1 00:00:04,820 --> 00:00:09,520 Nous continuons notre exploration de la troisième 2 00:00:09,719 --> 00:00:12,360 séquence de ce cours pour 3 00:00:12,559 --> 00:00:17,320 nous intéresser cette fois-ci à l'image et à l'image 4 00:00:17,960 --> 00:00:22,300 photographique comme indices 5 00:00:22,500 --> 00:00:27,260 et se poser la question des enjeux de croyance, même si 6 00:00:27,820 --> 00:00:31,040 je les ai déjà évoqués précédemment. 7 00:00:31,240 --> 00:00:33,540 Nous allons continuer ce que nous avons déjà entrepris. 8 00:00:35,220 --> 00:00:38,860 L'effet de transparence et la prétendue objectivité 9 00:00:39,060 --> 00:00:42,060 attribuée à la photographie et aux images enregistrées, 10 00:00:42,300 --> 00:00:45,460 autrement dit leur énonciation zéro, 11 00:00:45,660 --> 00:00:50,040 vient du fait que la 12 00:00:50,240 --> 00:00:53,180 photographie est aussi reçue comme une empreinte, 13 00:00:53,500 --> 00:00:58,340 une empreinte lumineuse, une trace lumineuse de la réalité. 14 00:00:58,920 --> 00:01:02,900 Les photos seraient donc des traces visuelles. 15 00:01:03,780 --> 00:01:07,940 Comment passe-t-on pour les images photographiques de la 16 00:01:08,140 --> 00:01:12,060 notion de trace à la notion de signe ? 17 00:01:12,260 --> 00:01:17,020 Penser l'image photographique 18 00:01:19,720 --> 00:01:24,679 comme une trace vient 19 00:01:24,900 --> 00:01:28,800 finalement en quelque sorte rendre moins décisive 20 00:01:29,000 --> 00:01:33,160 l'importance de l'iconicité, 21 00:01:33,600 --> 00:01:37,460 c'est-à-dire de l'analogie, de la ressemblance pour 22 00:01:37,660 --> 00:01:41,300 l'interprétation des images. 23 00:01:42,020 --> 00:01:43,980 Cela veut donc dire que si 24 00:01:44,180 --> 00:01:47,820 l'on s'intéresse à la notion de trace, 25 00:01:48,480 --> 00:01:51,240 donc considère toutes les images enregistrées comme 26 00:01:51,440 --> 00:01:54,940 relevant des traces, on va se rendre compte que 27 00:01:55,140 --> 00:01:59,899 l'iconicité, la ressemblance, 28 00:02:00,560 --> 00:02:04,720 l'analogie n'est finalement pas toujours aussi 29 00:02:07,000 --> 00:02:11,960 déterminante dans notre compréhension du sens des images. 30 00:02:13,860 --> 00:02:15,700 Je vais vous donner un exemple très simple. 31 00:02:16,220 --> 00:02:20,900 Une trace de pneu dans la boue, par exemple, ne ressemble pas 32 00:02:21,100 --> 00:02:25,280 aux pneus de voiture qui a laissé cette trace dans la boue. 33 00:02:25,860 --> 00:02:29,480 De la même façon, les traces de doigts sur une vitre, 34 00:02:29,679 --> 00:02:33,040 sur une baie vitrée, ne partagent pas les mêmes 35 00:02:33,239 --> 00:02:36,720 propriétés visibles que les doigts de la main qui ont 36 00:02:36,920 --> 00:02:40,420 laissé ces traces sur la vitre. 37 00:02:40,980 --> 00:02:45,940 Donc vous voyez bien que l'idée de trace qui va être 38 00:02:46,380 --> 00:02:48,720 utilisée pour penser les 39 00:02:48,920 --> 00:02:52,220 images enregistrées va nous 40 00:02:52,420 --> 00:02:55,280 amener finalement à devoir mobiliser, 41 00:02:55,600 --> 00:02:59,420 aux côtés du paradigme de l'iconicité, 42 00:02:59,720 --> 00:03:03,500 aux côtés du paradigme de l'analogie, 43 00:03:03,880 --> 00:03:08,140 un autre paradigme de compréhension pour les images, 44 00:03:08,360 --> 00:03:10,280 notamment les images photographiques. 