un indice 243 00:16:27,880 --> 00:16:31,480 policier, un indice qui pourrait servir à l'enquête policière, 244 00:16:31,680 --> 00:16:34,080 une tache de vin ou une tache de sang sur une moquette, 245 00:16:34,280 --> 00:16:37,660 qui permettrait au personnage de fiction de remonter 246 00:16:37,860 --> 00:16:41,480 effectivement au meurtrier recherché. 247 00:16:41,680 --> 00:16:45,820 Donc ce plan sur la tâche se 248 00:16:46,020 --> 00:16:49,020 rapporte bien à une intention 249 00:16:49,220 --> 00:16:53,980 narrative de nous raconter une histoire et de nous mettre, 250 00:16:54,460 --> 00:16:58,220 nous spectateurs, sur la piste de l'éventuel criminel. 251 00:17:01,100 --> 00:17:03,360 Dans les discours audiovisuels médiatiques, 252 00:17:03,760 --> 00:17:06,940 donc aux côtés d'une énonciation zéro non marquée, 253 00:17:09,880 --> 00:17:12,420 vous allez avoir également 254 00:17:12,620 --> 00:17:17,380 une énonciation zéro marquée, enfin un petit peu plus 255 00:17:17,800 --> 00:17:22,319 marquée que l'énonciation zéro non marquée et qui va 256 00:17:22,520 --> 00:17:23,740 être prise en charge par trois figures. 257 00:17:24,060 --> 00:17:27,140 Je vous ai parlé de celle du supposé réalisateur, 258 00:17:27,500 --> 00:17:31,100 celle du narrateur implicite et maintenant je vais vous 259 00:17:31,300 --> 00:17:34,300 parler de celle que l'on retrouve le plus souvent dans 260 00:17:34,500 --> 00:17:38,540 le reportage qui est la figure de l'énonciateur comme 261 00:17:38,740 --> 00:17:40,400 un filmeur. 262 00:17:40,660 --> 00:17:43,340 Et on peut dire que les mouvements de caméra, 263 00:17:43,540 --> 00:17:47,520 les décadrages que l'on peut trouver dans les JT renvoient 264 00:17:47,720 --> 00:17:50,960 à une énonciation qui serait une énonciation filmique 265 00:17:51,160 --> 00:17:53,880 parce qu'on rapporterait ces 266 00:17:54,080 --> 00:17:58,840 images à un énonciateur qui serait un opérateur de prise de vue. 267 00:17:59,460 --> 00:18:03,280 Ainsi, quand l'image tremble, lorsqu'elle est floue, 268 00:18:03,480 --> 00:18:06,320 lorsqu'elle est décadrée, lorsque la prise de vue est 269 00:18:06,520 --> 00:18:11,280 marquée comme avec les images d'amateurs que l'on a vues 270 00:18:11,480 --> 00:18:15,900 lors d'une séance précédente, 271 00:18:16,100 --> 00:18:20,860 tous ces indices présents dans l'image, présents dans l'énoncé visuel, 272 00:18:21,920 --> 00:18:26,400 désignent cette image comme une image filmée et renvoient 273 00:18:26,600 --> 00:18:30,400 donc cette image à une situation qui prendrait une 274 00:18:30,600 --> 00:18:33,400 situation empirique de prise de vue. 275 00:18:33,600 --> 00:18:36,780 Qu'elle soit réelle cette situation empirique de prise 276 00:18:36,980 --> 00:18:41,740 de vue comme avec les vidéos d'amateurs ou qu'elle soit fictive, 277 00:18:42,180 --> 00:18:46,620 on peut très bien imaginer qu'un film de fiction imite 278 00:18:46,820 --> 00:18:50,680 l'énonciation filmique journalistique. 279 00:18:52,420 --> 00:18:57,380 Et c'est par exemple, vous pouvez le trouver dans 280 00:18:58,060 --> 00:19:00,200 de nombreux films de fiction. 281 00:19:01,620 --> 00:19:05,240 Et également, comme je vous ai déjà dit, vous l'avez également, 282 00:19:05,520 --> 00:19:08,660 enfin c'est également mis en place plus ou moins dans une 283 00:19:08,860 --> 00:19:13,620 série policière américaine des années 90-2000, au moment 284 00:19:13,860 --> 00:19:15,560 de ce que l'on a appelé la Quality TV. 285 00:19:15,760 --> 00:19:19,940 Cette série porte le nom de NYPD Blues. 286 00:19:22,300 --> 00:19:25,900 Donc les indices d'énonciation de l'image signifient, 287 00:19:26,100 --> 00:19:28,980 témoignent d'une origine d'énonciation qui serait un 288 00:19:29,180 --> 00:19:30,340 tournage sur le terrain. 289 00:19:30,540 --> 00:19:34,900 Et donc l'énonciation zéro marquée qui renvoie à un 290 00:19:35,100 --> 00:19:39,620 énonciateur qui serait de l'ordre d'un filmeur, 291 00:19:39,820 --> 00:19:43,740 qui serait conçu comme un filmeur, détermine donc une 292 00:19:43,940 --> 00:19:46,780 énonciation filmique pour ces images. 