45 00:03:11,820 --> 00:03:16,780 Cet autre paradigme qui se trouve aux côtés du paradigme 46 00:03:16,980 --> 00:03:20,640 iconique s'appelle le paradigme de l'indice. 47 00:03:21,040 --> 00:03:24,240 En effet, la trace peut être 48 00:03:25,640 --> 00:03:30,020 interprétée sémiotiquement comme non pas un signe iconique, 49 00:03:30,280 --> 00:03:33,880 je vous ai dit qu'entre la trace de pneu et le pneu 50 00:03:34,079 --> 00:03:36,520 finalement il n'y a pas de relation de ressemblance, 51 00:03:36,840 --> 00:03:39,280 mais comme un indice. 52 00:03:39,720 --> 00:03:42,860 L'indice étant une autre catégorie de signe. 53 00:03:43,060 --> 00:03:47,820 Cette distinction entre l'icône et l'indice, 54 00:03:48,560 --> 00:03:53,520 entre le signe iconique et le signe indiciel ou indiciaire, 55 00:03:54,460 --> 00:03:58,540 vous pouvez trouver les deux dénominations, a été 56 00:03:58,739 --> 00:04:03,500 conceptualisée par un 57 00:04:07,260 --> 00:04:10,920 sémioticien qui s'appelle Charles Sanders Peirce. 58 00:04:11,700 --> 00:04:16,380 Pour lui, l'indice est un signe différent de l'icône. 59 00:04:17,100 --> 00:04:20,740 Il va falloir que je fasse un point sur la définition du 60 00:04:20,940 --> 00:04:23,200 signe chez Peirce pour que vous compreniez bien les 61 00:04:23,400 --> 00:04:26,120 différentes façons de faire 62 00:04:26,320 --> 00:04:30,340 sens à partir des signes et voir comment on peut après 63 00:04:30,539 --> 00:04:33,220 l'appliquer pour la photographie. 64 00:04:33,420 --> 00:04:37,900 Pour Peirce, il y a trois grandes familles de signes : 65 00:04:38,240 --> 00:04:42,660 les icônes, les indices et les symboles. 66 00:04:43,100 --> 00:04:45,940 Ces familles ne se distinguent pas par des 67 00:04:46,140 --> 00:04:49,320 natures de signes différents, mais par des façons 68 00:04:49,520 --> 00:04:53,260 différentes de faire sens, 69 00:04:54,260 --> 00:04:59,219 par la façon dont les signes 70 00:05:00,740 --> 00:05:04,780 vont renvoyer sémiotiquement à leur objet, c'est-à-dire à 71 00:05:04,979 --> 00:05:05,739 leur référent. 72 00:05:07,680 --> 00:05:12,640 Les icônes vont caractériser les signes qui renvoient à 73 00:05:12,900 --> 00:05:17,859 leur objet en vertu d'une ressemblance ou d'une similarité. 74 00:05:18,820 --> 00:05:23,780 L'icône ressemble à l'objet qu'elle signifie. 75 00:05:24,480 --> 00:05:27,160 C'est de cette façon que nous avons d'ailleurs abordé 76 00:05:27,360 --> 00:05:31,560 culturellement la spécificité des images et de ces signes. 77 00:05:31,760 --> 00:05:36,240 Les images sont bien des icônes pour Peirce, mais 78 00:05:36,440 --> 00:05:38,700 toutes les icônes ne sont pas forcément des images. 79 00:05:39,640 --> 00:05:42,780 Par exemple, vous pouvez 80 00:05:42,979 --> 00:05:47,600 avoir des signes olfactifs 81 00:05:47,800 --> 00:05:51,580 qui soient iconiques, c'est-à-dire qui ressemblent 82 00:05:51,780 --> 00:05:54,000 à ce qu'ils désignent. 83 00:05:54,200 --> 00:05:58,480 Par exemple, comme signe olfactif ou signe gustatif, 84 00:05:58,900 --> 00:06:03,859 un arôme de fraise dans un yaourt est donc un signe 85 00:06:04,059 --> 00:06:08,919 gustatif qui signifie "goût de la fraise". 86 00:06:09,240 --> 00:06:14,200 C'est par ressemblance que l'arôme que l'on met dans le 87 00:06:14,860 --> 00:06:19,820 yaourt signifie "goût de la fraise", mais ce n'est pas parce qu'on 88 00:06:20,200 --> 00:06:21,000 a mis des fraises dedans. 89 00:06:21,540 --> 00:06:25,800 L'industrie agroalimentaire a développé soit des arômes 90 00:06:26,000 --> 00:06:28,480 chimiques qui imitent le goût 91 00:06:28,680 --> 00:06:33,440 du fruit ou des arômes qui 92 00:06:34,240 --> 00:06:38,640 sont le résultat de la 93 00:06:38,840 --> 00:06:41,880 culture de champignons ou de moisissures très particulières. 94 00:06:42,120 --> 00:06:46,320 Vous voyez bien que le signe gustatif ou le signe olfactif 95 00:06:46,520 --> 00:06:51,280 peut renvoyer à son référent en vertu d'une ressemblance, 96 00:06:51,900 --> 00:06:56,060 mais on n'a pas affaire à des signes visuels ici en aucun cas. 97 00:06:56,320 --> 00:06:59,600 Donc ce qu'il faut faire attention, c'est que si les icônes 98 00:06:59,800 --> 00:07:02,540 renvoient en vertu d'une similarité à leur référent, 99 00:07:02,740 --> 00:07:05,580 ce n'est pas toujours une similarité visuelle qui est 100 00:07:05,780 --> 00:07:09,060 en jeu et la famille des icônes est bien plus large 101 00:07:09,260 --> 00:07:12,680 que la famille des images, en tout cas pour Peirce. 102 00:07:13,540 --> 00:07:18,360 S'agissant maintenant des symboles, les symboles constituent 103 00:07:18,560 --> 00:07:19,760 cette famille de signes qui 104 00:07:19,960 --> 00:07:24,600 vont renvoyer à leur objet, 105 00:07:24,940 --> 00:07:29,860 non pas comme les icônes en fonction ou en vertu d'une similarité, 106 00:07:30,260 --> 00:07:34,500 mais plutôt en vertu d'une règle sociale, d'une 107 00:07:34,700 --> 00:07:39,020 convention ou encore d'une loi, d'une loi sociale. 108 00:07:39,560 --> 00:07:42,860 Un drapeau, c'est bien le symbole d'un pays. 109 00:07:44,240 --> 00:07:48,420 L'allégorie de la femme aux yeux bandés avec une balance 110 00:07:48,620 --> 00:07:50,600 est le symbole de la justice. 111 00:07:51,360 --> 00:07:55,540 Donc dans cette perspective, les signes linguistiques sont 112 00:07:55,740 --> 00:07:59,080 bien aussi des symboles au sens de Peirce, puisque je 113 00:07:59,280 --> 00:08:01,360 vous rappelle que ce sont des signes arbitraires. 114 00:08:03,080 --> 00:08:08,039 Le signifiant du signe linguistique ne ressemble pas 115 00:08:08,239 --> 00:08:10,160 au référent qu'il désigne. 116 00:08:12,500 --> 00:08:16,520 Donc les symboles sont des signes dans la logique et 117 00:08:16,719 --> 00:08:18,960 dans la perspective de Peirce, des signes qui sont 118 00:08:19,159 --> 00:08:22,400 complètement arbitraires et dont leur façon de signifier 119 00:08:22,599 --> 00:08:27,359 est complètement dépendante de conventions régies soit 120 00:08:27,559 --> 00:08:30,000 par la société, soit par la culture. 121 00:08:32,179 --> 00:08:34,880 Troisième catégorie de signes, et c'est peut-être la 122 00:08:35,080 --> 00:08:38,580 catégorie la plus difficile à comprendre, c'est la 123 00:08:38,780 --> 00:08:39,940 catégorie des indices. 