293 00:19:51,640 --> 00:19:54,760 Et donc voilà, on est bien du 294 00:19:54,960 --> 00:19:59,720 côté de l'axe de la caméra, mais une caméra qui serait 295 00:20:00,360 --> 00:20:05,320 également inscrite dans une situation de prise de vue. 296 00:20:06,580 --> 00:20:09,500 Donc pour résumer un peu tout ça qui est assez compliqué, 297 00:20:09,980 --> 00:20:12,160 en conclusion qu'est-ce qu'on peut dire ? 298 00:20:12,360 --> 00:20:15,340 On peut dire que l'énonciation zéro ne 299 00:20:15,540 --> 00:20:19,580 signifie pas absence d'énonciateur, mais absence de traces de 300 00:20:20,000 --> 00:20:23,760 celui-ci dans les images elles-mêmes. 301 00:20:24,940 --> 00:20:28,460 Deuxième point, il y a des énonciations zéro qui sont 302 00:20:28,660 --> 00:20:30,300 plus marquées que d'autres, 303 00:20:30,580 --> 00:20:35,540 que ça soit en fiction que dans les discours d'information. 304 00:20:36,140 --> 00:20:39,980 Pour l'information, l'énonciation audiovisuelle 305 00:20:40,180 --> 00:20:42,580 est essentiellement caractérisée comme une 306 00:20:42,780 --> 00:20:46,060 énonciation filmique qui renvoie à un énonciateur qui 307 00:20:46,260 --> 00:20:49,440 se caractérise, qui est déterminé comme un opérateur 308 00:20:49,640 --> 00:20:50,840 de la prise de vue. 309 00:20:51,100 --> 00:20:55,080 Et les indices sont le plus souvent le flou, l'instabilité, 310 00:20:55,420 --> 00:20:58,860 le filé des plans que nous pouvons trouver dans un 311 00:20:59,060 --> 00:21:00,100 reportage télévisé. 312 00:21:02,860 --> 00:21:07,540 Cette énonciation filmique, qui fait que les images que 313 00:21:07,740 --> 00:21:11,720 nous voyons peuvent être envoyées à un énonciateur filmeur, 314 00:21:11,940 --> 00:21:15,820 peut renvoyer à plusieurs 315 00:21:16,020 --> 00:21:17,940 régimes de discursivité différents. 316 00:21:18,140 --> 00:21:22,440 On a déjà vu un régime de 317 00:21:22,640 --> 00:21:26,660 discursivité amateur pour les images, ces images maladroites, 318 00:21:26,860 --> 00:21:28,960 ces images qui ne répondent pas aux standards de 319 00:21:29,160 --> 00:21:31,480 fabrication professionnelle 320 00:21:31,680 --> 00:21:34,940 en étant floues, en étant illisibles, 321 00:21:35,140 --> 00:21:39,000 en étant décadrées, renvoient aux vidéos d'amateurs. 322 00:21:39,940 --> 00:21:44,520 Et toutes les valeurs qui sont attachées à l'idée de 323 00:21:44,720 --> 00:21:47,280 l'amateur par opposition à l'idée des journalistes 324 00:21:47,480 --> 00:21:51,660 professionnels, mais peut également être utilisées dans 325 00:21:51,860 --> 00:21:55,000 le cadre d'un régime de discursivité professionnelle. 326 00:21:55,740 --> 00:21:59,120 Et dans ce cas-là, le flou, le filé, le décadrage, 327 00:21:59,540 --> 00:22:04,500 peut impliquer, peut nourrir, on va dire, au niveau des idées, 328 00:22:04,920 --> 00:22:09,240 l'idée justement qu'on a affaire à un journalisme 329 00:22:09,440 --> 00:22:12,900 engagé sur le terrain, à un journalisme à une 330 00:22:13,100 --> 00:22:14,840 conception de l'actualité où 331 00:22:15,040 --> 00:22:19,680 l'événement prime et où 332 00:22:19,880 --> 00:22:24,640 l'événement est important et où le journaliste va au plus 333 00:22:25,040 --> 00:22:29,560 proche de l'événement, s'engage sur le terrain et va 334 00:22:29,760 --> 00:22:32,720 produire des images sur le vif, en quelque sorte. 335 00:22:33,580 --> 00:22:36,580 Donc vous voyez ici, rien n'est simple avec les 336 00:22:36,780 --> 00:22:39,480 images et les images médiatiques encore plus. 337 00:22:40,430 --> 00:22:43,100 Et il y a un paradoxe qui est que, 338 00:22:43,380 --> 00:22:47,440 avec les images, on a affaire 339 00:22:47,640 --> 00:22:51,000 à un langage, à un discours 340 00:22:51,200 --> 00:22:55,960 qui parfois cache ses indices 341 00:22:56,360 --> 00:22:59,980 discursifs, ses traces langagières, 342 00:23:00,180 --> 00:23:04,820 pour être reçu le plus souvent de façon dépouillée 343 00:23:05,020 --> 00:23:09,680 de sa dimension discursive et donc de sa dimension sémiotique. 344 00:23:09,880 --> 00:23:14,640 Et ça, c'est souvent le cas 345 00:23:14,840 --> 00:23:17,580 dans les médias d'information 346 00:23:17,780 --> 00:23:22,540 qui veulent valoriser l'idéal 347 00:23:23,160 --> 00:23:26,440 d'un journalisme qui serait 348 00:23:26,640 --> 00:23:29,920 complètement neutre et objectif.