124 00:08:40,780 --> 00:08:44,640 Les indices se caractérisent des signes qui renvoient à 125 00:08:44,840 --> 00:08:48,760 leur objet non pas à partir d'une ressemblance comme l'icône, 126 00:08:48,960 --> 00:08:52,280 non pas en vertu d'une convention comme le symbole, 127 00:08:52,480 --> 00:08:55,980 mais parce que justement ces signes vont entretenir avec 128 00:08:56,180 --> 00:08:58,300 leur objet une relation de 129 00:08:58,500 --> 00:09:02,700 causalité ou de contiguïté physique. 130 00:09:03,360 --> 00:09:07,380 Il y a l'idée que l'indice à un moment donné a été au 131 00:09:07,580 --> 00:09:11,220 contact de son référent, de ce qu'il désigne. 132 00:09:11,520 --> 00:09:14,840 L'indice signifie plutôt en 133 00:09:15,040 --> 00:09:19,780 indiquant et beaucoup moins en représentant son objet. 134 00:09:20,460 --> 00:09:25,420 Alors comment comprendre ce que sont les indices ? 135 00:09:25,840 --> 00:09:28,300 Je vais vous donner quelques exemples. 136 00:09:29,740 --> 00:09:33,920 La fumée est l'indice d'un feu, 137 00:09:34,280 --> 00:09:39,220 puisque comme le manifeste le proverbe populaire, il n'y a 138 00:09:39,420 --> 00:09:40,820 pas de fumée sans feu. 139 00:09:43,400 --> 00:09:47,800 Un autre indice, la direction que prend une girouette sur 140 00:09:48,000 --> 00:09:51,680 le toit d'une demeure indique, 141 00:09:51,920 --> 00:09:55,860 c'est-à-dire signifie en indiquant la direction prise 142 00:09:56,060 --> 00:09:56,820 par le vent. 143 00:09:57,020 --> 00:10:00,700 Il a fallu que la girouette soit en contact du vent qui 144 00:10:00,900 --> 00:10:02,420 lui a donné cette direction. 145 00:10:03,140 --> 00:10:07,840 Une empreinte de sabot dans la boue peut être lue comme 146 00:10:08,040 --> 00:10:11,680 l'indice d'un passage d'un animal qui porte des sabots. 147 00:10:12,040 --> 00:10:15,620 Un orignal si vous êtes au Canada, 148 00:10:16,180 --> 00:10:19,480 un élan si vous êtes en Scandinavie, 149 00:10:19,720 --> 00:10:23,760 éventuellement un sanglier si vous êtes en Sologne en France. 150 00:10:23,960 --> 00:10:28,720 Les nuages qui se trouvent sur la ligne d'horizon sont 151 00:10:28,960 --> 00:10:32,740 également interprétés comme les indices d'un mauvais 152 00:10:32,940 --> 00:10:35,000 temps qui risque d'arriver, 153 00:10:35,220 --> 00:10:40,180 etc. Or, la nature 154 00:10:40,880 --> 00:10:44,220 d'enregistrement de la photographie fait que 155 00:10:44,420 --> 00:10:48,140 celle-ci peut être aussi interprétée comme relevant de 156 00:10:48,340 --> 00:10:50,140 la catégorie des indices. 157 00:10:51,940 --> 00:10:55,460 Qu'en est-il de la relation de contiguïté entre les 158 00:10:55,660 --> 00:10:57,920 signes visuels photographiques et leurs référents ? 159 00:10:58,120 --> 00:11:02,280 Cette relation de contiguïté qui définit même la relation 160 00:11:02,480 --> 00:11:05,640 indicielle est bien présente dans la photographie 161 00:11:05,840 --> 00:11:08,080 puisqu’une photo ne peut 162 00:11:08,280 --> 00:11:11,500 montrer ses référents que si 163 00:11:11,700 --> 00:11:16,460 ceux-ci ont été enregistrés, capturés, photographiés par 164 00:11:17,200 --> 00:11:19,640 le dispositif de captation. 165 00:11:20,060 --> 00:11:24,340 Cela veut dire que finalement on ne peut pas faire une 166 00:11:24,540 --> 00:11:28,080 photographie de quelque chose qui est absent, absent devant 167 00:11:28,280 --> 00:11:30,740 l'objectif. Et donc les 168 00:11:30,940 --> 00:11:34,800 référents montrés par la photographie ont bien été à 169 00:11:35,000 --> 00:11:37,120 un moment donné présents devant l'appareil 170 00:11:37,320 --> 00:11:39,120 photographique devant l'objectif. 171 00:11:39,420 --> 00:11:44,380 Il y a bien eu un contact, une continuité. 172 00:11:46,200 --> 00:11:49,460 Le référent avant qu'il devienne référent, 173 00:11:49,660 --> 00:11:54,620 c'est-à-dire représenté par une image, a bien partagé la même 174 00:11:54,820 --> 00:11:58,520 temporalité et le même espace que l'appareil 175 00:11:58,720 --> 00:12:02,820 d'enregistrement de la caméra, qu'elle soit photographique 176 00:12:03,020 --> 00:12:04,020 ou caméra audiovisuelle. 177 00:12:05,240 --> 00:12:08,600 Ainsi l'appareil de prise de vue a été en contact avec ce 178 00:12:08,800 --> 00:12:12,380 qu'il a filmé et donc ce qui va devenir un référent a 179 00:12:12,580 --> 00:12:15,380 partagé le même espace et la même temporalité que cet 180 00:12:15,580 --> 00:12:16,700 appareil de prise de vue. 181 00:12:17,780 --> 00:12:21,640 Les images enregistrées dont les images photographiques 182 00:12:21,840 --> 00:12:26,400 sont plutôt sémiotiquement des indices, c'est-à-dire la façon dont 183 00:12:26,600 --> 00:12:30,540 elles renvoient sémiotiquement à leur référent, 184 00:12:30,740 --> 00:12:33,480 c'est bien une relation indicielle. 185 00:12:36,900 --> 00:12:39,260 Alors là où c'est peut-être compliqué à comprendre, 186 00:12:39,760 --> 00:12:42,840 c'est que ces images qui sont produites par des enregistrements, 187 00:12:43,140 --> 00:12:46,220 qu'ils soient visuels, qu'ils soient sonores, 188 00:12:46,460 --> 00:12:49,840 qu'ils soient audiovisuels, ces enregistrements, 189 00:12:50,040 --> 00:12:53,540 excusez-moi, c'est que ces images sont à la fois des 190 00:12:53,740 --> 00:12:55,900 indices et des icônes. 191 00:12:57,040 --> 00:13:02,000 Les signes d'une photographie renvoient à leur référent 192 00:13:02,200 --> 00:13:06,960 soit par iconicité, soit par relation indiciaire. 193 00:13:07,920 --> 00:13:12,880 Dans une photographie de famille, de presse, devant un 194 00:13:13,080 --> 00:13:14,240 reportage de télévision, 195 00:13:14,640 --> 00:13:18,920 vous avez bien des signes 196 00:13:19,120 --> 00:13:23,180 iconiques que vous pouvez percevoir, reconnaître, identifier parce 197 00:13:23,380 --> 00:13:27,360 qu'ils sont ressemblants et vous avez bien, en quelque sorte, 198 00:13:27,700 --> 00:13:32,660 la photo, ces enregistrements 199 00:13:33,060 --> 00:13:37,420 sont la trace, sont l'indice que ces référents ont bien 200 00:13:37,620 --> 00:13:42,000 existé à un moment donné devant l'objectif de la photographie. 201 00:13:42,220 --> 00:13:47,020 Donc la difficulté c'est que pour les images enregistrées, 202 00:13:47,220 --> 00:13:50,540 qu'elles soient fixes ou qu'elles soient animées sonores, 203 00:13:50,900 --> 00:13:55,860 pour comprendre leur signification, il faut au paradigme ou à 204 00:13:56,160 --> 00:13:59,800 l'approche de l'iconicité de la ressemblance, il faut en 205 00:14:00,000 --> 00:14:02,620 plus rajouter le paradigme indiciaire. 206 00:14:03,060 --> 00:14:06,180 Indiciaire étant l'adjectif qui vient d'indice. 207 00:14:06,640 --> 00:14:10,220 Et ce pour comprendre comment ces images-là produisent de 208 00:14:10,420 --> 00:14:12,720 la signification et pour comprendre leurs usages 209 00:14:12,920 --> 00:14:14,880 médiatiques dans notre société actuelle. 210 00:14:15,240 --> 00:14:19,860 Et surtout, il faut 211 00:14:20,060 --> 00:14:23,600 comprendre que ce sont des indices, enfin en tout cas il faut 212 00:14:23,800 --> 00:14:27,020 bien saisir leur nature indiciaire pour comprendre comment, 213 00:14:27,400 --> 00:14:32,360 nous spectateurs, on arrive à croire à la réalité de ce que 214 00:14:32,940 --> 00:14:34,480 nous montre ce type d'image. 215 00:14:36,560 --> 00:14:41,520 La mobilisation à la fois de la dimension iconique et de 216 00:14:42,060 --> 00:14:46,380 la dimension indicielle pour ces images, vous voyez bien 217 00:14:46,580 --> 00:14:50,840 remet en cause le fait de penser la compréhension 218 00:14:51,040 --> 00:14:54,700 sémiotique des images comme uniquement venant du fait que 219 00:14:54,900 --> 00:14:56,380 ces images soient ressemblantes. 220 00:14:56,840 --> 00:14:59,760 Or c'est ce que pendant très très longtemps notre société 221 00:14:59,960 --> 00:15:04,640 a culturellement approché les images sous le prisme, 222 00:15:04,840 --> 00:15:07,060 sous la question de l'analogie de la ressemblance. 223 00:15:07,620 --> 00:15:11,900 Là il faut vraiment tenir compte également que ces 224 00:15:12,100 --> 00:15:16,860 images enregistrées sont à la fois des icônes, mais surtout 225 00:15:17,100 --> 00:15:18,000 des indices. 226 00:15:19,580 --> 00:15:23,840 Et à bien y regarder dans la société, il y a des images qui sont 227 00:15:24,040 --> 00:15:27,540 nettement plus du côté des indices que des icônes. 228 00:15:27,760 --> 00:15:30,500 C'est-à-dire qu'il y a des images qui sont pourtant 229 00:15:30,700 --> 00:15:34,960 considérées comme images, mais qui sont dépouillées de 230 00:15:35,160 --> 00:15:39,020 toute prétention de ressemblance et donc d'iconicité, 231 00:15:39,420 --> 00:15:44,380 de sorte que le commun des mortels, c'est-à-dire vous et moi, 232 00:15:44,740 --> 00:15:49,440 nous n'arrivons pas à lire ces images sans médiation, 233 00:15:49,780 --> 00:15:52,580 c'est-à-dire sans savoir à mobiliser. 234 00:15:52,920 --> 00:15:56,000 Il nous faut des spécialistes pour lire ces images qui sont 235 00:15:56,200 --> 00:15:58,980 complètement du côté de l'indice et absolument pas du 236 00:15:59,180 --> 00:16:00,140 côté de l'icône. 237 00:16:00,340 --> 00:16:03,660 Je pense notamment à toutes ces images scientifiques, 238 00:16:03,860 --> 00:16:07,120 ces images médicales, ces images issues des scanners, 239 00:16:07,400 --> 00:16:09,580 des IRM et des échographies. 240 00:16:10,020 --> 00:16:13,940 Ici on appelle ça bien l'imagerie médicale donc on 241 00:16:14,140 --> 00:16:17,000 est bien en face d'images et pourtant ce ne sont pas des 242 00:16:17,200 --> 00:16:21,960 images ayant une iconicité suffisante pour que nous 243 00:16:22,360 --> 00:16:25,160 puissions les lire immédiatement ou pour avoir 244 00:16:25,360 --> 00:16:27,660 l'impression de pouvoir les lire immédiatement, 245 00:16:27,860 --> 00:16:31,180 c'est-à-dire sans la mobilisation de savoir, 246 00:16:31,600 --> 00:16:33,320 c'est-à-dire sans la mobilisation de code. 247 00:16:35,080 --> 00:16:37,380 Donc toutes ces images sont bien des images qui sont 248 00:16:37,580 --> 00:16:42,340 plutôt indiciaires et ce n'est pas parce qu'elles ne 249 00:16:43,060 --> 00:16:45,500 sont pas ressemblantes qu'elles ne sont pas prises au sérieux, 250 00:16:45,700 --> 00:16:48,960 bien au contraire, nous croyons justement la véracité 251 00:16:49,160 --> 00:16:52,560 de ce que ces images montrent sans que nous puissions nous, 252 00:16:52,860 --> 00:16:55,020 commun des mortels, les lire. 253 00:16:55,960 --> 00:16:59,020 Nous ne croyons pas forcément aux images en raison de leur 254 00:16:59,220 --> 00:17:01,860 valeur iconique, c'est-à-dire en fonction de leur qualité 255 00:17:02,060 --> 00:17:05,920 de ressemblance, mais nous croyons en la réalité de ce 256 00:17:06,120 --> 00:17:09,540 que nous montrent les images, même si nous n'arrivons pas à 257 00:17:09,740 --> 00:17:12,940 reconnaître ce que ces images montrent, plutôt en raison de 258 00:17:13,140 --> 00:17:14,339 leur dimension indicielle. 259 00:17:18,300 --> 00:17:21,980 Cette dimension indicielle de la photographie a été 260 00:17:22,180 --> 00:17:24,819 conceptualisée également dans 261 00:17:25,020 --> 00:17:29,640 "La Chambre claire" par Roland Barthes, lorsqu'il avance que la 262 00:17:29,840 --> 00:17:33,280 signification de toute photographie, que le sens de toutes les 263 00:17:33,480 --> 00:17:37,800 photographies repose sur ce qu'il appelle un "ça a été", 264 00:17:38,140 --> 00:17:43,100 c'est-à-dire une double conjonction de réel et de passé. 265 00:17:43,300 --> 00:17:48,100 Réel car ce qui est montré par la photographie a existé, 266 00:17:48,300 --> 00:17:51,680 c'est-à-dire a eu une existence au passé, parce que 267 00:17:51,880 --> 00:17:55,960 ce que nous montre la photographie a dû à un moment 268 00:17:56,160 --> 00:18:00,340 donné nécessairement se situer devant l'objectif du 269 00:18:00,540 --> 00:18:04,800 photographe. Cette question 270 00:18:05,000 --> 00:18:09,760 d'existence, de croyance en l'existence du référent des 271 00:18:10,400 --> 00:18:13,820 images enregistrées ne fonctionne que parce qu'on 272 00:18:14,020 --> 00:18:18,780 peut mobiliser, enfin on comprend que ces images-là 273 00:18:18,980 --> 00:18:20,480 ont une dimension indicielle. 274 00:18:20,760 --> 00:18:25,600 En effet, on n'est absolument pas certain de l'existence ou 275 00:18:25,800 --> 00:18:30,560 de l'authenticité d'un référent, d'un tableau qui peut être 276 00:18:30,980 --> 00:18:33,260 sorti de l'imagination du peintre. 277 00:18:33,460 --> 00:18:36,880 Par exemple, devant un tableau de licorne, l'artiste 278 00:18:37,080 --> 00:18:39,460 n'a pas eu à faire poser une licorne devant lui puisque 279 00:18:39,660 --> 00:18:43,700 cet animal n'existe pas, c'est un être fictif par excellence. 280 00:18:44,400 --> 00:18:47,720 De la même façon, si vous vous souvenez du célèbre 281 00:18:47,920 --> 00:18:52,680 tableau de Van Gogh qui s'intitule "Les tournesols", 282 00:18:53,740 --> 00:18:57,300 c'est vrai que le tableau est représentant, il représente 283 00:18:57,500 --> 00:19:02,060 des tournesols, mais du fait que nous ayons un tableau qui 284 00:19:02,260 --> 00:19:05,940 est donc dépouillé de toute dimension indicielle, 285 00:19:06,260 --> 00:19:10,640 mais qui a une forte dimension iconique, nous 286 00:19:10,840 --> 00:19:13,220 n'avons aucune preuve de 287 00:19:13,420 --> 00:19:17,940 l'existence que ce bouquet de 288 00:19:18,140 --> 00:19:22,140 tournesols que Van Gogh a peint a réellement existé à 289 00:19:22,340 --> 00:19:26,800 un moment devant lui, devant ses yeux, qu'il y a eu 290 00:19:27,000 --> 00:19:29,900 un modèle de référent réel. 291 00:19:30,120 --> 00:19:35,080 Ça peut être complètement un bouquet de tournesols qui a été peint, 292 00:19:35,280 --> 00:19:39,480 sorti tout droit de son imagination. 293 00:19:42,020 --> 00:19:46,140 Pour cette raison, la photographie et les images 294 00:19:46,340 --> 00:19:49,860 enregistrées sont des images particulières puisqu'elles 295 00:19:50,060 --> 00:19:53,280 sont considérées toujours, selon Roland Barthes, 296 00:19:53,520 --> 00:19:56,140 comme une émanation du réel 297 00:19:56,340 --> 00:19:59,360 passé et non une copie du réel. 298 00:20:00,620 --> 00:20:03,340 Cette émanation du réel passé 299 00:20:03,540 --> 00:20:08,300 va fixer visuellement ce qui a été, 300 00:20:09,660 --> 00:20:14,280 le "ça a été" du photographe, en tout cas de la photographie. 301 00:20:14,600 --> 00:20:19,560 Face à une photo ou devant 302 00:20:19,800 --> 00:20:24,080 toute autre image enregistrée, le spectateur ne peut croire 303 00:20:24,280 --> 00:20:28,420 qu'à la réalité, qu'à 304 00:20:28,620 --> 00:20:31,940 l'existence réelle du référent photographié. 305 00:20:32,160 --> 00:20:36,140 Et cette dimension indicielle ou indiciaire permet 306 00:20:36,340 --> 00:20:39,660 d'expliquer un certain nombre d'usages de la photographie 307 00:20:39,860 --> 00:20:44,620 dans les médias, un certain nombre de discursivités des 308 00:20:44,840 --> 00:20:49,800 images enregistrées dans les médias, comme preuve en raison 309 00:20:50,000 --> 00:20:53,360 justement de l'attestation de la réalité des référents 310 00:20:55,540 --> 00:20:58,900 portés par la dimension indicielle des images enregistrées. 311 00:21:02,720 --> 00:21:05,940 Également, ce que nous dit la dimension indicielle, 312 00:21:06,140 --> 00:21:09,640 c'est que les référents qui sont signifiés par la 313 00:21:09,840 --> 00:21:12,340 dimension indicielle de la photographie et des images 314 00:21:12,540 --> 00:21:17,060 enregistrées sont des référents qui sont non génériques, 315 00:21:17,280 --> 00:21:19,840 toujours déterminés par des 316 00:21:20,040 --> 00:21:23,280 singularités. Ce ne sont pas 317 00:21:23,480 --> 00:21:25,740 des modèles mais ils particularisés par une 318 00:21:25,940 --> 00:21:27,860 inscription dans un espace et 319 00:21:28,060 --> 00:21:32,820 une temporalité qui sont repris, 320 00:21:40,900 --> 00:21:45,580 qui caractérisent également 321 00:21:45,780 --> 00:21:49,460 l'acte de photographie ou le filmage. 322 00:21:49,800 --> 00:21:53,660 Pour cette raison, la photographie de presse opère 323 00:21:53,860 --> 00:21:57,820 davantage auprès de nous comme une preuve d'existence 324 00:21:58,020 --> 00:22:01,300 du référent, et moins comme 325 00:22:01,500 --> 00:22:04,620 une preuve du sens du référent, 326 00:22:04,860 --> 00:22:09,440 nous dit un autre chercheur qui s'appelle Philippe Dubois.